2016-09-27

Pour une recherche aux Hypothèques (II)

Une recherche aux hypothèques suit le même parcours dans toutes les archives départementales.
Table alphabétique
Répertoire de formalités
Transcriptions

J’ai décrit mon expérience aux AD du Rhône, pour une recherche hypothèques (I)
Cependant, selon les sites des AD ce ne sont pas les mêmes documents qui sont mis en ligne. Je vous fais partager ici mon expérience aux archives départementales du Var.
Les tables alphabétique des patronymes sont numérisées et consultables sur le site

Après avoir choisi le bureau : Brignoles, Draguignan ou Toulon, on peut consulter l’Indicateur des noms
Si je cherche Audibert ce patronyme se trouve dans la table 4Q01 

Je vais dans le répertoire alphabétique des noms, je clique sur la cote 4Q04 pour ouvrir le volume 2, le folio 86 est numérisé à la page 87/202.
Étant donné que ce nom de famille est fort commun dans le sud, je dois survoler toutes les pages à l’affût de lieux et de prénoms que je connais. 
C’est un joli voyage dans les bourgs de Provence, il y a seize doubles pages.
Bon, voilà mon François Audibert :


Règle d’or du généalogiste, ne pas s’arrêter, regarder autour …
Voici le même un peu plus loin, avec ses deux prénoms, accompagné de Cécile sa sœur. 

 Le compte de Jean François Audibert se trouvera dans le volume 28_ case 205
Je dois à présent chercher la cote du volume 28. 
Elle se trouve dans le Relevé de formalité, juste au-dessous sur la page du site. Il ne faut pas s’étonner si le volume 1 apparaît après le vol 323, on fait tourner la molette de la souris et le curseur descend dans la liste. La cote 4Q74 est nécessaire pour commander ce volume 28, consultable à Draguignan dans la salle de lecture des AD 83.
4Q74  
1798-1955  
Relevé de formalité  
Vol. 28 - non numérisé. Consultable en salle de lecture  

J’ouvre ce vieux registre avec précaution, je cherche la case 205, celle de Jean François, et la case 206 de Cécile Audibert. Ce tableau contient différentes transactions.

Voyons cette vente pour 1200 frs, le 5 février 1811, d’une terre qu’ils ont héritée en commun.
Le registre de formalité sera le volume n°21 à l’article 646

A l’étape suivante, il faut consulter les transcriptions hypothécaires qui sont en ligne. Cliquons sur le lien à droite, tout en bas de la page.

 Transcriptions Hypothécaires 

Ouvrons d’un clic le registre 4Q1777 : Conservation de Brignoles,Transcriptions hypothécaires vol. 21
Registre de transcription des Actes translatifs de propriété d’Immeubles
Allons à l’article 646 , numérisé  page 150/230

Le cinq fructidor an 11
Une propriété de terre semable complantée d’une vigne vieille presque abandonnée en partie inculte. Sise au quartier de la Trinité. Les confronts sont énoncés.
L’acte de vente est retranscrit intégralement.


Le personnel des archives du Var se montre extrêmement sympathique, j’ai apprécié que tous soient prêts à m’aider. Je leur décerne la palme de mes archives préférées. Je suis allée plusieurs fois à Draguignan cet été, j’ai récolté beaucoup de pistes pour continuer des recherches aux hypothèques, certaines sont encore dans des impasses, d’autres feront l’objet de récits que je n’osais espérer.
Les archives sont une source de trésors inestimables !

2016-09-09

Grambois en Luberon

Oh Magdelaine, sais-tu que je pense souvent à toi lorsque je suis dans ta maison. Comme tu le faisais sans doute, je regarde le paysage qui s’étend au-delà de nos fenêtres, exactement entre Grambois, ton village natal, et Barjols où tu mourus en 1801.
Tu es une femme discrète, mais as-tu conscience de toutes les traces que tu as laissées ? Je connais ton parcours car j’ai trouvé une quantité d’actes qui te concernent.
Certains épisodes de ta vie me touchent particulièrement, j’ai écris plusieurs articles qui parlent de toi : Grambois, Magdeleine gamberge _ Magdelaine, jeune veuve en 1766_ Four à pain _ Le testament de Jean  _   Barjols1801, une visite à Cécile
Il est rare de connaître la profession d’une maîtresse de maison au XVIIIe siècle, toi Magdelaine, jeune veuve d’un aubergiste, je sais que tu assumais l’auberge, seule, puisque sa famille vivait loin de Saint-Julien.

J’avais envie de voir Grambois où tu naquis le 14 décembre 1738.


Ton village, fort ancien, porte bien son nom : Grand Boué est juché sur un coteau dans le Luberon, au milieu de forêts de chênes verts, de pins. Le bourg n’a guère changé depuis l’époque où tu fréquentais ces lieux : de belles maisons en pierre, une église superbe où tu t’es mariée, comme tes ancêtres avant toi, depuis plus de quatre générations que j’ai pu remonter.


Ces lieux ne sont pas sans similitudes avec Saint-Julien où tu as vécu après ton mariage le 28 avril 1761. Tu avais 22 ans, Jean Audibert 49 ans. Et bien, cette différence d’âge ne me gène nullement, j’ai une grande estime pour Jean, mort si rapidement après cinq années de mariage. Le temps de faire quatre enfants… et encore mon aïeul, Jean François est né deux mois après le décès de son père.

Magdelaine, Magdeleine, comment as-tu eu la force, alors que tu étais enceinte, d’enterrer ton deuxième bébé, âgé d’un an en 1764, puis ton époux mort si brutalement en 1766. Ensuite de tenir l’auberge, d’élever ces trois pitchouns ? Tu étais si seule.



