2019-07-06

Des rendez-vous dans l'escalier des Dames de Saint-Pierre

Thomas Blanchet presse le pas, son rendez-vous est tout près. Il n’a qu’à traverser la place des Terreaux pour entrer dans le palais Saint-Pierre. Il aime ces moments de travail avec Antoinette de Chaulnes.
La jeune abbesse succède à sa sœur, Anne d’Albert d’Ailly de Chaulnes, depuis 1672. C'est son aînée qui avait commandé la construction de l’abbaye des Dames de Saint-Pierre. Ce chantier a débuté le 18 mars 1659. 

L’Hôtel de Ville de Lyon et le Palais Saint-Pierre à droite

En attendant que la porte du cloître s’ouvre, Thomas lève les yeux pour admirer l’édifice, il « se promit d’ajouter encore à tout ce qu’avait fait d’excellent La Valfenière », de l’avis de tous, l’architecte a réussi un chef d’œuvre.
Thomas qui a réalisé les décors de l’Hôtel de Ville a acquis une bonne renommée. Peintre du roi et de messieurs les échevins et prévôts de la ville de Lyon, il reçoit de nombreuses commandes.
Nous avons rencontré Thomas Blanchet dans un autre escalier, celui de l’Hôtel de Ville, il était alors au bord des larmes, car son chef d’œuvre était détruit par l’incendie.
Depuis 1679, il supervise le chantier de l’abbaye royale des Bénédictines. Stimulé par ces nouveaux projets, il apparaît bien plus guilleret.

Antoinette l’a chargé de concevoir et de réaliser la décoration de l’aile sud : en maître d’œuvre, il dirige les travaux d’aménagement de l’église et du grand escalier monumental « ainsy que Madame le veut ». Il supervise les sculpteurs, les tailleurs de pierre, les peintres, les orfèvres, les menuisiers...

Souvenez-vous : dans sa jeunesse, apprenti chez Sarrazin, il aurait aimé être sculpteur. De plus, il a aussi montré des talents d’architecte. A présent, l’escalier monumental des Dames de Saint-Pierre est achevé. Il importe de se mettre d’accord sur le choix des figures, celles qui vont compléter la décoration qui est déjà du meilleur effet dans cet escalier d’apparat. Le peintre apporte des dessins préparatoires, il veut en discuter avec l’abbesse.

Voici Antoinette, « illustre et puissante dame ». C’est une noble religieuse, mais aussi une femme éprise de gloire, elle est âgée de quarante-neuf ans en 1682. Thomas a soixante-huit ans. Je suppose que le charme opère réciproquement.


Majestueuse, dans l’écrin de la cage d’escalier d'honneur, Antoinette descend les marches très longues et fortes douces, sa main glisse sur la rampe soutenue par les balustres en marbre noir. Elle est satisfaite, à juste titre, de ce qui passe déjà pour le plus bel escalier du royaume.


Dans chacun des quatre coins de la voûte, sur les pendentifs du plafond, les Renommées ailées soufflent dans leur trompette la gloire de l’abbesse.


Les huit Béatitudes, allongées sur les frontons, leur répondent en vantant les vertus de l’abbesse. La supérieure du monastère sourit à l’artiste, elle le félicite pour ce magnifique décor en stuc blanc.


Thomas est impatient de lui montrer les projets pour les Vestales, il explique qu’elles portent un flambeau pour éclairer l’escalier d’apparat. La religieuse demande si ce n’est pas une figure trop païennne. Thomas, féru de mythologie, depuis son séjour à Rome, explique que ces prêtresses vouées à la chasteté sont chargées d’entretenir le feu sacré. Ces symboles plaisent à Antoinette qui tient à sa réputation.

Il s’agite en ouvrant fébrilement un autre carton de dessin, serait-ce une surprise, ou une commande particulière ?  Il détaille ce projet qui surmontera de la porte de la chapelle : Au-dessus des deux putti qui jouent, nous pourrions placer une couronne de palmes.
Et au centre ?  demande Antoinette 
Ce sera votre portrait, très-haute et très-puissante dame. J’imagine un buste en marbre de Carrare.

