2016-12-06

Bibliographie : Mariages, à Lyon, au XIXe siècle.


Philippe Ariès et Georges Duby (dir.) Histoire de la vie privée, tome IV
                   « De la Révolution à la Grande Guerre », Paris, Seuil, 1987

Cécile Dauphin, Pierrette Lebrun-Pezerat, Danièle Poublan, Ces bonnes lettres. Une correspondance familiale au XIXe siècle, Paris, Albin Michel, 1995    http://correspondancefamiliale.ehess.fr/

Cécile Dauphin et Danièle Poublan, « De l’amour et du mariage. Une correspondance familiale au XIXe siècle », Clio. Femmes, Genre, Histoire [En ligne], 34 | 2011. URL : http://clio.revues.org/102

Caroline Muller. "Je crois que je l'aimerai de tout mon cœur" Le rôle du journal de jeune fille dans la préparation des mariages, XIXe siècle, 2013. 
https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01287244/document

Michelle Perrot, La vie de famille au XIXe siècle, Ed. Seuil 2015 
suivi de
Anne Martin-Fugier, Les rites de la vie privée bourgeoise,

Bernard Berthod, Elisabeth Hardouin-Fugier, Les ex-voto de Fourvière, La Taillanderie, 2008

André Chagny, Un lyonnais d’autrefois Joseph Perouse, Audin Lyon, 1946

Dictionnaire historique de Lyon, par Patrice Béghain, Bruno Benoit, Gérard Corneloup,  Bruno Thévenon,  Ed. Stéphane Bachès, 2010

Sociologie de Lyon, M. Vogel, I. Mallon, Y. Grafmeyer, JY. Authier, 2010  http://widget.editis.com/ladecouverte/9782707156020/#page/1/mode/1up

Jean Dufourt, Calixte ou l’introduction à la vie lyonnaise, 1925

Catherine Pelissier, La vie privée des notables lyonnais (XIXème siècle), Editions lyonnaises d’art et d’histoire, 1996

Segalen Martine, éloge du mariage, Gallimard, 2003


 La Noce chez le photographe, Dagnan-Bouveret, 1879, MBA Lyon, 

Pour voir l’œuvre en détail, image de meilleure qualité au Musée des Beaux-Arts de Lyon : http://bit.ly/29mpEKn
Pour écouter l’audio guide du musée, commentaire excellent (1:56) en admirant les détails du tableau :
https://www.youtube.com/watch?v=ttDTOiaSCLw

2016-12-01

Un bouquet de lilas blancs

Une lectrice attentive que je remercie vivement, attire notre attention sur le bouquet de lilas dont il est question dans l’article précédent sur les mariages à Lyon au XIXe siècle.

La lettre de Jeanne, datée du 28 janvier 1891, annonce le prochain mariage de sa fille.



Dans cette lettre délicieuse, tous les mots comptent.
Jeanne vient d’accepter la demande en mariage et tout va aller très vite : « c’est à la vapeur … »

Depuis onze mois, Jeanne hésite à donner son accord, mais ce jour-là elle ne résiste pas. Elle paraît la première à être surprise de prononcer le "Oui" qui a débloqué la situation.
On peut imaginer la joie du jeune homme persévérant.
Élisabeth a 20 ans, elle est jolie. Elle ne se fait pas prier pour se présenter à son futur beau-père et à son fiancé. Elle apparaît « en toilette assez négligée » la visite ayant lieu le matin, la jeune fille ne s’attend pas à devoir faire toilette si tôt.


En tout cas, elle vient saluer « sans faire la moindre difficulté », il est évident que la jeune demoiselle a été consultée, le projet de mariage lui convient.
Charles va avoir 27 ans, il est clerc de notaire. Peut-être n’a-t-il pas encore une situation confortable, mais son père a su convaincre la future belle-mère. 

« Un moment après nous recevions un paquet de lilas blancs ».
Le futur marié sait se conformer à la tradition de faire livrer illico un bouquet dans la maison de la future. S’est-il posé la question du symbolisme des fleurs ?  Au XIX, le langage des fleurs est chargé de sens, le lilas blanc annonce l’amour naissant idéalisé, il veut dire : aimons-nous.

Edouard Manet, Lilas dans un vase, 1882

La question posée est celle-ci :
Le bouquet est livré le 28 janvier, comme le précise la lettre de Jeanne. 
Comment un fleuriste lyonnais peut-il trouver des lilas blancs en cette saison ? Au mois de janvier, sont-ils en fleurs sur la Côte d’Azur ? Viennent-ils d’Italie ou d’ailleurs ?
J’attends vos suggestions …

Merci aux lecteurs qui ont contribué à chercher ces réponses, à voir ci-dessous ...↘

2016-11-27

Mariages à Lyon, XIXe siècle

Cette étude a été réalisée grâce à un fonds decorrespondance que je numérise et aux actes que l’on trouve aux archives. Je l’ai présentée aux Archives de Lyon à l’occasion de la Semaine de Généalogie, sur le thème des Mariages à Lyon.