A Grambois, nous avons marché sur ces rues pavées avec des escaliers muletiers, comme les familles Allier, Bounaud, Asse,etc. ont pu le faire depuis des siècles.


cliquer pour agrandir

Tes ancêtres : Francois, Joseph, Dominique, Anthoine, ALLIER étaient ménagers; ils possédaient la terre qu’ils cultivaient.

Justement, il y existe encore un lieu-dit Les Alliers.

Tu penses bien que je suis allée voir ces bastides, en supposant que c’était là que demeurait ta famille. Je ne sais pas quelle maison tu as connue. Au XVIII la famille Allier est devenue prospère, les enfants étaient nombreux, il y a deux corps de logis disposés en U. Le pigeonnier carré, le puits couvert d’une coupole, le four à pain ont été conservés.


Tu serais bien étonnée de voir comme ce groupe de fermes a été rénové avec soin, elles accueillent des touristes étrangers actuellement.


Combien de fois, Magdelaine et ta famille, avez-vous parcouru la route entre Grambois et Saint-Julien ?
Grambois vu des Alliers
Entre ces deux bourgs la route serpente longuement dans la verte Provence des forêts.

A l’approche de Mirabeau, Saint-Julien apparaît tel le rivage des Syrtes émergeant de la brume de l’aurore (disait mon génial professeur de français qui habitait Mirabeau).
Traverser la Durance devait être une épreuve car le bac affrontait les eaux tantôt tumultueuses tantôt asséchées. 
Chaque fois que je passe à cet endroit je pense à toi encore Magdelaine.

2016-08-26

Magdelaine, jeune veuve en 1766

Dans l’article précédent, nous avons été témoins des dernières volontés de Jean Audibert qui est décédé le 17 juin 1766.
On trouve dans les pages de ce même registre plusieurs actes témoignant des affaires que sa veuve a dû gérer, elle est toute jeune, elle a 25 ans et vit loin de sa famille qui demeure de l’autre coté de la Durance à Grambois en Luberon.

Laissons Magdelaine montrer comment elle se débrouille au cours des premières semaines de son veuvage. C'était il y a exactement 250 ans. 


- Ma chère Magdelaine,j'ai raconté plusieurs épisodes de ta vie et les lecteurs de ce blog me demandent de tes nouvelles.
Comment s'est passé cet automne 1766 ?

Je devais être courageuse c’est ce que tout le monde me disait. Jean est parti si vite, cinq années de mariage et la mort l’a emporté en quelques jours. Dans ses dernières heures, il m’a demandé de bien m’occuper de nos petits, il m’a fait ses recommandations, me disant qu’il avait confiance en moi.
Je ne suis pas aussi instruite que mon mari, je ne sais pas écrire, ni signer, mais il fallait que je sache compter et m’organiser pour survivre et élever nos trois enfants.
J’ai passé plusieurs actes dont j’avais besoin, ils sont écrits dans les registres de maître Bon et de maître Jauffret.


Le jour de 4 septembre 1766 où je suis allé céder la ferme de droit de fournage, j’étais accompagnée « avec l’assistance et authorization et du consentement exprès de François  Allier, mon père ».

Vous croyiez que la femme demeure une éternelle mineure n’ayant pas la gestion de ses biens, ni la tutelle de ses enfants. Et bien… mon défunt mari m’a « nommée tutrisse et administaraisse » ainsi que le notaire en a fait lecture le 13 septembre. Pour l’insinuation du testament, il a fallu payer 52 livres 14 sols et 11 deniers.

 oliviers et amandiers 
Le 16 septembre j’ai donné un bail à mégerie, pour quatre années, de trois terrains que notre famille possède.
Une mégerie (miège signifie demi), c’est un bail à moitié, dans lequel on partage les récoltes en échange des soins des cultures. Chacun y trouve son compte, pour moi je ne vais pas travailler sur les terres puisque je dois m’occuper des enfants et de l’auberge. Cela m’enlève un souci car je ne puis émonder les oliviers tailler la vigne, récolter les amandes et les olives... et les gerbes que ledit Gillet s’oblige de charier le tout et fouler à ses frais et dépens.

Bail à mégerie 16/9/1766
et quant aux gueres consistant en la terre dit de la Condaminée guerée de deux railles, les deux autres terres en restouble qu’il le sont a la fin de la megerie ledit Gillet s’oblige de laisser dans le meme etat qui les trouve  
Vous savez que la terre doit se reposer, ainsi les terres moissonnées sont laissées en chaume dits restouble. Le guéret est la terre labourée qui doit rester en jachère partiellement, on n’ensemence que deux railles.
Et quant aux fumiers les parties ont convenu d’y mettre auxdites terres la moitié chacun de son chef . Et la semence pour ensemencer elle sera fournie par egalle part par chacun de nous. 

Ce terrain des Condamines, Jean venait de l’acquérir en septembre de l’année précédente. L’acte d’achept est dans le même registre. Antoine Berne, le vendeur avait besoin d’argent pour la dot de sa fille Françoise. Il reçoit 10 livres le jour de la signature et les 150 livres restantes sont payées par l’acheteur en un parts de mariage. Jean pouvait ainsi agrandir sa propriété qui confronte celle-ci au levant.


A la fin de l’été, ce n’est pas encore la période pour cueillir les olives et les vendre au moulin à huile.
 En attendant, il a fallu faire rentrer de l’argent. J’ai emprunté 169 livres à Guillaume Hugou, le maître cordonnier, un ami qui était présent au chevet de Jean. Au titre de cette amitié il a eu la gentillesse de me prêter sans intérêts, je lui rendrai en septembre de l’an prochain. Pour écrire cette reconnaissance de debte,  le 8 octobre, le notaire, Maitre Bon s’est cru obligé de préciser qu’il est venu « dans la maison où elle habite attendu son infirmité ». Je n’ai pas osé lui dire que ce n’est pas une maladie que d’être enceinte.