Putti med oval ram,  Stockholm Nationalmuseum 

De nos jours, les visiteurs du musée des Beaux-Arts de Lyon peuvent admirer cet escalier monumental. La moitié des dix-sept sculptures, dessinées par Thomas Blanchet, ont disparu et certaines ouvertures ont été fermées.
La lumière a changé, mais on peut encore imaginer que Thomas et Antoinette montent les degrés en causant de cette magnifique réalisation, parmi les meilleures œuvres d’architecture de leur époque.
Certains dessins de Thomas Blanchet sont conservés à Stockholm au Nationalmuseum.

Bibliographie
Le Palais des arts. Ancienne abbaye royale des dames de Saint-Pierre. Sa construction, son histoire par Marcel Hervier, Impr. Audin, 1922 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65737725/f23.image
Charvet, Léon , Réunion des sociétés savantes, section des beaux-arts, 1893, page 100
Galactéros Lucie, Thomas Blanchet, Ed Arthena, 1991
Patrice Béghain, Dictionnaire historique de Lyon, Lyon, ed. Stéphane Bachès, 2009, page 1183


Voici les billets qui mettent en scène Thomas Blanchet :
7-  Épouser deux fois la même femme
8- Des rendez-vous dans l'escalier des Dames de Saint-Pierre
Voir aussi l'article Wikipédia  que je viens de créer :
Escalier d'honneur des Dames de Saint-Pierre

2019-06-22

Épouser deux fois la même femme


- Ma très chère femme, dit Thomas à son épouse Anne, j’ai décidé de faire un testament en votre faveur.
Thomas Blanchet se rend chez son notaire où une surprise va lui causer du souci, puisque maître Jacques Romieu constate que l’acte de mariage n’est pas conforme.

- Chère Anne, nous devons nous marier une seconde fois, annonce Thomas. Nous irons dans notre paroisse Notre-Dame de la Platière.
On sait que « le sanctuaire a été embelli sur le dessein de Thomas Blanchet qui a peint cinq petits tableaux et deux dans le chœur représentant "La purification de la Sainte Vierge" et "La mort de la Sainte Vierge"


- Comment est-ce possible ? s’étonne Anne, inquiète. Cela fait cinq ans que nous vivons comme mari et femme. Tout le monde constate que nous assistons à la messe en bons chrétiens dans cette église. On ne va tout de même pas me reprocher d’avoir abandonné la religion protestante.
- Thomas rassure sa femme : Ce n’est pas cela le problème. Vous souvenez-vous, le 26 mars 1668, nous étions impatients de nous unir, nous avions demandé une dispense à Monseigneur l’abbé Antoine de Neuville. Nous l’avons remise au frère gardien du couvent de l’église des religieux de Saint-François de la Guillotière. Il a bien voulu célébrer nos noces. Mais voilà, cette dispense est perdue, aujourd’hui, « il ne s’en peut rien trouver dans les registres ».
-  Qu’allons-nous faire à présent qu’Antoine de Neuville est décédé ?
- Je vais m’adresser à monsieur le Révérend vicaire général, substitué de l’archevesché, pour qu’il nous accorde une dispense, afin que l’on puisse renouveler notre consentement, dit Thomas, sachant qu'il peut compter sur des relations influentes.


Ainsi fut fait, le mariage est célébré le 4 juillet 1672.

Le 6 juillet suivant, Thomas signe son testament, en désignant damoiselle Anne de la Couche « sa très chère femme » comme son héritière universelle, « à laquelle il veult entend tous ses biens délaisser et advenir ses debtes légats intérêts et œuvres pies premièrement payé et aquité. »


Regardez la signature d’Anne, au bas de l’acte de mariage. Elle rature la première syllabe de son nom. N’avait-elle pas suffisamment de place ?
Son patronyme est répertorié sous différentes formes :
Anne de la Cauche, La couche, de la Conche, delacouche, delacoche
J’adopte celle-ci, plus appliquée, qui ne laisse aucun doute.