Le récit commence après la Révolution, lorsque l’ancêtre Joseph Pérouse se marie et va s’installer à Lyon.
Les recherches portent sur les 33 couples de ses descendants, sur cinq générations, au XIXème siècle, jusqu’à la guerre de 1914-18. Avec les conjoints, et les enfants sans postérité, on recense 118 personnes.

Ces familles ont trouvé leur place à Lyon tout au long du XIXème siècle. Les premières générations viennent s’installer à Lyon, les conjoints choisis par les générations suivantes ont soit des parents, soit des grands-parents, qui ne sont pas nés à Lyon mais provenant d’afflux migratoires venus de la région Rhône-Alpe-Auvergne.

On découvre la stratégie d’alliance privilégiée : même milieu social, même profession.
Joseph P, le chapelier, marie sa fille Joséphine au fils d’un fabricant de chapeaux, lui-même marchand fabricant de chapeaux, en 1821.
Jean G, avocat, a marié sa fille à un avocat, il accordera sa petite-fille à un avocat, en 1813.
Ces mariages choisis par la famille n’empêchent pas que l’amitié, (et même l’amour) unisse les conjoints comme en témoignent les lettres de Zélia, de Jeanne et de Marie, ainsi que les journaux intimes des jeunes filles comme celui de Virginie. (J'aurai l'occasion de vous parler encore de ces femmes admirables dont vous pouvez voir les photos, en suivant les liens)

Chaque union est le début d’une histoire unique. Il est passionnant d’observer au sein de chaque branche les similarités et les divergences des situations. On voit ainsi :
   Des mariages romantiques dans lesquels la différence d’âge ne semble pas gêner les amoureux comme Jeanne et Jean. 
  Des mariages arrangés, deux sœurs épousent deux frères, la première sera heureuse, la seconde regrettera le choix de  sa famille. 
  Des alliances qui sont menées tambour battant en quelques semaines. D'autres nécessitent de longues négociations.

   Les mères sont tristes lorsque leurs fils épousent une jeune fille étrangère à leur entourage.
Zélia à Jeanne 1899

C’est l’occasion d’observer les rituels liés à la demande en mariage, au temps des fiançailles et des noces. En m’appuyant sur des références bibliographies, j’ai pu comprendre les usages en cours au XIXe siècle. L’écart à la norme est révélateur de la dynamique des tensions amoureuses ou émancipatrices des jeunes gens.

La signature du contrat de mariage couronne les négociations entre les deux parties.  C’est la récolte de ces contrats dans la série 3E aux AD qui permet de comparer les dots et les alliances entre les familles. Voilà des projets pour continuer cette étude...


Il est temps de parler d’amour avec le langage des fleurs.  

Un bouquet de lilas blancs, symbole de l’amour naissant, est envoyé le 28 janvier 1891, par Charles, à l’adresse d’Élisabeth aussitôt que sa mère consent au mariage qui est célébré le 11 avril suivant.


Ce bouquet de lilas blancs suscite une question (voir commentaires) qui fait l'objet de l'article qui suit. Avez-vous des suggestions ?

2016-11-19

Joseph P.

Pour le 3ème #RDVAncestral,  rendez-vous avec un ancêtre, (initié par Guillaume - Le Grenier de nos Ancêtres), le sujet était tout trouvé. Tout au long de ces dernières semaines, j’ai travaillé sur le thème du mariage des descendants de Joseph P. Je viens de faire une présentation aux Archives de Lyon, dans le cadre de la semaine de la généalogie. 
A partir d’un fonds de correspondance et des documents des archives, je me suis appliquée à retracer tous les mariages de cinq générations à Lyon, au XIXe siècle.

C’est en rentrant des Archives (une fois encore !) 
que je me suis sentie proche de Joseph P. au point de lui rendre visite.

                       

Je fais souvent un détour par la rue Auguste Comte pour admirer ce balcon qui porte les initiales J.P de Joseph Pérouse.



Ce soir, j’hésite un peu avant d’oser entrer. Nous sommes en 1821, je me trouve devant le numéro 7 de cette rue qui s'appelle alors : rue Saint-Joseph.


Joseph Pérouse qui m’ouvre la porte paraît surpris de me voir. Néanmoins il me fait bonne figure.