L'an mille sept cent soixante six au mois d'octobre,  sépulture, baptême
Le 12 octobre, on a enterré ma belle-sœur. Magdelaine Maillet épouse Audibert, nous sommes quasi homonymes et cela me gène un peu. Je ne suis pas allée au cimetière, je me sentais trop lasse.
Jean François est né le lendemain, lundi 13 octobre. J’aurais tellement voulu que ce petit connaisse son père. Je vais le chérir beaucoup ce petit orphelin qui porte son prénom. Si c’était une fille, elle se serait appelée Françoise pour remplacer mon deuxième bébé qui a vécu si peu de temps.

Ma sœur Marguerite est venue  m’aider, j’ai vraiment apprécié sa présence, je lui ai demandé d’être la marraine de mon bébé.

Quittance, le 14/10/1766
Ah les méchants, j’en suis encore toute retournée ! Mes neveux se sont empressés de venir me voir. Même le notaire et les deux témoins ont pensé que je méritais plus d’égards « attendu mon incommodité ». Ce n’était pas une visite pour souhaiter la bienvenue à mon pitchoun qu’ils m’ont faite ce 14 octobre, lendemain de sa naissance.  Catherine, Rose et Joseph sont venus me réclamer « 30 livres 5 sols principal et 25 livres 14 sols trois deniers pour les insterets à quoy se montent lesdits insterets des dix sept années procedant la susdite somme de 30 l 5 sols pour le leg à eux faits ». Il s’agit de l’héritage de leur grand-mère, Françoise Gaillardon (sosa 345) que Jean aurait encaissé sans leur donner leur part. De surcroît, ces mauvais bougres ont eu le culot de demander les intérêts et même la part d’Élisabeth leur défunte sœur. C’était une faute de Jean de n’avoir pas payé cela plus tôt, mais franchement était-ce bien le jour de me réveiller alors que j’ai tant besoin de repos ! et leur pauvre mère morte depuis dimanche aurait eu plus d’égards pour nous.
Ils s’en sont retournés et « sont comme contents et satisfaits ont tenu et tiennent quitte ladite delle Allié »

Source des actes : AD 83, registres de notaires 3E14
Bibliographie
Thérèse Sclafert, Usages agraires dans les régions provençales avant le XVIIIe siècle. Les assolements

2016-08-19

En 1766 Jean Audibert dicte son testament

A la recherche du testament de Jean Audibert, depuis l’an dernier, je consulte les registres des notaires et découvre que notre aïeul (sosa 172) a laissé beaucoup de traces.
Son décès m’a attristée et j’ai essayé d’en connaître les circonstances.
Aurait-il fait un testament ?
Dans le registre du notaire Pourcelly 3E14 502 c’est une déception, malgré la fourchette de dates (1765-1771) il n’y a pas de testament. J’ai pourtant regardé tous les folios avec un grand espoir. Je me résous à rentrer bredouille ; néanmoins j’ai photographié un certain nombre de feuillets concernant des actes passés par d’autres de mes ancêtres. Il se trouve même le début d’une page concernant la veuve de Jean Audibert, Magdelaine Allier. Je raconte cette découverte inattendue dans l’histoire du Four à pain. Lorsque je réussis à obtenir l’intégralité du document, j’ai la confirmation de l’existence d’un testament aves les précisions sur la date et surtout le nom du notaire, Maître Bon.
D’ailleurs, j’aurais pu trouver ces renseignements dans la table des testaments que les AD du Var ont mis en ligne dans les Archives du contrôle des actes et de l’administration de l’Enregistrement.

Jean Audibert, hôte à St-Julien, âgé de 54 ans, est décédé le 17 juin 1766.

Cette année, munie des cotes, je me rends une nouvelle fois aux AD de Draguignan.
Avant de lire ce fameux testament, je tourne les pages du registre avec intérêt.
Je photographie plusieurs actes que je ne prends guère le temps de lire, tant je suis impatiente d’atteindre ce que je cherche.
Il s’avère que cette lecture sera intéressante pour rencontrer d’autres personnes du village, des ancêtres et leurs voisins.

Le voilà le testament nuncupatif de Jean Audibert, fait le 15 juin 1766 ;
le testateur est mort deux jours plus tard.


Que m’apprend-il ?
Jean n’est pas décédé de mort violente, ce n’était pas un accident comme je le supposais.
« lequel de son gré quoyque detenu dans son lit malade de maladie corporelle sain pourtant de sens ferme parolle ouïe vue et connoissance a resolu de faire son dernier et vallable testament nuncupatif et ordonnance de derniere vollonté»
Dans la chambre du mourant, parmi les témoins se trouvent trois prêtres, un chirurgien, un notable et quatre artisans. C’est dire comme l’heure est grave, le malade a conscience que la fin est imminente. Il a recommandé son âme à Dieu, ordonné ses funérailles et  demandé que « luy soit dit douze messes basses de requiem ». 

