2018-11-14

L_cimetière de Loyasse

J’aime me promener dans le cimetière de Loyasse.


Il y a quelques années, je longeais ses murs trois fois par jour et j’emmenais les enfants admirer les caveaux fleuris au début du mois de novembre.
Ce cimetière me plaisait parce qu'à cette époque je n’y connaissais aucun défunt, je ne ressentais guère de tristesse à marcher entre les tombes.

L’un des tout premiers billets de mon blog : « Le cimetière des quatre vents »


Le temps passa, j’ai commencé notre arbre généalogique. J’ose dire que j'étais heureuse de pouvoir noter les lieux des sépultures concernant la branche lyonnaise de mon mari. Ce lieu prenait du sens pour moi, je pouvais alors marcher et rendre visite à des vieilles connaissances.


En 1838, il accueillit Jacqueline Margaron. Sa famille avait acheté une concession proche de celle de leurs amis qui depuis vingt ans commençaient à investir le cimetière (ouvert en 1808). Je sais moi aussi repérer plusieurs tombes de leurs cousins, alliés ou amis. Je ne manque pas de faire une ronde plus précise pour rendre visite à ceux qui m’inspirent selon mes recherches. Et j’en découvre des nouveaux.

La proximité des sépultures m'apparaît comme une source d’étonnement.
William et Madeleine, dont j'ai raconté l’histoire émouvante, demeurent juste à côté du cousin Gaspard que je croyais prétentieux, mais peut-être je me trompe sur son compte, car sa famille m’intéresse. (M_Pont Morant)


Mary repose avec ses parents alors que l’oncle Augustin n’est pas là !
Et Clotilde dont j’ai raconté les funérailles dans un RDVAncestral : "Autour de Clotilde ".  Elle a rejoint son époux, les grands-parents de celui-ci et leur bébé pour qui ils avaient acheté la concession. Ensuite, le 31 mai 1933, tous les corps de cette sépulture sont exhumés et transférés à Montbrison dans un caveau familial. L’emplacement a été vendu.
Pourtant, je vais quand même le voir, car l’oncle Eugène que j’ai connu est enterré pas loin.


Terminons la promenade en passant à nouveau devant la tombe de Jacqueline. Je prends le temps de relire encore une fois les vingt-six noms gravés sur la pierre, tous me sont familiers à présent.  Des aïeules, des petits enfants, des jeunes femmes se sont endormis là. Mais où est Joseph ? 

2018-11-13

K_ Carmélite


La Montée des Carmélites est bien raide. Clémence vêtue de l’habit de toile brune, les épaules couvertes par le scapulaire, coiffée d’un voile noir sur la guimpe blanche, y posait-elle ses sandales ? Devait toujours rester dans le cloître du monastère, astreinte à la rude discipline de veille, de jeune et de pénitence ? 


Clémence Margaron, la fille de MarieBlanchet (sosa 1425), était carmélite.
On perd souvent la trace des femmes qui entrent en religion puisqu’elles n’ont pas de descendance et peu d’actes officiels. Dans ce cas, c’est inespéré de pouvoir suivre Clémence qui vivait au XVIIIe siècle à Lyon.
Il est possible de comprendre pourquoi la jeune fille a choisi cet ordre. Les Carmélites se sont installées à Lyon au début du XVIIe, en haut de la côte des Carmélites (à l’emplacement de l’actuelle clinique Saint-Charles)[1]. La puissante famille Villeroy qui les a invitées à Lyon les protège, elle fait construire des bâtiments et une chapelle de la plus belle facture, richement ornée. Le fils de la fondatrice, Camille de Villeroy, archevêque de Lyon, était proche de Thomas Blanchet. C’est l’oncle de Marie, Thomas Blanchet qui a dessiné, en 1681, le retable du grand autel. Il a conçu le tombeau d’apparat de Nicolas Neuville de Villeroy. La chapelle funéraire de cette famille des fondateurs se trouve dans l’église des Carmélites. « L’on peut dire avec raison que jamais l’art n’a esté soutenu avec plus de magnificence, de bon goût et de propreté, le tout par les soins et suivant le dessin qu’en a donné le sieur Blanchet, peintre ordinaire du Roy » Blanchet était aussi chargé de la gestion des funérailles des plus illustres personnes de cette famille[2]. Plusieurs Neuville furent gouverneurs de Lyon.