Je me présente en précisant que je suis l’épouse de son descendant à la septième génération.
Il m'annonce qu’il est très occupé parce qu’il doit préparer le mariage de sa fille Joséphine. Justement, lui dirai-je que je m’intéresse aux mariages lyonnais ? C'est à l’occasion de la semaine de la généalogie qui a lieu aux Archives de Lyon, pas très loin d’ici.
Ouf pas d’erreur ! Il faut que je reste concentrée sur son époque, car nous pourrions avoir des difficultés de communication.
Intrigué, Joseph me propose d’entrer dans son atelier. Il est marchand fabriquant de chapeaux.
Je lui dis que je serais curieuse de découvrir les chapeaux de paille d’Italie qui ont fait sa réputation à Marseille. Son regard devient alors plus dur et il réplique qu’il n’a aucune envie de se remémorer cette sombre période de la Révolution Française. J’ai conscience d’avoir fait une gaffe, je vous raconterai cette période ultérieurement en aparté sur ce blog.


Pour me faire pardonner, j’admire avec sincérité ses créations. Je lui demande s’il va offrir des chapeaux dans le trousseau de Joséphine. 
Il me montre de superbes chapeaux de paille ou de feutre, ornée de plumes, de fleurs, de perles, et de magnifiques rubans en soie tissés de fils d’or et d’argent comme les soyeux de Lyon savent les fabriquer … Elle n’aura qu’à choisir.

Joseph me confie combien il est heureux qu’Antoine Falcouz ait demandé sa fille en mariage. Antoine est lui-même chapelier, il habite avec sa mère, à deux rues d’ici . Son défunt père avait une boutique de chapeaux dont Antoine a hérité. Joseph espère que son gendre va réunir les deux affaires, ce qui lui permettrait de cesser la fabrication d’ici quelques mois, pour se consacrer au négoce. Qu’en pense Joséphine, lui demandé-je ? Bien sûr, la jeune fille a été consultée avant d’accepter cette alliance. Il est préférable que le couple s’entende bien pour que les affaires marchent. Joséphine connait Antoine depuis longtemps, ils ont l’occasion de se rencontrer.
J’essaye alors de maintenir la conversation sur le sujet du mariage puisque c’est l’objet de notre rencontre. Est-ce une bonne idée d’expliquer que j'ai dressé cet arbre de sa descendance ?

Au début du XXème siècle, ils sont au nombre de soixante-et-onze, ses descendants à la cinquième génération. La plupart vivent à Lyon. 
Ensuite trois générations et cent ans plus tard … je ne les ai pas encore tous comptés ses arrières arrières arrières …. petits-enfants !
Je pourrais lui montrer les photos de beaucoup de ceux-ci, je les classe précieusement sur mon ordinateur que j’hésite à sortir de mon sac.
Mais Joseph ne semble guère intéressé par mes recherches sur sa famille, il reste plus préoccupé par sa boutique, par l’établissement de sa fille et par le contrat à établir en faveur des nouveaux mariés.


En le félicitant pour ce mariage, je lui promets d’assister à la cérémonie le onze du mois de janvier.
Je le quitte sans avoir pu photographier ses chefs-d’œuvre. Trop de distance entre nous ce jour là, cependant il me plait bien cet ancêtre, je reviendrai lui rendre visite !  

2016-11-01

Un tout petit village

 Aubenas-les-Alpes


Ouvrir un très vieux registre (AD 13)
et trouver un contrat de mariage passé en 1655 à Marseille.

Celui d’Estienne Mauroux et Anne Gatte.

Ajouter un lieu où pousse un rameau ancien 
Aubenas-les-Alpes se trouve dans le diocèse de Sisteron. 


Perché sur une colline où pousse la lavande, entre la montagne de Lure et le Luberon, ce village minuscule, peut-être le plus petit village de France, compte aujourd’hui cinq habitants, dans l'unique rue. 

Une toute petite église du XIIème siècle et quelques maisons en pierre du XVIème siècle, en contrebas d’une demeure seigneuriale dite le Château.

Assises là, sur un banc en pierre, deux amies octogénaires discutent tranquillement, l’une d'elles nous propose spontanément d’ouvrir l’église. Je dis que mon ancêtre est né ici. Le nom de son père Jean Mauroux (qu’elles prononcent Morouss ) aussi bien que celui de sa mère Magdeleine Reynier, leur apparaissent familiers. Elles nous montrent le lieu-dit les Mauroux proche des Reynier, deux belles propriétés avec de grandes maisons en pierre, un pigeonnier, des terres … 
Cela n’étonne nullement ces deux femmes très réactives que je cherche mes ancêtres, dont elles sont sûres qu’ils sont au cimetière attenant !


