2020-03-30

Une petite chaussure mystérieuse




Une petite fille et une petite chaussure.
Lorsque j’étais une petite fille, cette petite chaussure m’intriguait. Je la retrouvais en ouvrant un tiroir de la coiffeuse chez Mamie Rose. Je pouvais jouer avec cet objet, mais cela n’allait pas à mes poupées, je ne comprenais pas pourquoi elle restait l’unique exemplaire d’une paire mystérieuse.
Pourquoi n’ai-je jamais demandé à ma grand-mère de m’expliquer comment  elle se trouvait dans sa maison ? Et pourquoi mon père, qui attachait tant d'importance aux objets, ne m’a-t-il raconté le parcours de celui-ci ; l'ignorait-il ?




C’est une toute petite chaussure, longue de 9 cm et large de 4 cm. Légère comme une plume, elle pourrait chausser un ange, une créature ailée. Un pied d’enfant ? Le cuir paraît un peu usé, mais comment imaginer qu’elle ait réellement été portée…
D’ailleurs, on voit bien que ce n’est pas à la mode de Provence.


Ce petit chausson, on le considère suffisamment pour le conserver pendant un siècle dans un tiroir, mais pas assez pour en avoir gardé le souvenir. À moins qu’on préfère le laisser dormir, tellement profondément que même une petite fille ne puisse le réveiller.

Ne pas blesser la terre.
Je me doutais que cette miniature fragile était très ancienne, le cuir aurait besoin d’être nourri. Les couleurs ont perduré, le bleu indigo sur la première lanière avec les deux rivets ainsi que la languette découpée apportent une touche de sophistication. L’ouvrage paraît de belle qualité, trois lanières sont glissées dans des passants.

Son nez relève, j’ai appris des Mongols qu’ils portent des souliers qui pointent vers le ciel pour ne pas blesser la terre en marchant. J’ai voyagé en Europe Centrale, et au hasard des bazars, j’ai retrouvé des sandales dont la facture m’a rappelé celle-ci. 



J'ai compris, lorsqu’une amie invitée s'est arrêtée devant ce chausson qui ravivait ses souvenirs du folklore d’Europe Centrale. Cet objet vient des Balkans, affirma-t-elle en connaisseuse.

Dans les montagnes de Macédoine, ces sandales sont nommées opanki au pluriel et s’il n’y en a qu’une seule : opanci ou opanak.


Sur le front d’Orient.
Mon grand-père et son père ont parcouru les mers, je repère quelques objets qu’ils ont rapportés chez nous.
Mais tout compte fait, cette petite chaussure dont je ne savais rien ne m’intéressait pas particulièrement. Jusqu’en 2014, lorsque j’ai ouvert la valisette en carton de mon grand-père Marius, découvrant alors le journal de sa guerre depuis les Dardanelles où il a débarqué en mai 1915. En septembre 1918, il se trouvait positionné, depuis plusieurs semaines, près du fleuve Vardar. Son régiment a participé à la bataille d’Uskub, actuellement Skopje en Macédoine.

Skopje, Macédoine, 20/11/1918

Marius a envoyé ces cartes à sa fiancée Rose, mais il ne donne guère de détails sur la réalité de la guerre.

Macédoine, 14 /08/1918

J’ouvre cette correspondance et les carnets de Marius que je pourrais encore mieux comprendre aujourd’hui, grâce à mes recherches sur la guerre de 1914-18.

Voilà où me conduit cette petite chaussure !


Le généathème proposé par Sophie, « consacré aux objets de famille, à leur histoire et à leur transmission dans l’histoire familiale », m’a donné l’occasion de me pencher sur celui-ci. 
Pour découvrir quelques objets qui dorment dans ma maison, 
voici d’autres billets :

2020-03-21

Un ami de Thomas et de Louis, à Lyon

Le 15 mars 1673, il y a du beau monde dans l'église de Notre-Dame de la Platière à Lyon, à l’occasion du baptême d’une toute petite fille, née l’avant-veille.