L’église des Carmélites est alors devenue l’une des plus belles de la ville.
Les bourgeois lyonnais aimaient envoyer leurs filles au couvent des Carmélites. 


Clémence avait dix ans lorsque sa mère est morte en 1717. Dix ans plus tard, elle prononça ses vœux :
Le 16 décembre 1727, entre 10 et 11 heures du matin, dans l'hermitage de Notre Sainte Mère Térèse,
 Sœur Térèse Clémence de Jésus, native de Lyon, nommée au monde Clémence Margaron,
 fille de Monsieur Gaspard Margaron et de demoiselle Marie Blanchet, bourgeois de Lyon,
ayant pris l'habit en ce monastère, le 14 décembre 1726, âgée d'environ 20 ans
a fait sa profession... entre les mains de la R. Mère Jeanne Susanne de Sainte Agnès, prieure...[3]



Lorsqu’elle décéda, le 1er décembre 1776, Sœur Thérèse Clémence de Jésus, a vécu soixante-dix ans, dont cinquante ans de religion. Elle exerçait la fonction de prieure de ce monastère depuis moins de trois ans.



[1] Dictionnaire historique de Lyon, P. Béghain, B. Benoit, G. Corneloup, B. Thevenon, Éditions Bachès, 2010
[2] A. Vachet, les anciens couvents de Lyon, 1895,  https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5819645n/f234.item
[3] Histoire du couvent des Carmélites


2018-11-12

J_Joseph habite rue St-Joseph


Au numéro 7 de la rue Saint-Joseph habitait Joseph Pérouse. Le balcon de sa maison a gardé son monogramme JP .


Ces initiales sont aussi celles de sa fille aînée Joséphine ainsi que celles de son fils, Joseph. Son troisième se prénomme Augustin. Joseph et Augustin sont nés quai des Augustins n°1.
Au-delà de ces coïncidences qui me plaisent toujours, le prénom Joseph est ancré dans la famille, le grand-père et l’arrière-grand-père de Joseph s’appelaient Joseph.
Joséphine (sosa 23) est la petite-fille de Joséphine (sosa 93) (dont les prénoms sont Élisabeth « Joséphine). Devinez quel prénom sa fille (sosa 11) donne à ses enfants : sa fille aînée s'appelle : Joseph Marie « Élisabeth » et son fils : Joseph. 
  

Joseph a acheté cette maison en 1815. Elle est vendue en février 1880 après le décès de ses trois enfants.
L'immeuble donne sur la cour de l’intendance que l'on voit dans ce bloc situé au sud de la place Bellecour, entre la rue St-Joseph à l'ouest et la rue de la Sphère au sud. 


Les intendants sont des commissaires royaux sous l’Ancien Régime :
« L’intendant réside dans la grande maison faisant l’angle des rues Auguste Comte n°1, 3, 5, 7, 9 et François Dauphin n°5 et 7 actuelles »[1].


En fait, il semble que l'Hôtel de l'Intendance a été partagé en plusieurs lots et a été reconstruit en partie.
Il est bien stipulé que les copropriétaires ont la charge de contribuer à l’entretien de la loge, du pavé, de la pompe, du puits, des arbres, des bornes et du réverbère, du portail et du passage sur la rue... 

Mais assez discuté sur le pavé, je vous invite à entrer dans l'immeuble.


La volée de marches de ce superbe escalier nous donne envie de grimper les cinq étages.


D'en haut on devine la cour et on admire les toits.