Des mauvaises langues disent que cette femme avait un caractère exécrable.
Quant à Thomas, « son caractère aimable le faisait rechercher dans les sociétés où il allait se dédommager de tous les déplaisirs que lui causaient l’humeur bizarre de sa femme. »
« La vivacité de son esprit répendoit beaucoup d’agrément dans la conversation ».  
On peut l’imaginer dans les salons où il a dû rencontrer les plus belles femmes de Lyon » dont il peignit les portraits.
A-t-il été malheureux dans son mariage ? 

Thomas a survécu à son épouse, il semble qu’Anne est morte entre 1681 et 1685.

Avez vous lu ces billets qui mettent en scène Thomas Blanchet :

7- Épouser deux fois la même femme
Sources:
Thomas Blanchet (1614-1689), Lucie Galactéros de Boissier, Paris, Arthena, 1991
Archives de Lyon, BMS
AD 69, 1er testament de Thomas Blanchet
Charvet Léon, Vie et œuvres de Thomas Blanchet in Réunion des sociétés savantes, section des beaux-arts, 1893
Lire sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206212r/f148.image

2019-06-09

Le May de Thomas pour Notre-Dame

Fort inquiet, Thomas Blanchet m’a contactée, car il a appris que le feu avait détruit Notre-Dame de Paris.
- Donnez-moi des nouvelles, j’ai eu vent de l’actualité de votre époque. Je suis mort depuis 330 ans, cependant, je jette un œil sur vous. J’ai senti l’odeur de l’incendie qui a brûlé la cathédrale Notre-Dame, le 15 avril 2019. Cette catastrophe a réveillé en moi d’horribles souvenirs.

- Cher Thomas, j'imagine le cauchemar que vous avez vécu lors de l’incendie de l’Hôtel de Ville de Lyon, en 1674. Je voudrais vous rassurer, nous allons reconstruire la cathédrale de Paris.

- Ah tant mieux ! Vous a-t-on dit que l’un de mes tableaux se trouvait là ?
- Le May  ? Ne craignez rien, il n’y est plus.
- Oh cela m’inquiète, où l’avez-vous mis ?
- On peut l'admirer au musée d’Arras, dans la salle des Mays, parmi les treize toiles provenant de Notre-Dame de Paris.
- A-t-il été abîmé ?
- Les spécialistes l'ont bien restauré, il en avait besoin, car le mauvais état ne permettait pas d’apprécier le coloris, la lumière, ni le modelé des figures[1]. D’après la conservatrice[2] : « L’œuvre a retrouvé son éclat, ses coloris clairs et précieux, sa luminosité rosée et légèrement voilée. »

- Je vois que l’Histoire n’a guère respecté nos œuvres.
- Je suis désolée de vous apprendre que les guerres et les révolutions ont causé des dégâts. Cependant, plusieurs tableaux ont été préservés. 

J.F. Depelchin. Vue intérieure de Notre-Dame en 1789. Paris, musée Carnavalet

- Soixante-seize Mays se trouvaient à Notre-Dame[3]. Le 15 décembre 1793, votre tableau est sorti, il a été confié au Louvre, puis envoyé à Arras en 1938.
- Qu’est-il advenu des autres Mays ?
- Une partie des tableaux a pu revenir à Notre-Dame. Avant l’incendie du 15 avril 2019, il restait treize Mays dans les chapelles de la nef.
- Et maintenant, sont-ils intacts, ou … (je n’ose l’imaginer) ... les Mays de mon ami Charles Le Brun ont-ils été brûlés ?
- Ils ont été sauvés. Je vais vous montrer le Tweet du Musée du Louvre.
Savez-vous que le palais du Louvre est devenu un musée prestigieux ? Deux tableaux et vingt-quatre de vos dessins sont conservés dans les collections.


-  Alors toutes mes œuvres ne sont pas perdues ?
- Les musées, les collectionneurs en possèdent, parfois il s’en vend sur les marchés de l’art.

Regardez, c’est votre projet du May,  mis au carreau à la sanguine.
Il figure dans la collection des maîtres anciens, parmi les incontournables du Kunstmuseum de Bâle[4].