Jean a pris ses dispositions pour l’avenir de sa famille.
C’est Jean Joseph Audibert qu’il institue comme son héritier. Son petit garçon est âgé de quatre ans. La trace de celui-ci se perd, il semble qu’il vive ensuite à Marseille …
En attendant la majorité de son fils aîné, Jean « a légué et lègue touts les fruits et usufruits de tout son bien et héritage à Magdelaine Allié son épouse ».
Elle est chargée de nourrir et entretenir leurs enfants jusqu’à l’âge de 25 ans. Leur fille Cécile recevra 1000 livres lorsqu’elle s’établira.
Mais il n’oublie pas cet « héritier posthume qui naîtra de la grossesse de Magdelaine » En effet Jean François Marcel (sosa 86) viendra au monde quatre mois plus tard. C’est lui qui tiendra l’auberge de ses ancêtres.
Jean avait prévu que son fils aîné s’occupe de sa mère… mais je crois qu’elle a habité dans notre maison avec Jean François et qu’elle allait souvent chez sa fille Cécile à Barjols où elle est décédée.
Alors  que ses dernière volontés sont rédigées et que tous s’apprêtent à signer, Jean pense qu’il doit ajouter encore ces précisions « et avant signé led[it]testateur dans le cas où à la majorité accomplie de sond[it] héritier iceluy viendroit à se separé de lad[it]e Magdne Allié, il oblige sond[it] héritier de lui donner une chambre garnie suivant son état, soit dans la maison ou ailleurs à la lad [it]e Allié sa mère pour en jouir sa vie durant » 
On voit que cet homme estimait sa femme, par lui «  nommée tutrisse et administaraisse » « sans qu’elle soit obligée de rendre aucun compte à ses enfants » 
« et luy a de plus legué à lad[it]e Magdne Allié ususfruit et jouissance d’une terre qu’il possède en ce terroir quartier des Condamines la vie durant» Mais regardons la précision qui suit : « toutes fois en gardant l’etat vidual ». 

Magdelaine avait 25 ans, elle ne s'est pas remariée.

Comparons la signature d’un homme en pleine forme quelques mois auparavant


et sa dernière signature le 15 juin 1766


Jean « a élu sa sépulture dans celle de feu son père » il repose à Saint-Julien. Ses confrères Pénitents blancs vont s’occuper des funérailles.

2016-08-05

Barjols, 1827, Gertrude et sa cousine Claire Marie

Coule l'eau des fontaines à Barjols



Le billet précédent illustrait l’intérêt de feuilleter les pages des registres BMS de Barjols pour retracer la vie de la famille de Cécile. Même si ce n’était pas mon projet d’étudier cette famille, issue de la sœur de mon ancêtre, cela m’a permis de comprendre les alliances et les événements qui ont constitué notre famille. J’étais à la recherche de la branche native de Barjols, dans la forêt de mes ancêtres Fave qui me pose problème, car c’est un patronyme répandu dans un bourg voisin que je ne fréquentais guère. J’ai tourné quantité de pages de registres où j’ai trouvé beaucoup d’autres informations que celles que je cherchais.

On peut se demander quel est le lien entre cette tante et sa nièce, chacune d’elle ayant épousé un boulanger de Barjols, mais poser la question c’est déjà avoir en partie la réponse.

Donc Claire Marie Audibert (sosa 43) se marie en 1820 avec Marcel Fave (sosa 42) boulanger à Barjols. Sa tante Cécile, femme de boulanger a arrangé les épousailles, en accord avec sa belle-sœur Thérèse, je pense qu’elles s’entendaient bien.
Cécile, elle-même fille d’aubergiste à St-Julien avait épousé en 1785 un boulanger de Barjols, sa nièce Claire Marie suit exactement le même parcours en 1820, mais son mari viendra s’établir à Saint-Julien. Ils marieront une de leurs filles, Joséphine Claire, à Polyeucte Rodolphe Payan fabricant tanneur, la tannerie était prospère à Barjols.

Voilà une explication totalement plausible qui pourrait suffire pour expliquer les choix de conjoints.

Où l’arbre croît, se croise, et se complexifie 

pour devenir encore plus intéressant

au clic pour agrandir


Lorsque je consulte un registre je note soigneusement les personnes qui peuvent se rattacher aux arbres. Les liens s’avèrent surprenants, voyez ce que nous apprend l’acte de mariage de Gertrude, la fille de Cécile, cousine de Claire Marie. En 1827 elle épouse Jean Antoine Faubert.

Ce nom m’interpelle car un certain Antoine Faubert, fils de sieur Jean Antoine Faubert, aubergiste à Barjols, second mari d’Anne Simon, la grand-mère de Joseph Fave, apporte par procuration le consentement de cette ayeule au mariage de Claire Marie et de Joseph Fave.
Jean Antoine Faubert est un personnage intéressant, il mérite que je passe la soirée à me perdre dans sa généalogie qui n’est pas la mienne.
Il se trouve qu’il est le parrain de Toussaint Antoine fils de Pierre Claude Bagarry (sosa 170) et d’Anne Simon (sosa 171) . Donc Anne a épousé le parrain de son fils.
J’ai constaté que dans certaines branches les veuves et les veufs se remarient plusieurs fois, avec des conjoints dans la même situation ; ils ont en outre des enfants qui deviennent veufs et se remarient etc.  Cette situation produit des arbres complexes mais passionnants. Ce cas inexistant dans de longues lignées apparaît de manière récurrente dans d’autres. On pourrait approfondir les hypothèses dans le champ de la psychogénéalogie...

au clic pour agrandir
Examinons l’arbre qui s’accroche à celui de ma vieille ancêtre Anne Simon (sosa 171), elle avait déjà épousé un veuf en premières noces, la voici ensuite marié avec un double veuf. (Cet arbre ne montre que les individus que j’ai rencontrés, il y a sûrement d’autres enfants.)
Jean Antoine Faubert qui exerce les métiers d’aubergiste, de cuisinier, de traiteur, selon les époques est le fils d’Antoine Faubert muletier. Aubergiste et muletiers sont des professions qui s’associent souvent.
Jean Antoine Faubert s’est marié trois fois, il est le père de deux fils nommés … Jean Antoine Faubert. Celui qui est né en 1802 a épousé Gertrude Burle, il est aubergiste.
Gertrude accouche le 8 octobre 1829 d’un enfant mort-né. Quelques jours plus tard, le 23 octobre, la voilà veuve. Qu’est-il arrivé à mari qui est mort là ?
 Gertrude épousera un autre aubergiste sept ans plus tard.