Voir aussi

2018-11-10

I_les Imprimeurs et leurs épouses


L’imprimerie lyonnaise est reconnue depuis le XVe siècle. Rendons-nous rue Mercière, dans le quartier des imprimeurs.

Rue Mercière reconstitutée par l'excellent :
J’aurais aimé faire des recherches dans ces maisons, concernant d’éventuels ancêtres libraires. Je n’ai pas pu relier la branche de Pierre Vincent (auquel je consacrerai le billet P_Vincent) avec les Vincent, imprimeurs-libraires, et c’est dommage, car plusieurs indices me font pressentir un cousinage avec Antoine Vincent.

Pourtant, alors que l’on ne s’y attendait pas, des recherches sur les collatéraux ont fait apparaître des liens avec des familles d’imprimeurs lyonnais.
Dans le billet précédent, nous avons vu une fillette nommée MarieBlanchet. Avançons de quelques décennies, si vous voulez bien je vais vous présenter ses belles-sœurs au début des années 1700.


Deux filles de Jehan Margaron et Andrée Ringuet (sosas 2048 et 2049)  ont épousé des imprimeurs-libraires. 
Quoique l’on dise des rôles sociaux à cette époque, les femmes ont joué un rôle actif dans l’imprimerie de leur époux. Les femmes d’imprimeurs en situation de veuvage deviennent maîtresses de l’imprimerie familiale.

Isabeau Margaron, veuve de Claude Carteron, avait vingt ans de moins que son mari, mort à 71 ans. Elle obtient le 7 décembre 1717, par privilège général du Roy, l’autorisation de continuer à publier l’ouvrage ci-dessous. En 1729, au moment de l’expiration cette autorisation est renouvelée pour dix années supplémentaires.

http://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001102427163

Un marchand-libraire est à la fois typographe et imprimeur, il fabrique le livre, le vend et le diffuse avec l’autorisation du roi qui doit figurer sur la première page. L’atelier est dirigé par un maître-imprimeur qui gère la fabrication. Les typographes qui alignent les caractères doivent savoir lire et écrire et avoir une qualification excellente.


Claude Carteron appartient à une famille d’imprimeurs typographes renommés. Sa mère tenait l’imprimerie de feu son mari.

Isabeau, la Veuve de Claude Carteron dont le nom et l'adresse sont bien indiqués sur l'autorisation, signe la préface, intitulée « De l’imprimeur au lecteur ».
Au bas de cette page figure la marque. Dans le plateau droit de la balance se trouvent des livres, dans le plateau gauche des poids de quarterons (d’un quart de livre). Leur devise « Les carterons font les livres »

rue Raisin


A quelques pas, dans la rue Raisin (actuellement rue Jean de Tournes) demeure la sœur d’Isabeau.
Toinette Margaron a épousé André Laurens, imprimeur lui aussi. 


Leur soeur, Marie Margaron s'est mariée avec Jacques Romieu, notaire royal.

2018-11-09

H_Hôtel de Ville de Lyon


Une petite fille de huit ans traverse les couloirs de l’Hôtel de Ville de Lyon en criant, « J’ai un nouveau petit frère, il s’appelle Claude Bertaud ». Elle court pour annoncer cette nouvelle à son vieil oncle qui habite ici.


Le 30 mai 1681
Marie Blanchet (sosa 1425) vit dans « la Maison de Ville » depuis que sa mère a épousé en secondes noces Paul Bertaud, (V_voyer de la ville de Lyon). Marie se souvient de la brillante fête donnée à l'occasion du mariage de sa maman, il y a quatre ans.  Elle était impressionnée par tant de beaux messieurs importants.


La voilà qui entre dans l’atelier de son oncle Thomas Blanchet, il est penché sur le projet du grand autel et du retable pour l’église des Carmélites (voir billet K). L’artiste interrompt son travail pour accueillir la fillette. Cette naissance est une joie pour tous les deux.
« J’espère que ma chère Louise va bien. J’irai la féliciter tantôt » dit-il.
Le vieil homme sait que la petite Marie devient l’aînée d’une nouvelle fratrie. Elle a besoin de son affection.