La Platière par Simon Maupin (1625)
Constant de Silvecane par Th. Blanchet

Le parrain, Messire Constant de Silvecane, est conseiller du roy, président en la cour des monnoyes, commissaire général de sa majesté en icelle au département dudit Lyon et autres provinces. C'est un ancien prévôt des marchands de ceste ville.

Son portrait, c'est Thomas Blanchet, l’oncle de Marie qui l'a fait.

La marraine est Dame Marie Grolier, femme de mons. de Renaud, Seigneur de Glarins et secrétaire de la ville et communauté de Lyon. 
Le père de Marie, Charles Grolier est le prévôt des marchands de Lyon, en cette année 1673.

Louis Blanchet pense que ces notables pourraient porter chance à sa fille, il est flatté qu’ils aient accepté de parrainer Marie. Mais je sais aussi qu’il est heureux de la présence de son ami Germain. 
Je m’approche de ce septuagénaire dont le visage attire la sympathie. 

- Nous nous sommes plusieurs fois rencontrés dans différentes assemblées, j’aimerais vous saluer, monsieur Panthot.
- Avec plaisir, mais…
- Je vous apprécie depuis que je m’intéresse à votre entourage, plusieurs de vos amis m’ont parlé de vous.
- Je ne crois pas vous connaître, mais où m’avez-vous croisé ?
- Dans la salle du consulat, le 9 mars 1655, c’est le jour où vous avez officiellement accueilli Thomas Blanchet.
- Mon cher Thomas !  Je me félicite de l’avoir fait venir de Rome pour me seconder. Êtes-vous de sa famille ?
- Sa nièce Marie que l’on a baptisée ce jour, est notre aïeule. (Sosa 913)
- Le 26 juillet 1668, j’étais le témoin au mariage de Louis et de Louise, ses parents.
- Effectivement, cela m’a fait plaisir de voir votre signature sur l'acte.



- J’aime travailler de concert avec Thomas et Louis, je suis fier de l’ouvrage que nous venons d’achever, avec nos peintres décorateurs, dans notre bel hôtel de ville que l'on dit être le plus beau d'Europe. Cela représente dix-sept années de travail ensemble. D’ailleurs, lorsque je vais me retirer, j’envisage de laisser à Thomas ma charge de peintre ordinaire de la ville de Lyon.

- Permettez-moi de vous dire que vous passez pour des peintres… pas si ordinaires.

- Nous œuvrons pour la satisfaction de nos commanditaires et pour le plaisir des yeux.
- Vos peintures traversent les siècles et sachez qu’elles sont admirées en l’an 2020.  (Je n’ose dire que l’Hôtel de Ville va subir dans quelques mois un incendie catastrophique).

Marie Blanchet, Baptême, AML

L’assemblée se dirige maintenant vers la maison de ville chez Thomas qui les a conviés aux réjouissances du baptême, ils vont boire à la santé de notre petite Marie. Je vais m’effacer discrètement. 
Avant de prendre congé de Germain, je lui glisse cette phrase dont il ne comprendra que la moitié (mais elle s’adresse à vous mes lecteurs !).

- J’ai créé un article en votre honneur, sur l’encyclopédie Wikipédia, vous pouvez le lire ici :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Germain_Panthot


Voici quelques billets qui mettent en scène Marie Blanchet,
d’autres sont en cours d’écriture.

Sa fille Clémence est Carmélite

2020-02-29

Les mains les plus savantes…


Dans l’Hôtel de Ville de Lyon, le 9 mars 1655 après-midi, le gouvernement municipal se réunit à l’occasion de la délibération consulaire.
Entrons dans la chambre du Consulat d’hiver pour assister à la délibération consulaire.


« Messieurs les consuls, l’invitation pressante de procéder sans retard à la décoration de la Grande salle de l’Hôtel de Ville faite aux échevins, par le Maréchal de Villeroy et l’archevêque Camille de Neufville son frère, est mise à l’ordre du jour.
Vous savez que le gouverneur et l’archevêque lieutenant qui régissent la cité de Lyon désirent un bâtiment à la hauteur de la renommée de notre ville. Ils souhaitent que la rénovation de la voûte commence sans plus tarder. »

Parmi les édiles, la discussion est animée, car beaucoup préféreraient différer ces travaux dans un souci d’économie. « Vu l’estat où se trouvent à présent réduite la communauté laquelle est surchargée de tant d’aultres dépenses…» rappellent raisonnablement certains. 