2016-07-29

Barjols, 1801, une visite à Cécile Audibert

Nous avions rencontré Cécile toute jeune fille, elle avait vingt ans à la veille de son mariage, en novembre 1785. Elle a quitté notre village pour vivre dans la famille de son mari, Joseph Burle, maître boulanger à Barjols.


J’ai souvent pensé à Magdelaine Allier (sosa 173) qui devait aller voir sa fille. Barjols est distant de 25 km de Saint-Julien.

Allons-leur rendre visite dans le quartier de la grand-rue à Barjols, au début de l’année 1801.
A cette époque-là, Cécile a 36 ans, elle va bientôt mettre au monde son cinquième enfant.
Magdelaine est sans doute présente lors du romérage le 17 au 19 janvier. Il s’agit de la fête votive, celle de saint Marcel, le patron de Barjols qui a inspiré le prénom de tant de garçons. C’est une fête spéciale qui mêle les danses païennes et les rites catholiques. Dans l’église le curé et ses paroissiens dansent les tripettes devant le buste du saint. Les bravadeurs tirent des salves de tromblon, la procession s’achemine à la rencontre du bœuf gras tout enrubanné. Les messes, les danses, les farandoles au son du fifre et des tambourins se succèdent; le troisième jour est celui du sacrifice du bœuf qui sera rôti et dégusté par la population.

Devinez quel prénom porte le nouveau bébé de Cécile ? 
Je suppose qu’elle a fait le vœu d’avoir un fils pendant la messe du romérage.
Hipolite Marcel est né le 26 janvier. La jeune maman a besoin de l’aide de sa mère encore bien vaillante à l’âge de 62 ans.
Mais que lui arrive-t-il ? Le 22 pluviose an 9, Magdelaine gamberge, elle se sent bien fatiguée. Elle meurt brutalement à 10 heures du soir. Son petit-fils, nouveau-né n’a que deux semaines. Voilà Cécile bien désemparée, elle va faire prévenir son frère Jean François, aubergiste à Saint-Julien. Cécile pleure sa maman. 
De plus, elle est très inquiète pour son petit Joseph Laurent âgé de 2 ans et demi lequel est bien fiévreux. Le lendemain, à la même heure de 10 h du soir, l’enfant ne respire plus. Cécile pleure deux fois plus, si une telle chose est possible.

Quel triste enterrement !  La grand-mère et son petit-fils se sont suivis en quelques heures !

Voici l’acte de décès de l’enfant (AD 83). Il contient une erreur sur le nom de sa mère qui est appelée Magdelene Audibert du prénom de la grand-mère décédée le jour d'avant.


Lisons attentivement l’acte de décès de Magdelaine Allié, lequel pourrait nous induire en  erreur. Elle n’avait pas 64 ans, mais 62 ans et deux mois. Née à Grand Bois qui ne se trouve pas dans les Basses-Alpes mais dans le Vaucluse. Je sais maintenant qu’il s’agit de Grambois que je vous présenterai dans un prochain article, rassurez vous je connais aussi le nom de sa mère que les témoins ignoraient. Cependant on apprend que Magdelaine « se trouvait cazuellement à Barjols» ce qui confirme que cette bonne grand-mère était venue à Barjols à l’occasion de l’accouchement de Cécile.




Cécile et Joseph ont eu huit enfants 

Famille de Cécile Audibert _(clic pour agrandir)

Les prénoms des enfants décédés seront réutilisés par les suivants.
Élisabeth c’était la grand-mère d’Élisabeth « Cécile » qui a donné son prénom à ses deux fillettes L’aînée, Françoise Élisabeth est née six ans après le mariage de ses parents, elle n’a vécu que 25 mois. Sa cadette Élisabeth Fortunée aura-t-elle eu une meilleure fortune ? Je ne sais.
Joseph Laurent qui vient de mourir, porte le prénom de son père qui devait être heureux d’avoir enfin un fils et celui de son oncle Laurent Burle, potier à terre.
Magdelaine a porté sur les fonts baptismaux le 29 vendémiaire de l’an 8 sa petite fille, Ursule Magdelaine.



Cécile n’a pas eu de chance avec ses bébés, j’étais triste pour elle, en notant autant de décès ; et encore je n’ai pas examiné tous les registres BMS de Barjols.

Joseph Guillaume a vécu seulement quinze mois.

Françoise Clémence avait trois mois, ce qui me pose question c’est qu’elle morte à Saint-Julien. Était-elle en nourrice ? Sa mère s’occupait de la vente du pain à la boulangerie ; à l’âge de 42 ans la charge d’un nouveau né supplémentaire devait la fatiguer, elle a pu se décharger de cette toute petite fille. L’aurait-elle confiée à la femme de son frère Jean François ? Thérèse avait 41 ans, elle-même devait être bien occupée avec son neuvième enfant, né deux mois avant Françoise Clémence, mais elle pouvait allaiter sa nièce qui aurait alors vécu dans notre maison. En tous cas c’est le père de Thérèse, Pierre Philibert qui est allé faire la déclaration du décès de la petite en 1806.

