2019-07-27

Marie auprès de son vieil oncle


Au mois de juin 1689, Marie Blanchet (sosa 913) s'inquiète pour son oncle Thomas Blanchet. Le vieil homme perd ses forces, elle le voit diminuer. À maintes reprises, il lui a confié qu’il sentait sa fin proche. Quittant la chambre du malade, elle rejoint dans leur appartement voisin Louise Balley, sa mère (sosa 1827).

Hôtel de Ville de Lyon

Celle-ci déclare qu’elle a vu passer dans la cour de l’Hôtel de Ville de Lyon, à deux reprises, le 15 et le 16 mai 1689, le notaire Perrichon qui entrait au domicile de son beau-frère. Elle pense qu’il a confié ses dernières volontés. Cet acte remplacerait son premier testament. Louise suppose que sa fille est l’héritière universelle de Thomas Blanchet.


En effet, le testateur « a fait, institué et nommé de sa bouche son heritiere universelle et de plain droit assavoir Marie Blanchet sa bien chere niece et fille de deffunct sieur Louis Blanchet son frere, à laquelle il remet tous ses biens et droits presents et advenir incontinans apres son decedz. »

Marie paraît trop jeune pour gérer cette énorme succession, même si son oncle a tout prévu. Dans le codicille ajouté le 16 mai, il a pensé à donner précisément à chacun les sommes désignées sans que l’on puisse réclamer davantage à sa nièce, sous peine de ne rien recevoir. Marie n’a que seize ans, le mari de sa mère assurera la tutelle. Paul Bertaud est voyer de la ville de Lyon. Il est proche de Thomas qui lui fait confiance, il saura assister Marie et remplacer Thomas qui était le tuteur de sa nièce.

porte de l'église Saint-Pierre, Lyon 1er
« Je vais chez l’apothicaire, j’aimerais rapporter quelques potions pour soulager le malade » annonce Marie.
En passant devant l’église Saint-Pierre, elle pousse la porte, elle entre, et remonte lentement l’abside, en admirant successivement les cinq tableaux imaginés par son oncle, ils représentent la vie de saint Pierre. Elle s’agenouille pour prier en face du maître-autel en marbres polychromes, éblouie par l’œuvre exceptionnelle que Thomas Blanchet réalisa en 1678 : le tabernacle en bronze doré cantonné de putti d’argent.
L’abbesse Antoinette d’Albert d’Ailly de Chaulnes s’approche de Marie, « Ma chère enfant, je me joins à vos prières. Comment va notre artiste ? »
Marie avoue son inquiétude.

Elles traversent ensemble l’escalier d’honneur, Antoinette se montre très satisfaite de cette réalisation de Thomas. Une porte donne sur le cloître du monastère où les Bénédictines déambulent en méditant.

Marie est touchée par la bienveillance de l’abbesse, chez qui elle découvre une véritable amitié pour Thomas. Elle lui confie :
« Étant le frère de mon père qui est mort lorsque j’étais dans ma troisième année, il s’est beaucoup occupé de ses neveux. Mon oncle m’a souvent raconté que leur famille vivait à Paris, au début du siècle. Il se souvient de leur apprentissage dans l’atelier de fameux artistes parisiens : Jacques Sarrazin, Simon Vouet. Louis, mon père a suivi la voie tracée par son aîné, comme lui, mais moins prestigieux, il devenu peintre officiel de la ville de Lyon.  Les deux frères ont travaillé ensemble sur de grands chantiers. Je suis fière de mon oncle qui est une personnalité honorée par les consuls et l'entourage du gouverneur de Lyon."
Antoinette ajoute que sa famille considère que les chefs-d'œuvre, conçus par l’artiste dans l’abbaye Saint-Pierre, augmentent leur prestige tout en célébrant la gloire de Dieu.
« Ce vieillard a atteint 75 ans et il a réalisé tant d’œuvres admirables. Ces dernières années encore, il a peint des décors et des plafonds sur des chantiers importants. Il y a trois ans, il a organisé les funérailles de Nicolas de Villeroy et dessiné son monument funéraire dans l’église des Carmélites. »

Tombeau de Nicolas de Villeroy
« Dire qu’on le jugeait trop faible de corps et de membres lorsqu’il était jeune apprenti ! Pourtant, quelle vitalité il a montrée au cours de sa longue vie » s’exclame Marie. « Il a voyagé depuis Paris jusqu'en Italie, il a fait des allées et venues entre Lyon et Paris. »

« Dieu fasse que sa santé se rétablisse et qu’il puisse rester parmi nous ! Je demanderai aux nonnes de prier pour lui. »
« Allez de ma part, ma chère enfant, rendre visite à la sœur apothicaire qui vous fournira des remèdes. »

...

Ce récit est totalement fictif. Je m’appuie sur le testament de Th. Blanchet pour imaginer l’attachement de Marie à son oncle, comme je l’avais fait dans cet épisode où elle apparaît, petite fille habitant dans l'Hôtel de Ville de Lyon.