« Les finances du consulat sont en déficit depuis longtemps, et la construction du nouvel Hôtel de Ville a coûté des sommes considérables.»
Néanmoins, la plupart se félicitent de pouvoir disposer d’un palais communal aussi prestigieux. « Il orne la ville ; par ses dimensions et son architecture, il la met au premier rang des cités du royaume ».

La Grande Salle des Fêtes, éclairée par cinq fenêtres, au premier étage donnant sur la place des Terreaux, est longue de 82 pieds (26 m) et large de 38 pieds (12 m 50). Elle est destinée à recevoir les plus grands princes de France et de l’étranger lors de leurs visites à Lyon. Les Lyonnais tiennent à les recevoir avec faste pour montrer la puissance de leur ville.
« C’est l’honneur de la ville qui est en jeu » s’accordent les échevins.»

Il leur suffit de passer dans la grande salle, voisine de la salle du Consulat, pour faire un constat désolant : «La voûte apparaît bien laide au dessus des sculptures et des tapisseries «nue et même taschée en divers endroits ainsy qu’on la voit aujourd’huy ». On observe qu’« elle ne correspondoit pas à la magnificence du reste de la salle». On convient qu’«elle desplait aux yeux qui ne peuvent souffrir un si grand défaut dans un lieu si magnifique».


Registres des délibérations municipales, AML, BB210

Le choix s’impose d’engager rapidement « les mains les plus savantes qui se pourroient trouver ».

Registres des délibérations municipales, AML, BB210

Le sieur Panthot, peintre de la ville de Lyon, ne peut assumer cet ouvrage. On suppose que c’est son ami Charles Le Brun qui lui a recommandé Thomas Blanchet comme particulièrement capable d’entreprendre la décoration de l’Hôtel de Ville. Cet artiste arrive de Rome où il fréquentait les plus grands peintres et sculpteurs maîtres du baroque.

Les consuls  ayant considéré toutes ces choses et mesme jugé que « ladite peinture proposée estoit d’une extrême bienséance pour rendre cette grande salle entièrement accomplie. »

Modello de la voûte de la Grande salle, par Thomas Blanchet, MBA,  Lyon

Finalement, le programme iconographique plait à tous :
Au centre, le temple d’Auguste, allégorie du souverain, entouré par les signes du zodiaque, sont autant d’images du gouvernement politique et du commerce. 

D’après le contrat, passé le même jour chez le notaire, le prix fait est fixé 12 000 livres et 30 pistoles.
Messieurs les prévosts des marchands et eschevins précisent les conditions du contrat, signé par Germain Panthot et Thomas Blanchet venu recentement d’Italie. Ils recommandent ainsi d'utiliser 
« Toute la peinture à l’huille qu’il conviendra  faire en la voulte, laquelle estant une fois sèche, ilz en mettront une seconde.»
De s’entourer de « bons et excellents ouvriers agréés par le Consulat. »
« Comme encore sont tenus d’employer les plus belles et vives couleurs qui se pourront trouver et de rehaulcer avec de l’or de ducat en feuille, sans aucune épargne nuisible à la beauté de l’œuvre. »

Ce jour signe le début d'une longue carrière lyonnaise de Thomas Blanchet.
Pour voir son parcours, voici la série des billets sur Thomas Blanchet :



Sources
Archives de Lyon, Délibérations municipales, registres des actes consulaires BB 210, folio 106 à 109
Galactéros Lucie, Thomas Blanchet, Ed Arthena, 1991
Les décors de l’Hôtel de Ville de Lyon au XVIIe siècle, in
L’Hôtel de Ville de Lyon, éd. Imprimerie Nationale, 1996

2020-01-31

Avez-vous lu le ChallengeAZ ?