Marie est la fille de son frère Louis qui est décédé alors que l’enfant avait deux ans et demi. Elle ne se souvient pas de son père. Comme Thomas, mais moins talentueux Louis Blanchet (sosa 2850) était peintre officiel de la ville de Lyon.
Thomas s’est occupé de  présenter la jeune veuve de Louis à Paul Bertaud (V_ voyer de la ville) que nous venons de rencontrer dans l’escalier de l’Hôtel de Ville. Le beau-frère est présent lors du contrat de mariage aux côtés de la mère de Louise, Antoinette Daurolles, (sosa 5703) procédant de l’autorité du sieur Vermant (son second époux)« et du bon avis de Thomas Blanchet »
Voici leurs signatures au bas du contrat en 1677 :




Louise Ballet (sosa 2851) est encore une jeune maman, elle a 25 ans. Ils forment un beau couple avec Paul qui a seulement huit ans de plus qu’elle.
La situation est bien différente de celle qu’elle a vécue lors de son premier mariage. Lorsque Louis Blanchet a épousé Louise, il avait environ 35 ans et Louise était, à cette époque-là, âgée de … 13 ans. Heureusement, leur premier enfant est né trois ans et demi plus tard, mais Louise avait seulement 17 ans. Comme son oncle et parrain, celui-ci s’appelle Thomas Blanchet mais on perd sa trace rapidement. Thomas qui n’a pas d’héritier a reporté toute son affection sur Marie, sa nièce chérie.
 Il veille à ce que la fillette soit heureuse dans ce grand bâtiment prestigieux, mais qui n’est pas à la taille d’une enfant.


L'Hôtel de Ville est un immense chantier auquel contribue Thomas depuis son installation à Lyon en 1655. Blanchet a appris à Rome auprès des grands maîtres les techniques du baroque dont il devient le spécialiste à Lyon.  Lucie Galactéros de Boissier écrit « Après avoir transformé la ville en un centre d’art baroque unique en France » durant les trente quatre années de sa vie à Lyon, il meurt en 1679, « dans sa maison dans l’hôtel de ville »

Bibliographie
L’Hôtel de Ville de Lyon, Paris, imp. nationale, 1998
Thomas Blanchet (1614-1689), Lucie Galactéros de Boissier, Paris, Arthena, 1991
Dictionnaire historique de Lyon, P. Béghain, B. Benoit, G. Corneloup, B. Thevenon, Éditions Bachès, 2010

2018-11-08

G_en arrivant à la Guillotière


Le faubourg de la Guillotière est situé sur la rive gauche du Rhône. En arrivant du Dauphiné, l’entrée de Lyon offre une belle perspective sur le « pont du Rosne » en face de l’Hôtel-Dieu.



Sur cette carte du Dauphiné en 1790, on voit La Guillotière, c’était un village, au départ de la route qui mène en Italie, où s’installaient les gens venant des Alpes. 


Dans quelle circonstance l’un de nos ancêtres a-t-il fait étape plusieurs années à la Guillotière ?

Noël Falcouz (sosa 368) avait deux fils. L’aîné Étienne est resté cultiver les terres, il a hérité des propriétés à Paquier, dans leur village du Vercors. Le cadet, François Noël Falcouz (sosa 184) est cité comme "marchand chapelier résidant à La Guillotière" dans le contrat de mariage de son frère Étienne, en 1792.

J’ai trouvé aux Archives de l’Isère un document datant de 1791 qui m’a intéressée. Noël Falcouz a signé comme témoin dans une procuration liée à un contrat, cela concerne un maître chapelier et un apprenti, demeurant à la Guillotière. On apprend que Noël Falcouz est maire de Paquier. Différentes personnes de son village portent les noms de ses cousins. Je n’ai pas beaucoup étoffé cet arbre, mais on comprend le lien avec les chapeliers de la Guillotière qui tiennent boutique à Grenoble.  Un réseau social établi en ville, voilà qui aurait pu lui donner l’idée de mettre son fils en apprentissage de ce métier.

