Dans la montagne ardéchoise, au mois de mars, l’hiver n’est pas terminé. La neige tombe encore sur la terre glacée, sur les champs, elle recouvre les forêts de mélèzes. Le brouillard et la froidure enveloppent le pays.
Lac d'Issarlès, en mars |
Claude Bonnefoy que je connais si peu, vivait là-haut avant 1645. Ses fils Pierre et Antoine sont nés à Issarlès ; ils se sont ensuite installés dans la vallée, au bord de l’Ardèche, à Mayres. Leurs contrats de mariage m’apprennent qu'ils sont « natifs du lieu du lac, paroisse d’Issarlès ». Cela me fait plaisir, Issarlès est un bel endroit, mais cela m’attriste, car leur père est déjà mort.
Si les Bonnefoy ou Bonnafoy passent pour des hommes de bonne foi, cela me plait de les avoir pour ancêtres.
Beaucoup de porteurs de ce sympathique patronyme sont issus des alentours d'Issarlès où j'ai eu envie d'aller pour ce généathème de la montagne.
Lac d'Issarlès![]() |
Lac d'Issarlès Wikipedia |
Ici, le vert domine, le vert tendre des prairies où paissent les vaches, le vert foncé des frondaisons, et l’enchantement du lac d’Issarlès, une émeraude sertie dans le cercle parfait du cratère d’un volcan.
En pensant à ceux qui se déplaçaient à pied au milieu du XVIIe siècle, je parcours la carte. J’entends les noms des lieux qui leur sont familiers : Coucouron, Lachapelle-Graillouse, Cros de Géorand, Sagnes et Goudoulet, ils faisaient rire mes enfants en évoquant les sites des classes de neige.
On atteint le Mont Gerbier-de-Jonc en cinq heures de marche pour arriver dans ce lieu mythique où les pierres chantent sous les pas. La Loire prend sa source à ses pieds.
Non loin de là, au pied du Mont Mézenc, se trouve la Chartreuse de Bonnefoy fondée au XIIe siècle (décidément le nom s’inscrit dans la région !). Les moines se plaignaient des conditions difficiles liées au froid et à la rigueur du climat. Quand la bise souffle, il est épuisant de résister. D'ailleurs même en été, les soirées apportent la fraîcheur, il est nécessaire de bien se couvrir.
Devant le couvent, coule une rivière, qui va se jeter dans la jeune Loire près du lac d’Issarlès, elle s’appelle la Veyradeyre. Son nom m’interpelle aussi.
L’épouse de Claude Bonnefoy (sosa 1732) s’appelle Vidalle Veyradier (sosa 1733).
Où vivaient-ils dans ce pays d’habitat dispersé ? Peut-être dans une chaumière au toit de genêts, accroupie entre les près et les forêts.
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Moulin de
Cassioné, Cros de Géorand (Wikipédia) |
Je ne connais pas leur métier. Je peux supposer que jadis, leurs ancêtres pêchaient dans le lac, qu'ils cultivaient la terre, et possédaient des vaches qu’ils engrangeaient le foin et le conservaient dans les greniers pour nourrir les bêtes pendant l’hiver. Et eux-mêmes, étaient-ils artisans ? Habitaient-ils dans le village au bord du lac d’Issarlès ? Aucun document ne m’en dira plus. Les registres paroissiaux sont publiés à partir de 1670, la famille Bonnefoy n’y vivait déjà plus.
Les notaires venaient-ils jusqu’à eux pour rédiger des actes de vente, des testaments. Lors des marchés, des foires, avaient-ils l’occasion de passer des contrats ? Alors, où trouver les archives ? Le pays se situe loin de tout, aux confins du Vivarais et du Velay.
Je me tourne vers la SAGA, société généalogique de l’Ardèche qui réalise un travail appréciable, en lien avec les AD 07. En affinant ma recherche sur leur site, je vais découvrir plusieurs actes notariés, numérisés et en consultation immédiate.
Le
dernier jour du mois de février 1667, le notaire Etienne Daubert (qui est
d’ailleurs notre sosa 3498) propose un règlement pour résoudre un désaccord
entre les frères Bonnefoy. Antoine réclame à Pierre 300 livres de l’héritage.
Pierre se défend en évoquant la difficulté de la gestion des biens et le règlement
des dettes. Et l’on entend Antoine « répliquant,
disoit que les biens de sondit feu père sont d’une nottable valleur ».
Pierre devra payer la somme de 170 livres, en commençant par un versement de 40 livres la première année, attesté par acte en novembre 1667.
Bien sûr, j'aimerais déchiffrer le testament de Claude Bonnefoy passé « en sa date », chez le notaire au Cros de Géorand. Ce registre-là n’est pas numérisé. Mais, pouvoir lire de tels documents est déjà inespéré.
Clic pour agrandir et chercher où coule "La Veyrardeyre" |
Ce généathème « la montagne » m’a donné envie de monter à 1000 m d’altitude dans les monts du Vivarais, en faisant revivre nos souvenirs ardéchois.
Aller à Issarlès, c’était rouler de longs kilomètres en virages tortueux sur des routes de montagne, en hiver dans la neige, en été pour des pique-niques au bord du lac. Nous ne pouvions pas imaginer alors qu’un bout de branche de nos ancêtres y vivait jusqu’au milieu du XVIIe siècle. (Mon père aurait été stupéfait et ravi de l’apprendre !)
De Claude Bonnefoy, je ne savais presque rien, avant d’écrire ce billet. Je ne connaissais même pas le nom de son épouse Vitalle Veyradier. Prochainement, je vous parlerai de cette branche au bout de mon arbre.