Th. Blanchet, L'Enlèvement du Saint Philippe, Bâle, Kunstmuseum 
- Tiens, ils ont traduit le nom ! Mon May s'intitule « Le Ravissement de saint Philippe ».
J’ai dessiné à la plume et au pinceau, j’ai ajouté des lavis d'encre brune et d'encre grise et j’ai éclairé la scène avec des rehauts de blanc. 
Il existe d'autres répliques de ce tableau : croquis, gravure, dessin ... 
- Racontez-moi comment vous avez peint votre grand May.
- En 1663, la Confrérie des Orfèvres de Paris m’a commandé un tableau votif que je devais réaliser pour l’offrande du premier de May à la Sainte Vierge.
C’est une ancienne tradition qui date du moyen-âge. Jusqu’en 1630, on produisait de petits Mays, mais après ils voulaient de grands formats, mesurant 11 pieds de haut (soit environ 3,50 m) sur 8 pieds 6 pouces de large (soit environ 2,75 m).
Je me souviens : en 1632, j’avais dix-huit ans, je fréquentais encore l’atelier de Simon Vouet. Cette année-là, c’est Aubin Vouet, son jeune frère qui réalisa le May.
En 1663, je vivais à Lyon, ce fut pour moi un honneur d’être sélectionné parmi les meilleurs, cela m’a fait plaisir de revenir à Paris pour présenter cette œuvre.
- Qui a choisi le sujet précisément ?
Le thème du tableau devait être tiré des actes des apôtres de Saint Luc. Les Chanoines de la cathédrale se montraient exigeants. La fête de Saint Philippe était alors célébrée le 1er mai, illustrer l’histoire de ce saint pour cette date m’a paru une bonne idée.
- Avez-vous le temps de nous en dire un peu plus sur le sujet de cette scène ?
- Voilà le récit : Philippe marchait sur la route de Jérusalem à Gaza, lorsqu’il rencontra l’eunuque, trésorier de la Reine Candace d’Éthiopie. Invité à monter sur son char, il discuta un moment avec lui. A sa demande, il le baptisa, et «quand ils furent remontés de l’eau, l’Esprit du Seigneur enleva Philippe et l’eunuque ne le vit plus »[5].  
Avec l’envol de Philippe entraîné par l’ange, j’ai voulu que l’on voie un opéra baroque, dans le goût italien. Je me suis inspiré d’un tableau de Poussin et d’autres que j’ai rencontrés à Rome.
- On a dit que votre May était l’un des plus réussis de ceux de Notre-Dame.

Voici les billets qui mettent en scène Thomas Blanchet:
6-  Le May de Thomas pour Notre-Dame





1 Thomas Blanchet 1614-1689, Lucie Galactéros, Ed Arthena, 1991, p.353
[2] Annick Notter, conservateur en chef du musée des Beaux-Arts d’Arras, in L’objet d’art n°334
[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_Mays_de_Notre-Dame
[4] https://kunstmuseumbasel.ch/fr/collection/incontournables#&gid=1&pid=12
[5] Acte des Apôtres VIII, versets 26-40

2019-05-05

Quand les amis de Thomas l’appelaient Tomaso

- Ciao Tomaso ! Viens te joindre à nous, la vie est belle à Rome.

Johannes Lingelbach
Thomas Blanchet dont j’ai pu retracer le voyage qu’il a entrepris avant 1645 a pris le temps de visiter l’Italie et de découvrir de visu les peintures dont lui avaient parlé ses maîtres parisiens.
Comme pour beaucoup de jeunes peintres du XVIIe siècle, Rome est le but de sa pérégrination.

Notre artiste trouve facilement une colocation dans le quartier du Trident, proche de la piazza di Spagna. C’est à deux pas de la via del Babuino où habite Poussin à qui il doit remettre une recommandation de son maître Simon Vouet. D’ailleurs, dans l’entourage de Nicolas Poussin gravitent de jeunes artistes italiens, français, flamands, espagnols que côtoie Thomas.

Il déménage plusieurs fois, au gré des rencontres, mais en restant toujours dans le même quartier des paroisses San Lorenzo di Lucina, puis San Nicolà in Arcione. 

Sur cette carte de Rome, voici les lieux où l’on pouvait croiser Thomas et ses amis.

