2015-12-20

Constance et Urbain

Constance,
mémoire prodigieuse, récite pour moi
la fable du loup et de l’agneau,
les histoires de loup, le Grand Bois.

Urbain
nait dans un hameau qui porte son nom, Fauriat.
Peu de gens s’en souviennent. De leur maison natale,
ne restent que quelques pierres.

Elle
Allait-elle rendre visite à ses sœurs
à pied par les chemins de la montagne, en voiture à cheval, en car ?

Lui
Cultivateur, comme les hommes de là-haut
Ses frères lui donnent la main pour
couper les arbres, entretenir ses forêts.

Elle
capable de vendre le bois, de discuter avec les hommes.

Lui
part à la Grande Guerre.
Son frère, son beau-frère tombent. Leurs cousins tombent, leurs amis, leurs voisins …

Elle
ne pas perdre la tête,
garder confiance sinon c’est à devenir folle

Lui
décide d’acheter une maison au village
installe sa famille là-haut, vie plus facile.
Les garçons vont à l’école.

Elle
accompagne ses enfants à la ville
les garçons, espoir d’avenir, vont étudier.
Sa fille, elle oublie de l’envoyer à l’école.

Lui
de la guerre revient, gazé.
Meurt peu après. Jeune encore.

Elle
Veuve, trois enfants
un village où souffle la burle, les congères en hiver.

Lui
petit, fier, austère
comme son pays la Haute-Loire.

Elle
Grande, forte, belle femme.

Lui
moustache, signature fine.

Elle
Quand je me regarde dans un miroir
je vois son visage
(ça me fait un peu peur !)

Lui
Il ne reste qu’un portrait, tenue de militaire.

Elle
ses draps brodés de leurs initiales FM,
dans lesquels je vais dormir.

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2015-12-08

Autour de Constance

Constance et Urbain au temps de la Grande Guerre


Constance est ma grand-mère, (sœur de Lucie).
Elle a épousé Urbain Fauriat, elle habite  dans la maison de la famille Fauriat à Gambonnet.

Urbain Fauriat
Le 5 août 1914,
c’est leur troisième anniversaire de mariage. Gaston a deux ans et Régis est né le jour d'hier. 


Ce devrait être le bonheur mais voilà que la guerre vient d’être déclarée, les hommes sont mobilisés. La plupart des frères, des cousins, des voisins commencent à rejoindre Le Puy ou Privas.

Urbain est mobilisé en août 1914, mais il semble qu’il jouisse d’un sursis, il est affecté au 101e Régiment d’infanterie à compter du 29 janvier 1915.
Le 8 juin 1917, il passe au 129e RI. Il se trouve alors en Lorraine dans le secteur d’Azerailles, sur la Meurthe. 

Gazé, il rentre chez lui souffrant d’emphysème pulmonaire. Le faire-part, écrit par sa famille, précise « après trois ans de terribles souffrances contractées en luttant pendant cinq ans pour la sauvegarde de la Patrie. » Urbain meurt le 27 décembre 1921. Ses trois enfants seront pupilles de la nation.


Mariette Fauriat, la soeur aînée d'Urbain, est mariée depuis vingt mois avec François Brolles qui a dix ans de moins qu’elle. Ce jeune homme, blond aux yeux bleus, vient d’avoir 30 ans.
Il a fait son service militaire dans la cavalerie, il était maréchal-ferrand.

En août 1914, il rejoint le 86e régiment d'infanterie au Puy.
Le 23 décembre, François meurt de maladie, à l’hôpital militaire de Nancy.
Marie que l’on appelle la veuve Brolles, reçoit une pension de 375 frs

Jean Fauriat, le frère cadet d’Urbain, est arrivé le 4 août 1914 au 28e bataillon de chasseurs à pieds.
Tué à l’ennemi le 9 avril 1916 au Vieux Thann, à la cote 425, en Haute-Alsace. Il est inhumé dans la nécropole de Steinbach. Mort pour la France, Jean avait 31 ans.


Urbain et ses frères ne sont pas revenus habiter leur maison qui est une ruine telle que vous la voyez ici.