La fabrication de chapeaux est la deuxième industrie lyonnaise au XVIIIe siècle. Les apprentis chapeliers sont instruits, leurs parents sont aisés, dans le contrat ci-dessus le prix de l’apprentissage est de 500 livres. « C’est que pour l’apprenti il n’est pas question d’apprendre le métier de fabricant de chapeaux, mais bien celui de marchand chapelier. » explique M.Garden[1].

Le 29 pluviôse de l’an 3, François Noël se marie avec Marie Julie Germain (sosa 185)Le mariage de Constance Germain est célébré le même jour à Saint-Didier-sur-Chalaronne, les deux sœurs sont originaires du département de l’Ain. À cette époque, la Guillotière n’est pas encore rattachée à Lyon.
Le maître-chapelier ouvre un atelier et une boutique. 
Son fils, Antoine (sosa 92), exerce le même métier que lui, il va épouser en 1820 Joséphine Pérouse (sosa 93), fille d’un marchand fabriquant de chapeaux (voir J_Joseph). La famille habite alors Lyon, depuis une dizaine d’années; leur boutique se trouve au n°10 de la rue Belle Cordière ils ont traversé le Rhône mais ne se sont guère éloignés de la Guillotière.

De nos jours, ce quartier très sympathique accueille les immigrés qui arrivent de l’Orient et de la Méditerranée. C'est presque un voyage dépaysant que de se promener Grande-Rue de la Guill’, les boutiques et les restaurants : indiens, chinois, turcs, maghrébins, africains … et la proximité de l’université favorisent à la mixité sociale.

Bibliographie
[1] Maurice Garden, Lyon et les Lyonnais au XVIII e siècle, Éditions Champ Flammarion, 1975
Dictionnaire historique de Lyon, P. Béghain, B. Benoit, G. Corneloup, B. Thevenon, Éditions Bachès, 2010


2018-11-07

F_ Fourvière, le clocher d'Alphonse


L’architecte Alphonse-Constance Duboys « monte à Fourvière » (comme on dit à Lyon). En ce 8 décembre 1852, c’est enfin l’inauguration du clocher dont il a assuré la reconstruction. La basilique n’est pas encore sortie de terre, sa construction va commencer en 1872.
Son clocher, c'est celui de la vieille chapelle qui avait besoin de réparations.

La statue de Marie en bronze doré est monumentale, elle brille et met en valeur le clocher de Fourvière.


La cérémonie était prévue le 8 septembre, jour de la Nativité de la Vierge, mais elle a dû être reportée en raison de la crue de la Saône qui bloque la statue dans l’atelier du fondeur. Elle a bien failli être annulée une seconde fois à cause du mauvais temps et aussi des risques de manifestation populaire que les édiles craignaient. Les orages s’éloignent et les Lyonnais, heureux de cette fête, déposent des lampions allumés au bord de leurs fenêtres.
Voici l’origine de la Fête des Lumières, devenue une tradition dont Lyon s’enorgueillit depuis lors.

La tour clocher fut la dernière œuvre d’Alphonse. Architecte des Hospices de Lyon, il a construit le passage de l’Hôtel-Dieu. Il a dirigé la restauration de la chapelle de la Charité.  Il a déposé plusieurs brevets d’invention pour l’éclairage au gaz.

