2018-11-06

E_ L’Escalier de Thomas

Thomas Blanchet descend les marches de l’escalier d’honneur de l’Hôtel de Ville, la tristesse l’envahit. Il ne peut retenir les larmes qui coulent de ses yeux usés. Ce sexagénaire est anéanti par le désastre qui a ruiné son travail.
Son escalier qui passait pour une réussite somptueuse est à présent noirci, il déteste cette odeur de cendres qui s’est imprégnée dans les murs. Les traces de brûlé couvrent les fresques qui étaient admirées de tous.


Le peintre réalisa un chef-d’œuvre, il avait rempli sa mission depuis que Camille de Neuville de Villeroy l’avait fait venir de Rome, en 1655, pour décorer l’Hôtel de Ville. Le frère de Nicolas de Neuville gouverneur de Lyon, était lui-même archevêque de Lyon et lieutenant du roi, il se montra satisfait de cet ouvrage dont le sens politique devait être affiché avant la venue de Louis XIV à Lyon.



Admirons les fresques de cet imposant escalier d’honneur, véritable théâtre baroque où jouent les lions, les femmes, les putti, les combattants, les dauphins, les mascarons, etc. Il faudrait les décrypter comme autant de symboles de la puissance de Lyon et des gouverneurs. 


Le magnifique bâtiment était à peine achevé depuis deux ans lorsque la catastrophe se produisit.
Le 13 septembre 1674, l’incendie de l’Hôtel de Ville détruisit complètement son travail : l’escalier d’honneur, le salon du Consulat, la salle des portraits, les murs de la grande salle des fêtes.

Incendie de l'Hôtel de Ville de Lyon en 1674_ musée Gadagne

Thomas est désespéré. « Il se vit brûlé vivant dans cette part de son œuvre dont il attendait le plus de gloire »
Durant vingt-cinq années, il a passé tant d’heures à concevoir et à peindre les décors. Celui de la Grande salle des Fêtes : « c’est un dommage trop grand que le feu aye consummé tout ce sallon […] lequel estoy assuïrement un des plus beaux de toute l’Europe »  disait - on alors.


Savez-vous quel était le thème des fresques du grand escalier ?
La coïncidence est trop injuste, le peintre avait pensé raconter « L’incendie de Lyon sous Néron ». Ce sujet apparaît comme la métaphore de la paix retrouvée après la Fronde et la guerre d’Espagne. Il cite Sénèque : « Une nuit suffit à anéantir une grande ville ». Ensuite on peut comprendre l’espoir de grandeur en lisant cette lettre à Lucilius : « Qui sait si peut-être [la ville] n’a pas été consumée pour renaistre plus belle et plus florissante que jamais.  »


À présent, Thomas se demande si le choix de l'incendie était vraiment judicieux. Le désir d’immortalité n’est qu’un leurre. Le vieil homme ne peut que pleurer devant le désastre.

Cependant, Thomas ne doit pas se laisser abattre. Paul Berthaud, (V_Voyer de la ville) lui a parlé de projets de reconstruction de la façade et du beffroi. Il veut lui confier « comme estant le plus capable de conduire une telle entreprise à sa perfection ».
Thomas est architecte, peintre, décorateur, dessinateur, sculpteur, graveur...
Il vit et travaille dans l'Hôtel de Ville.
Son frère Louis Blanchet oeuvre avec lui comme maître peintre de la ville de Lyon. (Louis est notre ancêtre, (sosa 2850). Louis meurt en 1675 et sa veuve Louise Balley (sosa 2851) va épouser Paul Berthaud avec l’accord de Thomas. 



Bibliographie
L’Hôtel de Ville de Lyon, Paris, imp. nationale, 1998
Thomas Blanchet (1614-1689), Lucie Galactéros de Boissier, Paris, Arthena, 1991

2 commentaires:

  1. Pauvre Thomas... c’est horrible de découvrir son oeuvre ainsi, après tant d’heures de travail...

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  2. Je crois que la tristesse l'a habité durant la fin de sa vie.

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