Les généathèmes sont de retour et c’est appréciable !
Merci Gazette des Ancêtres de te pencher sur nos blogs et de proposer de nouvelles idées pour nous inciter à nous renouveler. J’avais émis ce souhait de nouveaux généathèmes, lors du ChallengeAz de novembre 2019, je me sens donc appelée à participer ce mois-ci.



Lire l’intégralité des blogs participants à ce beau ChallengeAZ est une mission impossible, tellement ils sont nombreux.
Je ne saurais dresser la liste de tous les billets qui ont retenu mon attention. Globalement le niveau monte, tant pour l'originalité des thèmes que pour  la qualité d’écriture.


Parmi les nouveaux venus, nous avons fait de belles découvertes au fil des articles :

Aïeux sur le plat, j’apprécie les billets méditerranéens de Jean-François.  
Rue Fédor, comme Pascale, je lis avec intérêt la correspondance du XIXe.
Histoires d'ancêtres, Solène  m’a appris à prononcer le patronyme de Noël Falcouz.


Un coup de cœur :
Brèves d’antan, des expressions  superbement illustrées et reliées à la généalogie de Stéphane.

Sans oublier mes amis généablogueurs que j’essaye de suivre régulièrement tout au long de l’année. Ils se reconnaîtront, même si  je n’ai pas toujours écrit des commentaires …  (Je ne devrais pas me risquer à les citer, car je crains d’en oublier.)

Ceux-ci sont en phase avec les thèmes qui m’intéressent :

Lorraine et au-delà, Sandrine raconte Porquerolles, son île  de rêve.  
Un arbre pour racines, Delphine a testé des outils  et propose des présentations attractives.
Mes généalogies, Véronique m’a donné l’idée de regarder attentivement une photo et d’écrire « chapeaux ».
Généafinder, une récit très documenté sur les Filles du roi. 

Mention spéciale pour Chroniques d’antan et d'ailleurs, Brigitte a réussi un important challenge, tout en s’occupant de nos publications au jour le jour. 

Voilà 10 blogs, j'aurais pu en citer tant d'autres ...

2020-01-23

Blog anniversaire 5 ans

Mon blog, 
créé en janvier 2015, 
fête ses 5 ans cette année.


En 2019,
 j’ai publié quarante-quatre billets, 
ce qui porte le nombre total  à 296 billets.



2015 : 71
2016 : 63
2017 : 63
2018 : 55
2019 : 44

La récolte annuelle diminue. 

J’essaye de privilégier la qualité. Je prends plus de temps pour écrire, pour composer mes articles comme des bouquets.

Ceux qui me tiennent à cœur sont les plus soignés, documentés, avec des trésors de fleurs rares, odorantes, dont les coloris s’accordent.

Un bouquet  rapidement cueilli, au hasard des chemins qui sillonnent ma forêt, attire spontanément. Quelques branches éparses, des fleurs sauvages, ont le charme de la fraîcheur. Pourtant, j'éprouve davantage de plaisir à travailler sur des recherches longues et des histoires complexes à organiser et à vérifier tout au long de chemins dérobés.

Statistiques 2019




BILAN de l'année 2019

Contact avec de nouveaux cousins
A Saint-Tropez :  Nicolas, Evelyne et leur famille avec des (re) trouvailles inespérées, entre les descendants de nos marins. 
En Bourgogne : Yann et Diane, Henri et Isabelle qui nous ont montré des portraits précieux.
Dans l'Ain : Mireille qui m'invite à voir "son" château. 
Ainsi que de jolies surprises, sur les réseaux sociaux,  au hasard des routes de nos ancêtres, dans les Cévennes avec Véronique, en Vivarais avec  Maxime …
Et bien sûr, nous actualisons nos liens entre tant de cousins, passionnés de généalogie.
Sans oublier plusieurs correspondants qui me contactent en lisant ce blog.

Une cousinade organisée par Paul pour les 90 ans de Jacqueline
m’a donné l’occasion de réfléchir pour trouver des présentations attractives. Cela a inspiré
le challengeAZ
Ma série :
Thomas Blanchet, en sept épisodes, pourrait être complétée, car cet arrière…arrière grand-oncle m’intéresse naturellement. Le billet le plus lu (2459 vues), au cours de 2019, est Le voyage d’un artiste au XVII jusqu’à Rome. La carte narrative StoryMap est un support agréable à utiliser.