Quant à Gertrude, il sera intéressant de s’attarder sur sa vie dans le prochain article.

2016-07-22

Péter Esterhazy


Harmonia  cælestis, Péter Esterhazy, Gallimard, 2001, 609 p.
Revu et corrigé, Péter Esterhazy, Gallimard, 2005, 400 p.



Péter Esterhazy était venu à Lyon lors des AIR 2008 pour une rencontre avec Hélène Cixous. Le thème : « Le secret des origines : faire la lumière » les a conduit à discuter  de la littérature explorant les généalogies.
Dans le roman Harmonia  cælestis,  Péter Esterhazy entreprend de raconter l’histoire de sa famille qui fut une des plus anciennes et plus puissantes de Hongrie et même d’Europe.
« Je me trouve dans la situation de tous ceux qui examinent leur arbre généalogique : je me rends compte combien je sais peu de choses de mes aïeux. Mais enfin on sait toujours peu de choses d’eux, on ne peut savoir d’eux que ça, peu, indépendamment de la famille et de la documentation la seule chose que nous arrivions à découvrir, c’est que notre grand-père a été un vieux monsieur respectable, portant la barbichette, un homme de haute moralité, chose que prouvent ses sept enfants. » (p.305)

Le lecteur ne s’attend pas à voir débouler tant de pères, de grand-pères et de fils de leur père, dans des situations si cocasses. Il faut préciser que la confusion des générations est extrême 
« J’avais un lointain et mystérieux « mon père » - appelons mon père ainsi » (p.19)
Et de fait tous les hommes sont désignés ainsi « mon père » Leurs portraits se dessinent en lisant les fragments qui composent la première partie. Il suffit de se laisser entraîner par le brio et l’humour de milliers d’anecdotes vraies ou fictives. L’auteur ne craint pas d’exagérer, de forcer le trait, d’inventer des histoires invraisemblables parmi lesquelles se glisse l’Histoire de la Hongrie.

Lorsqu’on est en quête de modèle pour rédiger sa propre généalogie, si modeste soit-elle comparée à celle de la famille Esterhazy, on jubile en voyant tout ce que Péter E. se permet d’imaginer et d’écrire. Le style est époustouflant, agaçant, iconoclaste. Il pourrait être une source d’inspiration pour tous les généalogistes qui oseraient se lancer. D’autant que chacun se reconnaît dans cette posture de chercheur de traces de l’histoire familiale.

« Le fils de mon père connaissait et ne connaissait pas mon père. Mon père avait beau être son père, c’était un étranger dans la nuit. Il ne savait rien des vraies pensées de mon père, de ses rêves, de ses désirs, de ses sentiments. » p.252
Péter E. a écrit ces lignes avant qu’il ne découvre le secret de son propre père. Ayant l’occasion de consulter le dossier de son père il révèle que celui-ci était un agent de la police secrète du régime communiste.
Que faire de ce terrible mensonge qui laisse dévasté le fils de ce traître de père ?

Pour retrouver le sens de la vie et ne pas sombrer dans le désespoir, il va écrire Revu et corrigé. Dans ce livre, le ton est moins léger. L’auteur fréquente les archives, consigne les extraits du rapport à l’encre rouge et les complète de ses réflexions personnelles et autres souvenirs d’enfance. On découvre alors l’ambiance sombre en Europe de l’est à l’époque où le régime imposait une chape de surveillance où l’on devait se méfier de tous.
Lorsque Péter Esterhazy s’est rendu aux archives pour savoir s’il avait été surveillé, il était tranquille, le sujet n’avait pas une grande importance et son chef d’œuvre Harmonia  cælestis dont l’écriture avait duré dix ans, venait d’être achevé. On lui remet les dossiers, il tombe de haut en découvrant que son père était un indic. A-t-il fait une erreur fatale en lisant ces rapports qui auraient dû rester secrets ?  
Certainement car on ne se relève pas d’une telle honte, d’un tel mensonge qui entache la légende paternelle.

Péter Esterhazy vient de décéder,
le 14 juillet 2016.

Pour écrire cet hommage, je reprends ces deux livres si lourds, 1000 pages à eux deux, j’en avais lu chacun la moitié. Je suis happée par la force littéraire de ce chef-d’œuvre, envahie par l’émotion que je n’avais pas ressentie de façon si intense à la première lecture
Voilà des pages qui pourraient inciter à décoller de la banalité de nos généalogies pour leur donner la puissance de l’épopée.

2016-07-16

Hit de mes articles

Je suis heureuse que ce ChallengeAZ 2016 m’ait donné l’occasion d’approfondir l’histoire et la généalogie de ma maison. Entourée de vous tous généablogueurs, j’étais en confiance et j’ai réussi à publier ces billets que je n’aurais pas pu écrire s’il n’y avait eu ce cadre contraignant mais productif.


Mes lecteurs je les connais à travers les partages et les like sur Twitter et Facebook. J’aime lire les passionnés de généalogie qui publient sur leurs blogs et nous nous inspirons mutuellement.
Je remercie sincèrement ceux qui se sont arrêtés sur ces pages pour écrire des commentaires.
D’autres visiteurs restent dans l’anonymat et j’avoue que j’aimerais faire leur connaissance, savoir par quelle porte ils sont entrés et à quels menus ils ont goûté. J’ai tout de même une petite idée de la fréquentation de ce blog, c’est sympa d’accueillir de nouveaux visiteurs. Deviendront-ils de fidèles lecteurs ?

La page qui s’ouvre sous l’onglet ChallengeAZ
sert de présentation et de table des matières,
elle a été bien utilisée
pour s’orienter en ce mois de juin.