Avec ce lien sur Google My Maps
cliquez sur les lieux  
Le nom de Thomas Blanchet (ou ses variantes) apparaît entre 1647 et 1653 dans les stati d’anime.






La vie est agréable pour les peintres, stimulés par la richesse artistique de cette ville et attirés par la facilité à nouer des relations amicales pour travailler et se divertir.

J. Lingelbach, Le Campo Vaccino à Rome, 1653

« Tomaso, viens goûter le vin nouveau, nous commençons une partie de cartes.»
«Tomaso, nous partons pour Tivoli, nous accompagneras-tu ? Nous allons dessiner sur le motif.»

Les sollicitations ne manquent pas; les fêtes, les spectacles, les opéras, les oratorios donnés dans les églises, et même les funérailles avec leurs cortèges attirent les Romains.

Les artistes vivent dans la familiarité des vestiges de l’Antiquité que l’on redécouvre. Notre Signore Blanchet, ou plutôt : Thomaso Blasu, pittore, se passionne pour l’histoire de l’Empire romain, il s’inspire de la mythologie pour peindre les sujets de ses tableaux. 
Ces vedute, sont des tableaux de petit format, sur des sujets antiques, dans des paysages de ruines.

Thomas Blanchet, paysage 1650

Andrea Sacchi conseille à son élève :
« Tomaso, nous savons que tu es excellent dans la réalisation de vedute, mais à présent, tu dois te confronter à de grands formats.
Es-tu allé au palazzo Barberini pour admirer le plafond de Pierre de Cortone ?  Accompagne-moi, je vais te présenter  Pietro, c'est mon ami. »

Pierre de Cortone _ Palazzo Barberini,Roma
Beaucoup de chantiers sont en cours dans la Ville éternelle. Le 12 juin 1651, Le Bernin est à l’honneur, sa Fontaine des Quatre Fleuves est inaugurée sur la piazza Navona. Thomas va s’en inspirer plus tard. L'estime est réciproque, car on dit que Le Bernin le tenait en grande considération. 

Le Bernin, Fontaine des Quatre Fleuves, Piazza  Navona, Rome

D’un atelier à l’autre, Thomas s’instruit auprès des maîtres qu’il admire. Il échange avec le cercle de ses amis peintres, sculpteurs, architectes.


Ecoutez les jeunes, ils appellent Thomas pour participer aux festivités :
les bals, les farces, les courses à la bague ou aux taureaux dans les rues...

« Tomaso, c’est le temps du Carnaval, viens t'amuser avec nous. »
Thomas répond qu’il rejoindra ses amis lorsqu’il aura terminé les décors qu’il doit livrer.
J. Lingelbach, Carnaval à Rome

On se demande si Louis, son frère (sosa 2850) a pu le rejoindre à Rome et profiter de cette formation ou s'ils se sont retrouvés lorsque Thomas Blanchet a été appelé pour travailler à Lyon, en 1654.

Arrivederci Tomaso, 
nous te retrouverons pour voir tes œuvres influencées par ton séjour en Italie.


Lisez les billets qui mettent en scène Thomas Blanchet :
3-  Quand les amis de Thomas l’appelaient Tomaso
5-   L’escalier de Thomas
Biblio : voir article précédent

Le voyage d’un artiste au XVIIe jusqu’à Rome

Le voyage en Italie fait rêver les artistes du XVIIe.
Suivez celui de Thomas, sur la carte que j'ai retracée dans StoryMap
avec ce lien : https://uploads.knightlab.com/storymapjs/8c3b90499bbdaf0a49849644e93e4676/voyage-de-thomas-b-en-italie/index.html

Thomas Blanchet, Cleobis et Biton, Stockholm Nationalmuseum

En 1635, Thomas Blanchet a vingt ans.
À l’issue de son apprentissage, dans l’atelier de Simon Vouet, celui-ci lui conseille de se rendre en Italie.