Aubenas-les-Alpes, les Mauroux et les Reyniers


Etienne Mauroux (sosa 1162) habitait à Marseille depuis quelque temps déjà lorsqu’il signa, le 4 mai 1655, le contrat régissant son union avec honeste filhe Anne Gatte. 

Il semble qu’Estienne ait touché avec sa dot sa part d’héritage. Il ne pourra désormais plus prétendre avoir d’autres biens à Aubenas. C’était la coutume de laisser la propriété à l’aîné. Son frère Gaspard a fait le voyage jusqu’à Marseille pour le mariage d’Etienne, il est chargé par leur père d’apporter l’acte fixant les conditions.
Mais Estienne fait un beau mariage car Anne est bien dotée. Son aïeul Jacques Gatte a pensé à elle en faisant son testament deux années plus tôt. Il donne à sa petite fille vigne arbre et bastidon. Guilhen Gatte et sa femme Jeanne Sarde, les parents de la jeune épousée se montrent satisfaits de ce mariage  ayant le présent mariage agréable chacun d’eux constitue en augment de dot…
 Leur descendance sera marseillaise, une suite de six générations cultivant la terre : laboureur, ménager, puis jardinier, horticulteur…

2016-10-11

Magdelaine m’accueille dans son auberge


J’arrivais juste à cette heure entre chien et loup qui est celle que je préfère.
Je revenais d’une grande journée aux archives de Draguignan. Mes recherches avaient été fructueuses, j’avais pris une grande quantité de photos, je n’avais pas déchiffré tous les actes des registres des notaires, seulement les premières lignes lorsque j’avais pu repérer des patronymes de mes forêts d’ancêtres. Aussi, tout au long du trajet de retour ma tête bourdonnait de tant de projets d’histoires à écrire sur mon blog. J’étais impatiente de rentrer et d’explorer ma récolte de photos.
Ce matin, j’avais laissé mon chat pour seul habitant de notre grande maison, personne ne devait rentrer avant la fin de la semaine et j’appréciais d’avoir du temps à consacrer à ma généalogie. Je vivais à mon rythme depuis quelques jours et j’avoue que j’avais un peu perdu la notion du calendrier. Donc je pouvais espérer une soirée tranquille plongée dans le XVIIIème siècle de mes ancêtres.

L’auberge était éclairée, j'aurais dû en être étonnée. Je garai la voiture devant l’écurie. Je rentrai, chargée de mes sacs contenant téléphone, ordinateur et appareil photo et je poussai la lourde porte d’entrée.

Une jeune femme, de l’âge de mes filles, assise près de la cheminée, semblait tenir sur ses genoux un bébé emmailloté. Je la reconnus, c’était Magdelaine Allier avec qui j’ai vécu par la pensée ces derniers mois.
Lorsque je m’approchai c’est un chat qui bondit hors des genoux de Magdelaine.
Mon chat ! Pacha vint à ma rencontre. D’un miaulement, il me reprocha de m’être absentée depuis le matin. J’ai un chat doué de parole.

 -Bonsoir, comme tu as tardé. Entre vite le souper est prêt.

Mon aïeule m’attendait et je n’étais même pas surprise de l’étrangeté de la situation. Elle fut bienveillante. J’étais fatiguée, les yeux me piquaient de tant d’heures à lire les vieilles liasses ou peut-être d’une émotion qui remontait du fond des temps. Je venais de si loin, j’avais traversé 250 ans. Elle m’accueillit sans me poser de questions.
Cette soupe aux herbes du jardin qui mijotait dans le chaudron me rappelait celle de ma grand-mère.
Mon hôtesse dressa un couvert pour moi, elle avait sorti sa soupière, ses plus vieilles cuillères, des ustensiles usés que je connaissais mais que nous avions oubliés à la cave.

Nous dinâmes ensemble, mon chat, installé tout près d’elle, semblait l’avoir adoptée.