Sa grand-tante Catherine Duboys est l’aïeule de mes enfants (sosa 187)
Son cousin Augustin qui est médecin a compris la gravité de la maladie dont il souffre. Il a confié ses inquiétudes à son frère Joseph, celui-ci écrit le 29 avril 1853 :
« À propos de clocher, ce pauvre Alphonse dont c’était tout l’espoir et la réhabilitation est très dangereusement malade. Augustin en est fort inquiet. Dieu veuille épargner à sa pauvre femme et à son enfant une perte qui leur serait si fatale sous tous les rapports. »
Le 5 mai 1853, la veille de sa mort, Alphonse se fait apporter une statuette, réplique de la vierge de Fourvière. Ses yeux tournés vers celle-ci, il s’est éteint.
Alphonse Duboys est décédé avant d’avoir 37 ans, son épouse Alexise Hélène a 23 ans, leur fillette Emma Marie n’a que 3 ans.

Sources
Dictionnaire de Lyon
Nécrologie in Revue du Lyonnais - Volume 6 - page 417

2018-11-06

E_ L’Escalier de Thomas

Thomas Blanchet descend les marches de l’escalier d’honneur de l’Hôtel de Ville, la tristesse l’envahit. Il ne peut retenir les larmes qui coulent de ses yeux usés. Ce sexagénaire est anéanti par le désastre qui a ruiné son travail.
Son escalier qui passait pour une réussite somptueuse est à présent noirci, il déteste cette odeur de cendres qui s’est imprégnée dans les murs. Les traces de brûlé couvrent les fresques qui étaient admirées de tous.


Le peintre réalisa un chef-d’œuvre, il avait rempli sa mission depuis que Camille de Neuville de Villeroy l’avait fait venir de Rome, en 1655, pour décorer l’Hôtel de Ville. Le frère de Nicolas de Neuville gouverneur de Lyon, était lui-même archevêque de Lyon et lieutenant du roi, il se montra satisfait de cet ouvrage dont le sens politique devait être affiché avant la venue de Louis XIV à Lyon.



Admirons les fresques de cet imposant escalier d’honneur, véritable théâtre baroque où jouent les lions, les femmes, les putti, les combattants, les dauphins, les mascarons, etc. Il faudrait les décrypter comme autant de symboles de la puissance de Lyon et des gouverneurs. 


Le magnifique bâtiment était à peine achevé depuis deux ans lorsque la catastrophe se produisit.
Le 13 septembre 1674, l’incendie de l’Hôtel de Ville détruisit complètement son travail : l’escalier d’honneur, le salon du Consulat, la salle des portraits, les murs de la grande salle des fêtes.

Incendie de l'Hôtel de Ville de Lyon en 1674_ musée Gadagne

Thomas est désespéré. « Il se vit brûlé vivant dans cette part de son œuvre dont il attendait le plus de gloire »
Durant vingt-cinq années, il a passé tant d’heures à concevoir et à peindre les décors. Celui de la Grande salle des Fêtes : « c’est un dommage trop grand que le feu aye consummé tout ce sallon […] lequel estoy assuïrement un des plus beaux de toute l’Europe »  disait - on alors.


Savez-vous quel était le thème des fresques du grand escalier ?
La coïncidence est trop injuste, le peintre avait pensé raconter « L’incendie de Lyon sous Néron ». Ce sujet apparaît comme la métaphore de la paix retrouvée après la Fronde et la guerre d’Espagne. Il cite Sénèque : « Une nuit suffit à anéantir une grande ville ». Ensuite on peut comprendre l’espoir de grandeur en lisant cette lettre à Lucilius : « Qui sait si peut-être [la ville] n’a pas été consumée pour renaistre plus belle et plus florissante que jamais.  »


À présent, Thomas se demande si le choix de l'incendie était vraiment judicieux. Le désir d’immortalité n’est qu’un leurre. Le vieil homme ne peut que pleurer devant le désastre.

Cependant, Thomas ne doit pas se laisser abattre. Paul Berthaud, (V_Voyer de la ville) lui a parlé de projets de reconstruction de la façade et du beffroi. Il veut lui confier « comme estant le plus capable de conduire une telle entreprise à sa perfection ».
Thomas est architecte, peintre, décorateur, dessinateur, sculpteur, graveur...
Il vit et travaille dans l'Hôtel de Ville.
Son frère Louis Blanchet oeuvre avec lui comme maître peintre de la ville de Lyon. (Louis est notre ancêtre, (sosa 2850). Louis meurt en 1675 et sa veuve Louise Balley (sosa 2851) va épouser Paul Berthaud avec l’accord de Thomas. 