Voici les billets les plus lus :

A_ à l’Auberge 
Ce billet ouvrait le challenge et donnait l’ambiance de cette maison provençale où l’on peut s’arrêter pour boire et  manger.
Le bilan se tiendra à l’auberge un mois plus tard.
J_le Jupon d’Eléonore 
Ce jupon attira le plus grand nombre de visites. Peut-être mes lecteurs ont-ils été déçus car l’histoire n’était pas coquine comme le titre pouvait le laisser supposer, ce n’était pas intentionnel, je voulais juste vous donner à réfléchir sur le dérisoire des traces que nous laissons.
E_ un Enfant déposé dans l’escalier 
Mes lectrices sont pessimistes et vont jusqu’à affirmer que l’esprit de ce petit fantôme demeure sur le seuil de la maison.
U_ Ustensiles usés 
Ils ont eu un grand succès sur Fb où les débats ont été chauds, j’avais demandé de reconnaître un objet trouvé dans la cave. Les fers à repasser ont fait causer des grands-mères confrontant leurs souvenirs de repassages anciens.

Les témoignages de l’engagement dans l’histoire 
Pour la liberté
I_ Insurrection républicaine de 1861
Pour l’égalité
C- Cahier de doléances de la communauté de St-Julien
Pour la fraternité
P_Pénitents en Provence , comprendre la sociabilité de l’Ancien Régime

Voici les billets que je préfère :
Lorsque je vais admirer le paysage des montagnes, je m’identifie à ce vieil ancêtre qui fut berger au XVIIe siècle. 

Le plus poétique :

Le plus parfumé :
R_Rose un hommage à ma grand-mère que j’ai souhaité discret.

Celui qui est en forme de comptine :

En fait, je me rends compte que je pourrais continuer à écrire sur ce thème de la Provence. Je n’ai pas exploré toutes les forêts de Briqueloup.

Pour le ChallengeAZ 2017, je commence à rassembler quelques idées,
mais il sera nécessaire que l'été les laisse mûrir tranquillement au soleil. 

2016-07-09

Bilan de mon ChallengeAZ

Voici le temps des vacances, après ce formidable mois de juin. Je me sens transformée par tout ce que j’ai écrit sur ma forêt en Provence. Je me trouve maintenant dans cette maison que je vous ai présentée de A à Z et savez-vous que je ressens mon histoire encore plus intensément depuis que j’ai rédigé ces billets.

C’est une caractéristique des passionnés de généalogie que je revendique, nous avons la capacité de vivre dans plusieurs époques simultanément, de dialoguer avec des ancêtres que l’on choisit de rencontrer, comme suggère Guillaume.



 Je vous invite à entrer dans l’Auberge, après avoir pris soin de l’enfant déposé dans l’Escalier. Le vin est tiré de la cave et le pain sort du Four, goûtez donc quelques Olives. Vous avez le temps, la vieille Horloge ne se presse pas. Devant la cheminée écoutons le conteur déroulant l’épopée des XV générations depuis mamie Rose jusqu’à ceux Qui sont mes plus anciens ancêtres.
Des femmes vivent et donnent la vie dans cette maison qui a conservé leurs Ustensiles usés, leurs Trousseaux, leurs fichus(Y), les Kadeaux cassés qu’elles transmettent. Regardez Éléonore qui brode ses initiales sur son Jupon, Madeleine qui Gamberge, Thérèse D. qui vient danser la farandole pour ses Noces. Les hommes sont aux Fours et aux Moulins, ils chassent les Loups. Les Bergers, les muletiers sont annoncés par la poussière du chemin et les tintements des Sonnailles. Les Maçons construisent les maisons du bourg. La plupart d’entre eux tracent avec fierté dans les registres communaux leurs signatures lors de la naissance de leurs enfants.
Nos ancêtres s’engagent, ils se réunissent pour décider des affaires de la communauté. Ils rédigent les Cahiers de doléances, ils participent à l’Insurrection républicaine, les Pénitents s’occupent de la vie sociale, ils accompagnent les morts au dernier repos.
Ces Z_habitants font des histoires, ils s’embrouillent et s’emmêlent à essayer de refaire le monde à leur façon ; c’est ainsi dans notre village qui se prend pour le plus beau village du pays !

J’ai eu un grand plaisir à vous conter tout cela, je vous invite à sonner à la porte de ma maison si votre chemin vous conduit dans la Forêt de Briqueloup.

2016-06-30

Z _ Les_Z_habitants


Saint-Julien le Montagnier est un village du Var, perché sur un piton rocheux à 570 mètres d’altitude.
Serrées les unes contres les autres, s’épaulant, s’interpénétrant souvent, les maisons étaient à l’abri lorsque les remparts entouraient le bourg à l’époque féodale. Peu de place au sol, les rues sont étroites, les plus anciennes maisons élèvent leurs étages suivant ce modèle :
La cave, la citerne d’eau, la cuve à vin, l’écurie pour le mulet se trouvent sous les voûtes du rez-de-chaussée dans la rue basse. L’espace d’habitation au premier et deuxième étage s’ouvre sur la rue haute. Au-dessus, le grenier pour garder le foin, les réserves et pourquoi pas l’élevage des vers à soie. 

Comme on le constate sur cette carte postale datant du milieu du XXème siècle, une grande partie des maisons était en ruines.