-Je n’aurais jamais pensé avoir une petite-fille telle que toi. Je vois que tu as beaucoup plus d’imagination que moi.
-Ah, Mère-grand, tu as fait preuve de nombreuses qualités.
-Ma petite, j’ai pu voir que tu racontes ma vie à ta façon. Parfois tu te laisses emporter par ton imagination.
-Chère Magdelaine, tu as laissé plusieurs traces conservées aux archives et je te connais bien.
-Je sais tout ce que tu dis sur moi. D’un côté cela me plait bien que tu t’intéresses autant à la généalogie de nos familles. Je te félicite pour toutes ces pages que tu écris. 
-Mais tu ne sais pas lire mère-grand. Comment as-tu vu mon blog ?
-C’est ton chat, avec ses pattes douces et adroites, il a joué avec la souris, il a allumé ta petite table.
-Ma tablette ! Mon chat aime se tenir à côté de moi lorsque j’écris. Il participe à sa façon.
-Il m’a lu tes histoires.
-Oui Pacha est un chat qui parle à qui sait l’entendre.
-Cela me touche que tu t’intéresses à ma vie. Tu as bien fait d’aller jusqu’à Grambois et de montrer combien notre maison s’est transformée.
Tu as assez bien raconté cette terrible année 1766, j’avais 25 ans et tant de soucis après la mort de Jean. Mais tu as pris la liberté d’affirmer que Marguerite était venue exprès pour m’aider. En fait ce n’était pas si compliqué pour ma sœur, elle habitait à Saint-Julien.
-Ah bon ! Elle vivait à Saint-Julien ?  Si j’avais découvert cela …
-Tu aurais pu être plus perspicace. J’ai regardé ton arbre généalogique, tu connaissais le nom de son mari, cela aurait pu t’expliquer bien des choses. Tu aurais compris que c’est par son entremise que Jean m’a demandée en mariage. Mon père était heureux de donner sa fille à un aubergiste, c’est encore ce qu’il a fait pour notre petite sœur Marie.
Observe de plus près ton arbre de notre famille sur cette page.
-Effectivement, j’ai noté un premier mariage avec un dénommé Jean Gallardon (ou Gaillardon)
-Tu peux le relier, tu connais sa famille ! Cherche son histoire tu dois avoir plein de documents.
-Je n’ai pas encore tout exploité tu sais.
-Ma petite, ce soir je suis venue chez toi pour te demander d’être au plus près de la réalité de notre famille. Tu dois rectifier toutes les approximations qu’avec le regard de ton époque tu te permets d’imaginer.

La conversation avec Magdelaine s’est poursuivie en buvant une tisane de thym jusqu’au moment où nous tombâmes de sommeil, l'une et l'autre.
Le chat dormait depuis longtemps sur ses genoux, il n’est jamais aussi câlin avec nous. Il se passait une relation étrange entre elle et lui.
Je le soupçonne d’avoir servi d’intercesseur pour cette rencontre fantastique ...


Le lendemain, mon premier geste fut d’ouvrir le dossier des photos numérisées la veille. Je trouvais la preuve du mariage de la sœur de Magdelaine et plusieurs pistes à explorer.

Allié quittance hoirs Gaillardon


J’aimerais vraiment revoir Magdelaine.

2016-10-09

Résillement d’un bail à mègerie

Magdelaine a passé un bail à mègerie, 
elle va s’en départir avant le terme traditionnel de la Saint Michel. 
Que se passe-t-il ?


Revenons encore dans les liasses de ce beau registre qui m’a réservé des belles découvertes sur les habitants de Saint-Julien..


Il y a 250 ans, Jean Audibert dicte son testament, il meurt laissant la charge de leurs enfants à Magdelaine. Cette jeune veuve fait appel au notaire qui plusieurs fois se déplace dans sa maison.


Le 16 septembre 1766, elle a passé un bail pour quatre ans qui devait se terminer à la St Michel.  Le 29 septembre est le jour de paiement des fermages après la récolte, c’est par conséquent la date traditionnelle d’expiration des baux ruraux.


Cependant c’est au mois de mai 1769 que ce contrat, est mis au neant par delle Magdne Alliés veuve de feu sieur Jean Audibert hote de ce lieu et Joseph Gillet menager de ce meme lieu
lesquels de leurs grés sous dûe mutuelle et réciproque stipulation aceptation
intervenant se ressouvenant parfaitement de l'acte de megerie
entr'eux passé par nous no[tai]re le 16 7bre 1766
ont déclaré et consenti comme ils consentent au resillement d'iceluy
l'ont mis et mettent au neant et tout comme s'ils n'avoit jamais été fait


Les formules sont savoureuses, je ne sais pas si vous prenez le temps de les lire, moi je me régale.


Pour quelle raison se départir de ce bail avant la Saint Michel ?
Ledit Gillet pour raison de la mal tenue des biens dependants de la megerie devra s’acquiter de la somme de dix sept livres huit sols pour tous les dommages et interets quelle auroit peut pretendre
Néanmoins, il se réserve de faire la récolte des grains des semis y pendants tant seulement qui seront partagés en gerbe ainsi qu'il est porté par le susd[it] acte de mégerie 
Que pensez-vous de cette expression ? L'image est pleine de bon sens  :
« des grains des semis y pendant »

D’autre part, il est question "d’un clods" qui est à la vente :
promet à icelle aceptante la somme de trente livres ledit jour St Michel prochain pour la vente du susdit clods
 L’explication se trouve dans le premier bail. Il s’agit d’une terre clause appellée le clod complanté de vigne et d’oliviers