Bibliographie
L’Hôtel de Ville de Lyon, Paris, imp. nationale, 1998
Thomas Blanchet (1614-1689), Lucie Galactéros de Boissier, Paris, Arthena, 1991

2018-11-05

D_rue Dubois

Dans cette rue de Lyon, vivait au XVIIe siècle, un marchand fabriquant de bas de soie.


Jean Bertholon (sosa 2862) est mort avant le 17 octobre 1696, je suis étonnée de n'avoir pas retrouvé de trace de son décès à l’église Saint-Nizier. 
En fait, je ne connais ni son acte de naissance ni son acte de mariage.
Mais suivez-moi, nous allons dans la rue Dubois où  habite sa famille. 


Rue Dubois reconstitutée par l'excellent :
http://lyon-en-1700.blogspot.com/

En ce mois d’octobre 1696, sa femme accueille le magistrat qu’elle a chargé de dresser l’inventaire après décès. Elle est la tutrice de ses deux enfants mineurs : Anne a pourtant 24 ans et Jean doit être plus jeune. Tous deux tracent une belle signature affirmée qui témoigne d’une instruction remarquable. (Anne est sosa 1431 de mes enfants)

Nous pouvons comparer les émargements de leur mère Pernette Vionet (sosa 2863).

Le premier jour :



Le deuxième jour :  Peronne Vione



Le troisième jour : Peronette ou Pernette Vionnet






Jean Bertholon a dû mourir subitement, car l’ouvrage est resté sur le métier.
« Dans le grenier au quatrieme estage servant de boutique sy sont trouvé quatre mettiers à tisser soye pour la fabrique de bas. Sur trois desquels est la soye pour ... » 

Au deuxième étage, dans une chambre, sont disposées des chaises usées comme celles que l’on trouve dans les inventaires après décès des notaires complaisants, il est préférable d’attirer l’attention sur des objets de peu de valeur plutôt que sur « un cabinet bois sapin attaché à la muraille estant dans ladite chambre où nous sommes ». La veuve précise « qu’il est très important pour le bien du négoce du desfunct ».
L’inventaire compte 24 pages, il détaille tous les meubles, ustensiles, étoffes, contrats ... contenus dans l’appartement. 

Je n'aurais pas le temps de suivre la visite de cet appartement pendant les trois jours. Je sais qu'il ne faut pas s'attarder. 
Sans doute préférez-vous que les billets de ce #ChallengeAZ soient brefs ? 

2018-11-03

C_ Clocher de la Charité


Comprenez-vous cela : le clocher de la Charité va être démoli ?

Démolition de la Charité AML 2ph31_14

Fanny est une très belle femme, mais la voyez-vous en ce mois de juin 1935 ? Elle ne porte pas ses escarpins élégants qu’elle met pour aller au bal de la Préfecture, elle marche avec ses grosses chaussures, elle se hâte, elle est en colère. Il faut qu’elle réunisse des signatures pour sa pétition des Amis du Clocher de la Charité.


Elle en a parlé à ses amies qui sont elles aussi mécontentes. Elle organise un sit-in dans la rue, sur les rails du tramway. C’est la première fois que l’on voit cela à Lyon.
Elle a écrit des lettres pour interpeller Édouard Herriot. Ce n’est pas la première fois qu’elle s’adresse au maire de Lyon. Ce personnage ne l’impressionne pas du tout. Elle connait ses amis, elle connait sa femme, elle plaint Blanche d’être l’épouse de cet arriviste, elle sait tout ce que cet homme doit à leurs familles depuis son arrivée à Lyon. Fanny est en colère…
Au XVIe siècle les Lyonnais ont construit les deux hôpitaux pour l’Aumône Générale : l’Hôtel Dieu et la Charité. « C’est l’Hôpital qui se moque de la Charité… » dit-on depuis lors.