Wikipédia
J’adore enrichir ou créer des articles sur l’encyclopédie Wikipédia.J’en ai parlé dans ce billet du ChallengeAZ : https://briqueloup.blogspot.com/2019/11/wwikipedia.html
Le programme des Lyonnais est stimulant. Nous participerons à l’éditathon organisé aux Archives de Lyon  sur Tony Garnier en janvier, et à celui des Archives du Rhône en mai, puis aux projets du MBA (Musée des Beaux-Arts de Lyon), ainsi qu’aux enquêtes dans les cimetières. Nous contribuons aussi avec
le CHRD (Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation)
L’équipe du musée nous propose d’ouvrir des fonds d’archives pour donner vie à des personnages tels que Jean B. et Marie B.
Je sais que dans ce lieu chargé d’histoire et de souvenirs terribles,  je pourrais apprendre beaucoup sur la génération des résistants dans la famille de mon mari.


🌻
Quelques projets parmi d’autres :

Archives Départementales
Programmer un petit voyage en Avignon, dans le palais des Papes où se trouvent les AD 84pour étoffer mon petit arbre du pays d’Aigues.

Une présentation
« Une femme dans les airs », elle ne réside pas dans ma forêt, mais j’explore son arbre pour en savoir plus sur ce personnage étonnant dont je vais raconter les aventures dans la prochaine présentation au groupe PFL (Patrimoine et Familles du Lyonnais). Je cherche encore sa naissance et son décès ainsi que ses amis.
Deux nouvelles boîtes d’archives inventoriées, numérisées… Il reste des photos à identifier, des lettres à lire, des liens à tirer, des histoires à raconter sur ce blog.
Je souhaite regrouper certaines séries d’articles, pour les transmettre en version imprimée. Il est plus compliqué que ce que j’imaginais de construire un livre, car j’estime nécessaire de peaufiner l’écriture et d’organiser les textes avec un style différent de mon blog. Voilà un grand chantier !

Je vais essayer de participer régulièrement. Le premier généathème de 2020 est prévu avant la fin du mois…
🌸

🌼 Merci à tous !  🌺 Sans vous, mes fidèles lecteurs, je n’écrirais pas autant, vous m’entourez de votre présence bienveillante, cela me réchauffe le cœur.

2020-01-15

Chapeaux !


Dans un album de famille, se trouve une photo que j’aimerais vous montrer.



Droit sous son couvre-chef, cet homme arbore un air satisfait, fier de son travail. Le panier en osier qu’il tient sur ses genoux, contient des formes qui pourraient servir dans la confection de chapeaux.

Nous avons trois fabriquants de chapeaux dans notre généalogie :
Antoine Falcouz, fils de François Noël, et gendre de Joseph Pérouse.


Le métier de chapelier est décrit dans un des billets que Véronique consacre aux métiers d’antan [i] .

Voici ce qu’elle écrit :

Les chapeaux étaient fabriqués en drap de laine mélangée à du poil de taupe. Le morceau d’étoffe était mouillé puis moulé sur une forme pendant quelques heures. Il était ensuite mis à sécher.

Regardons de plus près cette photo publiée dans son blog, elle montre la forme utilisée pour mouler le feutre, 



Il me semble évident sur la photo de l'album familial, que le panier de notre homme contient plusieurs de ces formes, qu'il a pu utiliser pour mouler les chapeaux qu'il fabriquait.



Des lettres écrites, en juin 1836, par Joseph, à son père Joseph Pérouse, témoignent de leur commerce de marchand de chapeaux, avant qu’ils ne cessent cette activité.
Les deux beaux-frères se rendaient à la foire de Beaucaire pour écouler les marchandises.
« B. a acheté le restant de nos peaux et du poil qui se trouvait dans les cases. Nous n’avons donc plus qu’à nous défaire des chapeaux que nous allons tous emmener à Beaucaire. Nous serons nécessairement forcés d’y aller tous deux Falcouz et moi. Il y aurait beaucoup trop à faire pour un. Je pense que Joséphine sera de la partie. Si nous vendons prix passable, nous irons à Marseille. […] »

Antoine Falcouz a épousé JoséphinePérouse qui est la fille de Joseph, marchand fabriquant de chapeaux de paille d’Italie. C’était le  11 janvier 1822, il y a 198 ans.