Pour lire la transcription intégrale de l’acte :

2016-09-27

Pour une recherche aux Hypothèques (II)

Une recherche aux hypothèques suit le même parcours dans toutes les archives départementales.
Table alphabétique
Répertoire de formalités
Transcriptions

J’ai décrit l'atelier aux AD du Rhône, pour une recherche hypothèques (I)
Cependant, selon les sites des AD ce ne sont pas les mêmes documents qui sont numérisés et publiés en ligne. Je vous fais partager ici mon expérience aux archives départementales du Var.
Les tables alphabétique des patronymes sont numérisées et consultables sur le site

Après avoir choisi le bureau : Brignoles, Draguignan ou Toulon, on peut consulter l’Indicateur des noms
Si je cherche Audibert ce patronyme se trouve dans la table 4Q01 

Je vais dans le répertoire alphabétique des noms, je clique sur la cote 4Q04 pour ouvrir le volume 2, le folio 86 est numérisé à la page 87/202.
Étant donné que ce nom de famille est fort commun dans le sud, je dois survoler toutes les pages à l’affût de lieux et de prénoms que je connais. 
C’est un joli voyage dans les bourgs de Provence, il y a seize doubles pages.
Bon, voilà mon François Audibert :


Règle d’or du généalogiste, ne pas s’arrêter, regarder autour …
Voici le même Jean François, un peu plus loin, avec ses deux prénoms, accompagné de Cécile sa sœur. 

 Le compte de Jean François Audibert se trouvera dans le volume 28_ case 205
Je dois à présent chercher la cote du volume 28. 
Elle se trouve dans le Relevé de formalité, juste au-dessous sur la page du site. Il ne faut pas s’étonner si le volume 1 apparaît après le vol 323, on fait tourner la molette de la souris et le curseur descend dans la liste. La cote 4Q74 est nécessaire pour commander ce volume 28, consultable à Draguignan dans la salle de lecture des AD 83.
4Q74  
1798-1955  
Relevé de formalité  
Vol. 28 - non numérisé. Consultable en salle de lecture  

J’ouvre ce vieux registre avec précaution, je cherche la case 205, celle de Jean François, et la case 206 de Cécile Audibert. Ce tableau contient différentes transactions.

Voyons cette vente pour 1200 frs, le 5 février 1811, d’une terre qu’ils ont héritée en commun.
Le registre de formalité sera le volume n°21 à l’article 646

A l’étape suivante, il faut consulter les transcriptions hypothécaires qui sont en ligne. Cliquons sur le lien à droite, tout en bas de la page.

 Transcriptions Hypothécaires 

Ouvrons d’un clic le registre 4Q1777 :
Conservation de Brignoles, Transcriptions hypothécaires vol. 21
Registre de transcription des Actes translatifs de propriété d’Immeubles
Allons à l’article 646 , numérisé  page 150/230

Le cinq fructidor an 11
Une propriété de terre semable complantée d’une vigne vieille presque abandonnée en partie inculte. Sise au quartier de la Trinité. Les confronts sont énoncés.
L’acte de vente est retranscrit intégralement.


Le personnel des archives du Var se montre extrêmement sympathique, j’ai apprécié que tous soient prêts à m’aider. Je leur décerne la palme de mes archives préférées. Je suis allée plusieurs fois à Draguignan cet été, j’ai récolté beaucoup de pistes pour continuer des recherches aux hypothèques, certaines sont encore dans des impasses, d’autres feront l’objet de récits que je n’osais espérer.
Les archives sont une source de trésors inestimables !

2016-09-09

Grambois en Luberon

Oh Magdelaine, sais-tu que je pense souvent à toi lorsque je suis dans ta maison. Comme tu le faisais sans doute, je regarde le paysage qui s’étend au-delà de nos fenêtres, exactement entre Grambois, ton village natal, et Barjols où tu mourus en 1801.
Tu es une femme discrète, mais as-tu conscience de toutes les traces que tu as laissées ? Je connais ton parcours car j’ai trouvé une quantité d’actes qui te concernent.
Certains épisodes de ta vie me touchent particulièrement, j’ai écris plusieurs articles qui parlent de toi : Grambois, Magdeleine gamberge _ Magdelaine, jeune veuve en 1766_ Four à pain _ Le testament de Jean  _   Barjols1801, une visite à Cécile
Il est rare de connaître la profession d’une maîtresse de maison au XVIIIe siècle, toi Magdelaine, jeune veuve d’un aubergiste, je sais que tu assumais l’auberge, seule, puisque sa famille vivait loin de Saint-Julien.

J’avais envie de voir Grambois où tu naquis le 14 décembre 1738.


