2016-06-02

B_ Un Berger venu de Blieux


1610, le 26 décembre
Ce soir le jeune homme s’isole un peu, tant d’événements ont rempli ce mois de décembre. Marcel se rend sur l’aire de la chapelle, de là il peut voir le Portaou de Bliou, les montagnes de chez lui. La neige est tombée, le Mont Chiran se pare de rose alors que le soleil descend. Il suit en pensée ses parents Peyron et Ysabelle qui sont en chemin pour rentrer à Blieux. Ils ont dû parcourir une longue route à travers le plateau de Valensole. Après être arrivés à Moustiers-Sainte-Marie, le plus difficile en cette saison sera de grimper le sentier muletier pour passer la barre rocheuse.

Cinq jours auparavant, Marxel Audibert vient d’épouser Magdallenne Boyer(e), leurs deux familles ont partagé le gros souper de Noël. Les parents ont eu le temps de sympathiser, le 12 décembre, ils se sont mis d’accord sur le contrat de mariage pour être agréable aux deux parties. Ce contrat de seize pages n’est pas toujours aisé à comprendre, rien n’a été traité à la légère.
Guilhem Boyer confie à son gendre une terre qui sera la propriété de sa fille, ainsi qu’une somme de septante cinq escus qu’il payera au fil du temps. C’est un moment particulièrement émouvant pour tous. « Ils s’en dépouillent et en investissant les sudits mariés par attouchement de leurs mains à la manièrre accoustumée. » Le lendemain dans l’après-midi, tous retournent chez le notaire pour ajouter des pages supplémentaires au contrat. Magdalenne Brun, la mère de la jeune fille, décide de payer la somme promise que son mari ne peut acquitter.
Les deux semaines suivantes ont été occupées à préparer la noce. Magdalenne a pu « faire faire une robbe […] à la couleur qu’elle voudra, laquelle demeurera et appartiendra au survivant desdits mariés ». 
Dans sa dot, elle a la chance d’avoir : « ung lict muny de deux linceulx une bassache et traversier » Quel confort ce lit avec deux draps, une paillasse et un oreiller ! Le couple peut s’installer ; j’aimerais tellement savoir quelle est maison du bourg dans laquelle ils habitent.
Marcel est berger. Maintenant il est émancipé par son père par l’effet de ce contrat extrêmement détaillé. C’est pour vivre à Saint-Julien avec sa « future spouse » qu’il quitte sa famille.
Peyron Audibert, son père lui rend sa liberté mais il convient de ne jamais oublier la pension « une charge bled anonne que Marxel, son fils a promis et promet luy expédier à la Saint-Laurent chaque année. »

Au mois d’août prochain après les moissons, un mulet portera cette charge de blé, je ne sais pas quel est le lien avec l’impôt nommé anonne, le contrat est vraiment difficile à étudier. Je vous en dirai plus lorsque j’en serai capable. Voilà Marcel devenu cultivateur. A-t-il gardé son troupeau de moutons ? L'accompagnera–t-il en transhumance dans ses montagnes ? Là-haut le pâturage est abondant et varié. Les moutons montent traditionnellement en estive sur le Mourre de Chanier pour la Saint-Jean d’été, ils en redescendent en octobre.
Blieux, diocèse de Senez, dans les Alpes de Haute Provence est le berceau de la famille Audibert. C’est étonnant de constater combien ce patronyme est extrêmement répandu dans le sud-est de la France. Les registres paroissiaux de Blieux ne sont conservés qu’à partir de 1668. A cette date je sais que Marcel était déjà décédé, il est possible que ce soit à Blieux ou peut-être sur le chemin de la transhumance, car je n’ai pas trouvé à Saint-Julien son décès survenu entre 1639 et 1656. Madeleine était veuve en 1656, lors du mariage de Jacques (sosa 688), le plus jeune de leurs six enfants.

Marcel Audibert est mon aïeul à la XIème génération (sosa 1376).
Blieux 

6 commentaires:

  1. Super article ! Un contrat de 16 pages ! Il doit y en avoir des informations ! Mais faut-il encore arriver les les déchiffrer ! Bon courage !

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    1. En fait, peu d'informations mais beaucoup de formules répétées dans ce vieux contrat. La langue rend ces ancêtres plus vivants mais il faut que j'étudie mieux le contexte de vie au XVIIe pour comprendre.

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  2. Il suffit de faire briller les feuilles de l'arbre ... et vous le faites magnifiquement!
    Marie

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  3. Fichtre il n'est pas récent ce contrat !
    j'en ai survolé un Savoie : et le nombre de coiffes de la promise m'a laissé pantoise.
    Bonne poursuite

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    1. J'aurais aimé qu'il décrive plus de linge du trousseau, mais c'était un luxe que cette famille ne possédait pas. Je prépare un billet sur le trousseau ...

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  4. Superbe témoignage. Dommage que les minutes étaient écrites à la va-vite. J'en ai aussi fait les frais.
    Merci.

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