Peut-être se trouve-t-il une photo de Joséphine dans un de nos albums, mais comment le savoir ?


Nous avons donc une photo que j’aimerais attribuer à Antoine Falcouz.  
Quel âge peut-il avoir ?

Puis-je me permettre de la référencer sous son nom, sans faire d’erreur ?
🎩👒

En réponse au commentaire ci-dessous, 

Si ce chapelier qui a sa place dans l’album de famille est un ancêtre, ce ne peut être qu’Antoine. Son fils, Etienne, est architecte.
Bien sûr, je me suis posé la question de dater cette photographie. Elle a été prise dans le studio d’un photographe, on peut voir le drap tendu à l’arrière-plan.
L’homme est appuyé sur son panier pour garder la pose, aussi longtemps que nécessaire.

A partir de 1854, les photographes sont de plus en plus nombreux à travailler à Lyon, et leurs photos emplissent nos albums.

Antoine est mort en 1875, à l’âge de 77 ans. Il faut que je continue à chercher, car il n’a pas toujours été marchand de chapeaux. Cependant, il a pu continuer à fabriquer des chapeaux pour son plaisir. Peut-être a-t-il voulu cette mise en scène, pour nous montrer ce précieux panier  d'osier ?

Mais, ce ne sont que des hypothèses que je n’oserais affirmer... 


Les billets qui racontent ces trois chapeliers :
François Noël Falcouz : En arrivant à la Guillotière
Joseph : De Marseille à Trieste pendant la Révolution

Les précédents billets racontent les grands-parents d’Antoine.
Sa grand-mère : Antoinette
Son grand-père : "il s’appelle Noël"



[i] Je prépare le Généathème qui invite à lire les articles du  ChallengeAZ 2019. Cela m’a donné l’idée d’écrire cet article. 

2020-01-05

Les paroissiens de Pâquier


L’église de Pâquiers* est remplie de ses paroissiens. Le village presque tout entier a tenu à être présent. Les parents, les alliés, tous sont venus. Je ne suis pas sûre de reconnaître les Falcouz, Pollin, Garipel, Garipel Blachet, Izoard, Izoard Rey, Recolin, Recolin Blardon   Certains  font partie de notre famille, d’autres assistent en voisins, en amis.
Cette basilique romane a sans doute été le témoin d’innombrables événements familiaux depuis le XIIe siècle.


Tandis que les femmes se serrent sur les bancs, plusieurs hommes restent debout au fond de leur église paroissiale, guère plus grande qu’une chapelle, laquelle peine à contenir toute l’assistance.

Lorsqu’Antoinette entre avec une lenteur solennelle, l’émotion est tangible, les yeux se troublent, les mouchoirs s’agitent discrètement pour sécher quelques larmes.
Une faible lumière pénètre par les fenêtres, le froid pique, en ce quatorzième jour de février de l’année 1785.
De chaque côté de la nef, les trois piliers carrés supportent les voûtes en ogive qui font résonner les chants des femmes, soutenus par les voix graves des hommes.

Puis le silence s’installe. La porte est restée entrouverte, on est étonné de constater que le village paraît inhabituellement calme en ce jour.   


À présent, tous les participants de la cérémonie se tournent vers le curé officiant devant l’autel, sous la voûte en coquille. Il apprécie Antoinette et il le dit haut et fort.

Des regards furtifs se dirigent vers le premier rang où se serrent Noël Falcouz et ses deux fils Etienne et François Noël, deux gaillards de vingt-quatre et quinze ans. Ils n’ont pas compris comment les heures ont pu s’écouler depuis avant-hier soir ; pour eux, le temps s’est arrêté.