Ton village, fort ancien, porte bien son nom : Grand Boué est juché sur un coteau dans le Luberon, au milieu de forêts de chênes verts, de pins. Le bourg n’a guère changé depuis l’époque où tu fréquentais ces lieux : de belles maisons en pierre, une église superbe où tu t’es mariée, comme tes ancêtres avant toi, depuis plus de quatre générations que j’ai pu remonter.


Ces lieux ne sont pas sans similitudes avec Saint-Julien où tu as vécu après ton mariage le 28 avril 1761. Tu avais 22 ans, Jean Audibert 49 ans. Et bien, cette différence d’âge ne me gène nullement, j’ai une grande estime pour Jean, mort si rapidement après cinq années de mariage. Le temps de faire quatre enfants… et encore mon aïeul, Jean François est né deux mois après le décès de son père.

Magdelaine, Magdeleine, comment as-tu eu la force, alors que tu étais enceinte, d’enterrer ton deuxième bébé, âgé d’un an en 1764, puis ton époux mort si brutalement en 1766. Ensuite de tenir l’auberge, d’élever ces trois pitchouns ? Tu étais si seule.



A Grambois, nous avons marché sur ces rues pavées avec des escaliers muletiers, comme les familles Allier, Bounaud, Asse,etc. ont pu le faire depuis des siècles.


cliquer pour agrandir

Tes ancêtres : Francois, Joseph, Dominique, Anthoine, ALLIER étaient ménagers; ils possédaient la terre qu’ils cultivaient.

Justement, il y existe encore un lieu-dit Les Alliers.

Tu penses bien que je suis allée voir ces bastides, en supposant que c’était là que demeurait ta famille. Je ne sais pas quelle maison tu as connue. Au XVIII la famille Allier est devenue prospère, les enfants étaient nombreux, il y a deux corps de logis disposés en U. Le pigeonnier carré, le puits couvert d’une coupole, le four à pain ont été conservés.


Tu serais bien étonnée de voir comme ce groupe de fermes a été rénové avec soin, elles accueillent des touristes étrangers actuellement.


Combien de fois, Magdelaine et ta famille, avez-vous parcouru la route entre Grambois et Saint-Julien ?
Grambois vu des Alliers
Entre ces deux bourgs la route serpente longuement dans la verte Provence des forêts.

A l’approche de Mirabeau, Saint-Julien apparaît tel le rivage des Syrtes émergeant de la brume de l’aurore (disait mon génial professeur de français qui habitait Mirabeau).
Traverser la Durance devait être une épreuve car le bac affrontait les eaux tantôt tumultueuses tantôt asséchées. 
Chaque fois que je passe à cet endroit je pense à toi encore Magdelaine.

2016-08-26

Magdelaine, jeune veuve en 1766

Dans l’article précédent, nous avons été témoins des dernières volontés de Jean Audibert qui est décédé le 17 juin 1766.
On trouve dans ce même registre plusieurs actes témoignant des affaires que sa veuve a dû gérer, elle est toute jeune, elle a 25 ans et vit loin de sa famille qui demeure de l’autre coté de la Durance à Grambois en Luberon.

Laissons Magdelaine montrer comment elle se débrouille au cours des premières semaines de son veuvage. C'était il y a exactement 250 ans. 


- Ma chère Magdelaine,j'ai raconté plusieurs épisodes de ta vie et les lecteurs de ce blog me demandent de tes nouvelles.
Comment s'est passé cet automne 1766 ?

Je devais être courageuse c’est ce que tout le monde me disait. Jean est parti si vite, cinq années de mariage et la mort l’a emporté en quelques jours. Dans ses dernières heures, il m’a demandé de bien m’occuper de nos petits, il m’a fait ses recommandations, me disant qu’il avait confiance en moi.
Je ne suis pas aussi instruite que mon mari, je ne sais pas écrire, ni signer, mais il fallait que je sache compter et m’organiser pour survivre et élever nos trois enfants.
J’ai passé plusieurs actes dont j’avais besoin, ils sont écrits dans les registres de maître Bon et de maître Jauffret.


Le jour de 4 septembre 1766 où je suis allé céder la ferme de droit de fournage, j’étais accompagnée « avec l’assistance et authorization et du consentement exprès de François  Allier, mon père ».