Après les deux guerres du siècle passé, le déclin démographique, économique a conduit à l’exode. Les habitants se sont installés pour vivre et travailler à Marseille ou ailleurs. L’eau est arrivée en 1960…
J’ai écouté des anciens me raconter la vie du village au temps de ma grand-mère et de mon père. J’ai noté leurs souvenirs précieux. Comment transcrire ces entretiens parfois complémentaires, parfois contradictoires, souvent révélateurs de secrets enfouis ?
Plusieurs thèmes se dessinent : les métiers, les usages, les récits de vie, la guerre, etc. Un récit chronologique ne serait pas pertinent. Mon fil conducteur ce sont les maisons avec leurs habitants. Le recensement figure sur le site des AD 83 jusqu’en 1911, mais le bourg a changé, de plus la numérotation me pose problème pour situer certaines habitations.
On pourrait dessiner un plan inspiré du cadastre pour situer les propriétaires des maisons, noter leurs successions au fils des époques. Différents problèmes apparaissent alors :
Comment numéroter les maisons, comment faire apparaître les constructions et rénovations des ruines, les partages, les agrandissements. De quelle façon inscrire les familles ?

Et raconter les histoires sans trahir mes informateurs et les habitants du bourg. 

Voilà des projets qui pourraient m’occuper cet été puisque aujourd’hui le ChallengeAZ 2016 se termine avec ce billet inspiré par la lettre Z.

Bibliographie
Alain Collomp, La maison du père, PUF1983

2016-06-29

Y _ fichu Y

Fichu Y ! 
Que vais-je pouvoir écrire ?    
pointe de mousseline blanche en coton

Et tout ce tiroir rempli de fichus, démodés, vieillots, usés, inutilisables, que nous conservons depuis des lustres et que je déplie et replie. 
Pour essayer d’identifier ces vieux tissus qui pourraient me parler d’autrefois, j’ouvre ce livre acquis depuis peu « Le costume populaire provençal » 


Fichu : un carré que les femmes plient en deux, placent sur leurs épaules une grande pointe au milieu du dos, deux pointes croisées sur la poitrine. C'est un grand morceau de coton en été, de laine en hiver, en soie les jours de fête.

Sous ce foulard, elles mettent une pointe de mousseline blanche pliée de la même façon. Ceci explique pourquoi ces petits carrés blancs sont plus légers, plus usés et précieux malgré tout
Cette mousseline de coton, que l’on peut voir sur la photo ci-dessus, est toute simple, finement ourlée par l’une de mes ancêtres; je me demande bien laquelle.  
Le dimanche, les  coquettes pouvaient sortir un autre fichu de ce tiroir, une mousseline décorée de broderies fines. En hiver, mes petites grands-mères réchauffaient leur gorge avec une mousseline de laine. A l'ocasion des noces, les élégantes arboraient leur plus beau fichu en dentelle.

Voici un grand foulard de coton imprimé, la pointe portée dans le dos mettait en valeur la guirlande de feuilles et de cerises. Il était maintenu par des épingles. On disait « tiré à quatre épingles » ou « qui s’y frotte s’y pique »
Tiens … je devrais chercher ces jolies épingles avec une boule en tête dans les vieilles boîtes à trésors qui me semblaient bien désuets. Hum, je commence à trouver des indices dans les vieilleries que j’ai négligées.  



Ce billet vous paraîtra un peu tiré par les épingles, je l’avoue, mais Y m’a inspiré quelque coquetterie.


Bibliographie :
  • Rode de Basso Provenço, Le costume populaire provençal » Ed. Edisud, 1990.
  • Les carnets du patrimoine n°5 : le costume provençal, CG du Var,

Sur le site www.var.fr on peut télécharger les publications éditées par le Conseil Départemental du Var :

2016-06-27

X _ XV générations d'ancêtres


Mes enfants sont la XV _ quinzième génération dans le village de Saint-Julien où se trouve notre maison. Ce n'est pas rien n'est-ce pas ! Alors que certains voisins nous considèrent comme des gens du nord, comme des Lyonnais parlant pointu, nous pouvons revendiquer nos racines depuis le XVIème siècle et bien au-delà.
Depuis que mon père a épousé une ardéchoise, (comme sa grand-mère maternelle), sa famille s'est déplacée vers le nord. Mais nous revenons dès que possible dans notre maison familiale.

J'ai voulu en retrouver l'histoire. Ma grand-mère, lorsqu'elle était petite fille, demandait à sa grand-mère Éléonore de lui donner cette maison. c'est ce qui s'est passé, Rose était sa petite-fille unique. À la génération suivante, la maison a, une fois de plus, pris le nom de l'époux de la maitresse des lieux. 
Depuis "Claire" Marie Audibert, née en 1801, la transmission passe par les filles. Diverses circonstances expliquent cela : des tantes sans enfant, des fils morts en bas âge, des frères qui se sont installés dans leur propre maison ou dans une ville plus grande, une prise de distance avec le père...


La roue ci-dessus montre dix générations des ascendants de Claire Audibert (sosa 43) épouse de Marcel Fave. J’ai choisi de mettre au centre l’arrière-grand-mère de ma grand-mère puisque la plupart de ses ancêtres sont natifs de Saint-Julien.
Les cases vides marquent des personnes qui probablement sont nées dans autre bourg voire dans un département limitrophe, ces ancêtres ou leurs enfants sont venus se marier à St-Julien. J’ai pu remontrer certaines lignées, mais il est plus facile pour moi de trouver les actes de mon village, plus à l'aise avec les patronymes, les registres, les écritures ...
Bien sur le chantier des fouilles continue, jusqu’au point où les archives départementales atteignent les limites de publication des registres. 

Au-delà de ces XV générations d'ancêtres que j’ai pu recenser, on peut avoir des pensées reconnaissantes pour tous les aïeux natifs de notre village, ils ont participé à sa construction, à sa vie et à son histoire que j’essaye de retracer ici.