Le curé Jolly prononce cet hommage à Antoinette : " regrettée de tout le monde. Elle s’est attiré l’estime par sa douceur et ses autres vertus. Mais surtout par sa générosité envers les pauvres."


Le quatorze dudit mois et an (février 1785) j'ai inhumé Antoinette Pollin, femme de Sr Noël Falque, décédée avant-hier soir, munie des sacrements, âgée d'env[iron] 50 ans. Ont assisté à ses obsèques presque toute la paroisse, étant regrettée de tout le monde dont elle s'est attiré l'estime par sa douceur et ses autres vertus, mais surtout par sa générosité envers les pauvres.
Signatures: Ennemond Pollin, Antoine Pollin, (frères d'Antoinette) et Hugue Sauze 



Samedi dernier, la terre était encore gelée dans ces montagnes de Lans, mais ce lundi on a pu creuser la tombe à l’extérieur de l’église, dans le cimetière où reposent nos aïeux.

Dans quelques semaines, le printemps fera fleurir la végétation autour des croix plantées dans l’herbe. 

Antoinette Pollin (sosa 241) a été baptisée ici, le 22 juin 1733.
Elle s’est mariée dans cette église, il y a 263 ans, le 26 janvier 1757. 
Vous connaissez déjà son époux (sosa 240) : il s’appelle Noël.
Vous retrouverez prochainement son fils François Noël (sosa120), celui qui est venu habiter à Lyon.


Bibliographie
Guide du voyageur dans le département de l'Isère (XIXe siècle) sur Gallica

Iconographie
Chapelle Saint-Christophe de Pâquier

* Pâquier, Pasquiers ou Pâquiers, dépend de Saint-Martin-de-la-Cluze en Isère. (voir la carte en lien ci-dessous)

2019-12-26

Il s'appelle Noël


Noël, un prénom lumineux, au parfum de forêts de sapins.


Inspirée par le calendrier et par la proposition de La Gazette des Ancêtres, pour trouver ce beau prénom, je vais ouvrir une forêt généalogique dont j’ai peu parlé ici.


La famille Falcouz est originaire de Pâquier, un village dépendant de Cluze-et-Pâquier. Dans la province du Dauphiné, le Trièves est une région de moyenne montagne, située dans la vallée du Drac, à 25 km de Grenoble. Le 45°parallèle traverse Saint-Martin-de-la-Cluze qui est le village d’aujourd’hui.
Nous avons skié dans ces montagnes du Vercors, sans savoir que nos ancêtres exploitaient leurs forêts, labouraient leurs terres, soignaient leurs vignes, juste sous le contrefort est du massif. 


Noël Falcouz vivait à Pasquiers, au XVIIIe.
Des pâquiers désignent des paquerages, ou des pâturages. Les Falcouz et leurs parents possédaient des troupeaux, de bœufs, de vaches, de moutons…

Noël (sosa 240) nait en 1731. Il est décédé le 30 août 1816, à l’âge de 85 ans, au hameau de Peillavène.
Son beau prénom, Noël l’a transmis à son fils, « François » Noël (sosa 120) qui est né en 1768, puis il s’est perdu. 
Son petit-fils s’appelle « Antoine » Marie  (sosa 60). Il rappelle Antoinette Pollin, l’épouse de Noël Falcouz, (la seule chose que je sais d’elle vous sera racontée prochainement. En effet, à l’occasion de l’écriture de ce billet, j’ai pu enrichir leur forêt avec des histoires qui m’enchantent).
Le prénom Etienne, celui de fils aîné (né en 1759) aura un destin plus long, jusqu’au fils de Fanny, né en 1888, il est donné cinq fois.

Noël ou Noë
Le plus souvent, dans les actes où il figure, il est dénommé Noël. Mais il arrive que l’on dise Noë. Était-ce l’appellation courante ?

Falcouz et ses variantes
Puisqu'il exerçait la fonction de maire à Pâquiers, la signature de Noël Falcouz apparaît fréquemment sur les pages des registres BMS de la paroisse. Du fait de sa notoriété, il passe pour un témoin fiable, il tient le rôle de parrain dans sa famille ou pour certains de ses voisins. J’ai trouvé, aux AD 38, quelques actes notariés qui le concernent : contrats, vente de coupe de bois …
Il a dû en signer beaucoup d’autres que j’aimerais bien découvrir aux archives de l’Isère. 