Vous croyiez que la femme demeure une éternelle mineure n’ayant pas la gestion de ses biens, ni la tutelle de ses enfants. Et bien… mon défunt mari m’a « nommée tutrisse et administaraisse » ainsi que le notaire en a fait lecture le 13 septembre. Pour l’insinuation du testament, il a fallu payer 52 livres 14 sols et 11 deniers.

 oliviers et amandiers 
Le 16 septembre j’ai donné un bail à mégerie, pour quatre années, de trois terrains que notre famille possède.
Une mégerie (miège signifie demi), c’est un bail à moitié, dans lequel on partage les récoltes en échange des soins des cultures. Chacun y trouve son compte, pour moi je ne vais pas travailler sur les terres puisque je dois m’occuper des enfants et de l’auberge. Cela m’enlève un souci car je ne puis émonder les oliviers tailler la vigne, récolter les amandes et les olives... et les gerbes que ledit Gillet s’oblige de charier le tout et fouler à ses frais et dépens.

Bail à mégerie 16/9/1766
et quant aux gueres consistant en la terre dit de la Condaminée guerée de deux railles, les deux autres terres en restouble qu’il le sont a la fin de la megerie ledit Gillet s’oblige de laisser dans le meme etat qui les trouve  
Vous savez que la terre doit se reposer, ainsi les terres moissonnées sont laissées en chaume dits restouble. Le guéret est la terre labourée qui doit rester en jachère partiellement, on n’ensemence que deux railles.
Et quant aux fumiers les parties ont convenu d’y mettre auxdites terres la moitié chacun de son chef . Et la semence pour ensemencer elle sera fournie par egalle part par chacun de nous. 

Ce terrain des Condamines, Jean venait de l’acquérir en septembre de l’année précédente. L’acte d’achept est dans le même registre. Antoine Berne, le vendeur avait besoin d’argent pour la dot de sa fille Françoise. Il reçoit 10 livres le jour de la signature et les 150 livres restantes sont payées par l’acheteur en un parts de mariage. Jean pouvait ainsi agrandir sa propriété qui confronte celle-ci au levant.


A la fin de l’été, ce n’est pas encore la période pour cueillir les olives et les vendre au moulin à huile.
 En attendant, il a fallu faire rentrer de l’argent. J’ai emprunté 169 livres à Guillaume Hugou, le maître cordonnier, un ami qui était présent au chevet de Jean. Au titre de cette amitié il a eu la gentillesse de me prêter sans intérêts, je lui rendrai en septembre de l’an prochain. Pour écrire cette reconnaissance de debte,  le 8 octobre, le notaire, Maitre Bon s’est cru obligé de préciser qu’il est venu « dans la maison où elle habite attendu son infirmité ». Je n’ai pas osé lui dire que ce n’est pas une maladie que d’être enceinte.

L'an mille sept cent soixante six au mois d'octobre,  sépulture, baptême
Le 12 octobre, on a enterré ma belle-sœur. Magdelaine Maillet épouse Audibert, nous sommes quasi homonymes et cela me gène un peu. Je ne suis pas allée au cimetière, je me sentais trop lasse.
Jean François est né le lendemain, lundi 13 octobre. J’aurais tellement voulu que ce petit connaisse son père. Je vais le chérir beaucoup ce petit orphelin qui porte son prénom. Si c’était une fille, elle se serait appelée Françoise pour remplacer mon deuxième bébé qui a vécu si peu de temps.

Ma sœur Marguerite est venue  m’aider, j’ai vraiment apprécié sa présence, je lui ai demandé d’être la marraine de mon bébé.

Quittance, le 14/10/1766
Ah les méchants, j’en suis encore toute retournée ! Mes neveux se sont empressés de venir me voir. Même le notaire et les deux témoins ont pensé que je méritais plus d’égards « attendu mon incommodité ». Ce n’était pas une visite pour souhaiter la bienvenue à mon pitchoun qu’ils m’ont faite ce 14 octobre, lendemain de sa naissance.  Catherine, Rose et Joseph sont venus me réclamer « 30 livres 5 sols principal et 25 livres 14 sols trois deniers pour les insterets à quoy se montent lesdits insterets des dix sept années procedant la susdite somme de 30 l 5 sols pour le leg à eux faits ». Il s’agit de l’héritage de leur grand-mère, Françoise Gaillardon (sosa 345) que Jean aurait encaissé sans leur donner leur part. De surcroît, ces mauvais bougres ont eu le culot de demander les intérêts et même la part d’Élisabeth leur défunte sœur. C’était une faute de Jean de n’avoir pas payé cela plus tôt, mais franchement était-ce bien le jour de me réveiller alors que j’ai tant besoin de repos ! et leur pauvre mère morte depuis dimanche aurait eu plus d’égards pour nous.
Ils s’en sont retournés et « sont comme contents et satisfaits ont tenu et tiennent quitte ladite delle Allié »

Source des actes : AD 83, registres de notaires 3E14 475
Bibliographie
Thérèse Sclafert, Usages agraires dans les régions provençales avant le XVIIIe siècle. Les assolements