Voici les billets qui mettent en scène Thomas Blanchet :

8- Des rendez-vous dans l'escalier des Dames de Saint-Pierre
puis Marie Blanchet, et ensuite sa fille :                                           
Carmélites

2019-07-06

Des rendez-vous dans l'escalier des Dames de Saint-Pierre

Thomas Blanchet presse le pas, son rendez-vous est tout près. Il n’a qu’à traverser la place des Terreaux pour entrer dans le palais Saint-Pierre. Il aime ces moments de travail avec Antoinette de Chaulnes.
La jeune abbesse succède à sa sœur, Anne d’Albert d’Ailly de Chaulnes, depuis 1672. C'est son aînée qui avait commandé la construction de l’abbaye des Dames de Saint-Pierre. Ce chantier a débuté le 18 mars 1659. 

L’Hôtel de Ville de Lyon et le Palais Saint-Pierre à droite

En attendant que la porte du cloître s’ouvre, Thomas lève les yeux pour admirer l’édifice, il « se promit d’ajouter encore à tout ce qu’avait fait d’excellent La Valfenière », de l’avis de tous, l’architecte a réussi un chef d’œuvre.
Thomas qui a réalisé les décors de l’Hôtel de Ville a acquis une bonne renommée. Peintre du roi et de messieurs les échevins et prévôts de la ville de Lyon, il reçoit de nombreuses commandes.
Nous avons rencontré Thomas Blanchet dans un autre escalier, celui de l’Hôtel de Ville, il était alors au bord des larmes, car son chef d’œuvre était détruit par l’incendie.
Depuis 1679, il supervise le chantier de l’abbaye royale des Bénédictines. Stimulé par ces nouveaux projets, il apparaît bien plus guilleret.

Antoinette l’a chargé de concevoir et de réaliser la décoration de l’aile sud : en maître d’œuvre, il dirige les travaux d’aménagement de l’église et du grand escalier monumental « ainsy que Madame le veut ». Il supervise les sculpteurs, les tailleurs de pierre, les peintres, les orfèvres, les menuisiers...

Souvenez-vous : dans sa jeunesse, apprenti chez Sarrazin, il aurait aimé être sculpteur. De plus, il a aussi montré des talents d’architecte. A présent, l’escalier monumental des Dames de Saint-Pierre est achevé. Il importe de se mettre d’accord sur le choix des figures, celles qui vont compléter la décoration qui est déjà du meilleur effet dans cet escalier d’apparat. Le peintre apporte des dessins préparatoires, il veut en discuter avec l’abbesse.

Voici Antoinette, « illustre et puissante dame ». C’est une noble religieuse, mais aussi une femme éprise de gloire, elle est âgée de quarante-neuf ans en 1682. Thomas a soixante-huit ans. Je suppose que le charme opère réciproquement.


Majestueuse, dans l’écrin de la cage d’escalier d'honneur, Antoinette descend les marches très longues et fortes douces, sa main glisse sur la rampe soutenue par les balustres en marbre noir. Elle est satisfaite, à juste titre, de ce qui passe déjà pour le plus bel escalier du royaume.


Dans chacun des quatre coins de la voûte, sur les pendentifs du plafond, les Renommées ailées soufflent dans leur trompette la gloire de l’abbesse.


Les huit Béatitudes, allongées sur les frontons, leur répondent en vantant les vertus de l’abbesse. La supérieure du monastère sourit à l’artiste, elle le félicite pour ce magnifique décor en stuc blanc.


Thomas est impatient de lui montrer les projets pour les Vestales, il explique qu’elles portent un flambeau pour éclairer l’escalier d’apparat. La religieuse demande si ce n’est pas une figure trop païennne. Thomas, féru de mythologie, depuis son séjour à Rome, explique que ces prêtresses vouées à la chasteté sont chargées d’entretenir le feu sacré. Ces symboles plaisent à Antoinette qui tient à sa réputation.

Il s’agite en ouvrant fébrilement un autre carton de dessin, serait-ce une surprise, ou une commande particulière ?  Il détaille ce projet qui surmontera de la porte de la chapelle : Au-dessus des deux putti qui jouent, nous pourrions placer une couronne de palmes.
Et au centre ?  demande Antoinette 
Ce sera votre portrait, très-haute et très-puissante dame. J’imagine un buste en marbre de Carrare.

Putti med oval ram,  Stockholm Nationalmuseum 

De nos jours, les visiteurs du musée des Beaux-Arts de Lyon peuvent admirer cet escalier monumental. La moitié des dix-sept sculptures, dessinées par Thomas Blanchet, ont disparu et certaines ouvertures ont été fermées.
La lumière a changé, mais on peut encore imaginer que Thomas et Antoinette montent les degrés en causant de cette magnifique réalisation, parmi les meilleures œuvres d’architecture de leur époque.
Certains dessins de Thomas Blanchet sont conservés à Stockholm au Nationalmuseum.

Bibliographie
Le Palais des arts. Ancienne abbaye royale des dames de Saint-Pierre. Sa construction, son histoire par Marcel Hervier, Impr. Audin, 1922 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65737725/f23.image
Charvet, Léon , Réunion des sociétés savantes, section des beaux-arts, 1893, page 100
Galactéros Lucie, Thomas Blanchet, Ed Arthena, 1991
Patrice Béghain, Dictionnaire historique de Lyon, Lyon, ed. Stéphane Bachès, 2009, page 1183


Voici les billets qui mettent en scène Thomas Blanchet :
7-  Épouser deux fois la même femme
8- Des rendez-vous dans l'escalier des Dames de Saint-Pierre
9- Marie auprès de son vieil oncle
Voir aussi l'article Wikipédia  que je viens de créer :
Escalier d'honneur des Dames de Saint-Pierre