Falcouz, Falcoz, Falcou, Falcoux, Falquoz, Falque
Tels sont les patronymes que l’on peut trouver dans les registres d’état-civil de la région.
Grâce à ce billet d’Estelle, je sais que le Z final ne se prononçait pas. Il indique qu’il faut prononcer en douceur Falcou.

Devinez à quel oiseau je pense maintenant … 

2019-12-21

Retour sur le billet X


X_Dossier Comment gérer les secrets … 

Vous avez été nombreux à lire ce billet :
Pour l’antépénultième jour de ce mois de novembre où le ChallengeAZ est dédié à la lettre X, il ne fallait pas faiblir. Je m’attendais à toucher entre 150 et 200 lecteurs. (Je suppose que ces chiffres sont gonflés, car mes pages sont aussi visitées par des robots et autres zappeurs.)
Surprise de voir qu'à ce jour le compteur indique 1797 lecteurs ! 
Je remercie La Gazette de Thierry Sabot de me suivre fidèlement et de mettre à l’honneur certains de mes billets, ce qui provoque un pic inattendu.

Les secrets
On peut supposer que le titre attire des curieux de secrets de familles. Ils ont dû être déçus, car dans le cadre de mon sujet, je m’attache à prendre des précautions dans la manière de présenter nos généalogies.

Il est intéressant de lire les commentaires. Les témoignages portent principalement sur les tabous liés à la naissance, d’autres sur la nécessité ou non de révéler les maladies.

Pourtant les malaises peuvent être bien plus variés : circonstances de la mort, enfants décédés et oubliés, maladies, suicides, faillites, dettes, condamnations et emprisonnement... sans préjuger de l’importance actuelle de ces situations. 

Avec l’outil Crowdsignal, j’ai lancé un petit sondage que j’ai voulu rapide. 
La plupart des participants ont passé moins de deux minutes, certains moins d’une minute, pour cocher leur choix dans chacune des questions.
Je ne m’attendais pas à recevoir 264 réponses ! 



Le sondage comporte quatre questions.
1 _ Faut-il révéler les secrets que l’on découvre dans nos généalogies ?
Ça dépend : Pour 164 personnes (soit 65%), l’attitude doit demeurer prudente, comme l’illustrent les commentaires pleins de nuances, écrits par les visiteurs.
Bien sûr : 85 participants, sûrs d’eux, envisagent de raconter leurs découvertes, sans rien cacher.
Sûrement pas : 4 personnes ont trouvé un secret qui doit le rester.

2 _ Avez-vous déjà découvert un secret de famille inconnu ?
Oui, ça m’est arrivé disent 200 (soit 78%) des 255 participants.
Non, jamais pour 27 personnes.
Pas encore, mais 15 ont de l’espoir.
12 généalogistes aimeraient trouver un secret de famille.
Une seule personne n’aimerait pas se confronter à un fantôme dans un placard.

3 _ Si vous avez trouvé un secret de famille ,
 A cette question, la réponse est étonnante :
C’est une histoire terrible qu’ont découvert 39 participants.
C’est une histoire banale qui ne poserait aucun problème de nos jours, pour la majorité des 201 généalogistes (soit 81 %).

4 _ Si vous avez mis à jour une légende familiale
La réalité apparaît très différente de la légende pour 91 (soit 63%) des 144 réponses.
La réalité collait à la légende pour 53 découvreurs d’histoire insolite.
Ceci nous invite donc à ne pas considérer toutes les légendes familiales comme des histoires vraies.
  
Au clic, pour voir le rapport de Crowdsignal

Ps. Merci aux nouveaux participants de ce sondage qui n'est pas clos. C'est sympa de répondre à ce petit questionnaire. Le 10/02/2020, vous êtes 276 à vous être exprimés (grâce à la mise en avant par La Gazette de Thierrey Sabot.)