En 1935, on construit la Grande Poste. Ce vilain bâtiment sur l’emplacement de l’hôpital de la Charité que l’on a rasé. Les amis de Fanny se révoltent.


La chapelle et son clocher sont menacés. Ce clocher qui se dresse depuis 1666 doit être préservé de ces vandales sacrilèges. Fanny n'a pas peur des mots. Elle sait que ce serait une grossière erreur de laisser faire ces destructions.  Le pauvre cher vieux clocher est très solide. La chapelle a été restaurée en 1837 par l’architecte Alphonse Duboys (que vous pourrez lire dans le billet F-Fourvière), c'est un cousin de son père.


Fanny constitue le Comité des Amis du clocher de la Charité. Elle mobilise le Comité des dames certes moins nombreux que le Comité des messieurs où signent des noms célèbres à Lyon.

Fanny  met toute son énergie pour défendre le clocher de la Charité.



Grâce à elle et à ses amis, il est toujours debout et les Lyonnais en sont heureux.
Fanny Falcouz est l’arrière-grand-tante de mon mari.

2018-11-02

B_Bourgeois de Lyon


Ce statut de bourgeois pour les habitants d’un bourg était une reconnaissance sociale enviable avant la Révolution française. Au XIXe siècle, cette classe a acquis du pouvoir et a vu son niveau économique augmenter. De nos jours, le qualificatif bourgeois est plutôt péjoratif.
Nous nous intéresserons aux bourgeois de Lyon sous l’Ancien régime.
Sur cette estampe, copiée d’un plan du XVIe siècle, les remparts qui limitent la ville sont visibles.


La carte de Cassini montre bien la cité, enserrée dans ses fortifications. De nos jours, la métropole a absorbé largement les quartiers alentour. 



Dans les actes d’état civil de Lyon, la mention « bourgeois » marque une reconnaissance officielle de la famille. Par le baptême, elle se transmet à l’enfant. D’ailleurs, les mères s’arrangeaient pour accoucher à Lyon ; si la naissance avait lieu dans leur maison de campagne, l’enfant ne jouissait pas de ce titre et c’était dommage. Alors la parade était de faire ondoyer le nouveau-né et plus tard de glisser quelques pièces pour qu’il soit baptisé à Lyon.

Une personne qui n’est pas née intra-muros doit attendre dix ans pour avoir le statut de bourgeois de Lyon. Il se fait inscrire sur la liste des nommées [i] où les contribuables lyonnais déclarent leurs biens « comme quoy, ils contribuent aux tailles ».
Les bourgeois ont des privilèges :
S'ils payent la taille à Lyon, ils ne sont pas assujettis à l’impôt sur les propriétés à la campagne. Ce qui explique que par tradition, les Lyonnais étaient le plus souvent locataires de leur appartement à Lyon et propriétaires d’une « maison des champs ». Cela perdure encore de nos jours pour certaines familles.
Le bourgeois profite d’une exemption de taxe sur le vin, ils ne payent pas d’octroi pour l’entrée à Lyon ni de taxe sur la vente : c’est « le vin bourgeois ».
Les bourgeois ont des devoirs :
Ils doivent participer à la défense de la ville. Les fils de ces familles prennent part à la milice urbaine chargée de maintenir l’ordre dans les rues, de fermer les portes des remparts, de garder les ponts. Cette charge est lourde, il faut prendre son tour de guet comme dans la chanson « les chevaliers du guet ». Lors des cérémonies publiques, les capitaines et leurs troupes arborent de beaux costumes.
Au XVIe siècle, Jean Margaron (1613-1675) (sosa 2848) semble le seul de cette XIe génération de nos ancêtres à être mentionné comme bourgeois de Lyon. Parmi ses fils et ses petits-fils plusieurs occupent la fonction de capitaine de quartier.