- Thomas, puisque tu fais partie de nos meilleurs élèves, tu dois poursuivre ta formation chez les maîtres du Baroque. Va à Rome, pour te perfectionner auprès de mon ami Nicolas Poussin, tu lui apporteras une lettre de recommandation, en lui rappelant le bon souvenir de notre amitié.
- Je ne sais pas si mon père peut subventionner ce séjour en Italie. Mon frère, Louis (sosa 2850), entre en apprentissage, il veut être peintre comme moi.
- Ne t’inquiète pas Thomas, tu trouveras à employer ton talent et à gagner l’argent dont tu auras besoin.
- C'est un long chemin pour arriver en Italie. J'ai hâte d'y être !
- Sur la route des Alpes, fais une halte à Lyon, le temps nécessaire pour observer ce qui se construit dans cette cité marchande, la deuxième du royaume de France.

La suggestion de son maître apparaît excellente, mais aussi prémonitoire, car Thomas sera appelé à Lyon en 1655. Il y résidera jusqu’à sa mort. Jouissant d’une grande considération à son époque, il passe pour être l’artiste polyvalent caractéristique du baroque lyonnais : peintre, architecte, décorateur, sculpteur, graveur, il a laissé sa marque dans notre ville.


Traverser les Alpes se révèle une aventure périlleuse, d'après les voyageurs qui en font le récit. Si Thomas a eu l’occasion de les rencontrer à Lyon, ils ne l’engagent à prendre cette route. Pour le retour, c’est plus probable.


Je suppose que Thomas préfère descendre le Rhône en bateau jusqu’en Avignon, où il s'attarde bien sûr. Arrivé à Marseille, il a pu embarquer sur la mer Méditerranée.


Si les dates exactes de ce voyage ne sont pas connues, les historiens estiment que vers 1635-1645, le jeune homme va prendre le temps de visiter les grandes villes d’Italie, réputées comme autant de foyers artistiques incontournables pour les peintres qui veulent enrichir leur formation.
Gênes, Parme, Bologne, Venise peut-être… Le Parisien séjourne dans ces lieux où il rencontre des peintres, des architectes dont on retrouve l’influence dans ses œuvres ultérieures.

Thomas Blanchet arrive à Rome, peut-être vers 1646. En tout cas, sa présence est attestée dans les stati d’anime à partir de 1647.
À suivre...
Le prochain article racontera la vie de Thomas, à Rome.


Voici les billets qui mettent en scène Thomas Blanchet :


Sources et bibliographie
Thomas Blanchet 1614-1689, Lucie  Galactéros, Ed Arthena, 1991
Le Voyage des peintres en Italie au XVIIe siècle, Laurent Bolard, Ed Les Belles Lettres, 2012

2019-03-20

Dans l’atelier de Simon Vouet

Le père de Thomas et de Louis Blanchet vivait à Paris, au début du XVIIe siècle.
C'est notre sosa 5700, puisque Louis est notre ancêtre. Nous ne connaissons ni son nom ni celui de sa femme ; nous ne savons rien d’eux, mais nous sommes certains que ce sont des personnes de bonne famille qui ont bien élevé leurs enfants. 
Leurs deux fils sont devenus peintres officiels de la ville de Lyon. Thomas jouissait de la plus haute considération, (nous verrons ultérieurement que son œuvre a marqué son époque).

Thomas avait treize ans en 1627. Nous ignorons si sa famille exerçait dans ce milieu, cependant Thomas souhaitait être sculpteur. 
Comment son père a-t-il eu l’idée de le présenter à Jacques Sarrazin ?



Cet artiste rentrait d’Italie où il avait séjourné dix-sept ans. Il travaillait, cette année-là, sur le chantier de l’église Saint-Nicolas des Champs, avec Simon Vouet, à la confection du grand retable.
On peut imaginer le père de Thomas Blanchet accompagnant son fils pour demander si le célèbre sculpteur l’acceptait en apprentissage. Tandis que Thomas exprimait son admiration devant ses grands anges de l’Assomption que l'on modelait dans le stuc, son père expliquait comment depuis sa plus tendre enfance, le garçon s'était révélé très doué pour la sculpture.  


Thomas fut admis parmi les apprentis, mais fort déçu d’entendre que Jacques Sarrazin le jugea trop faible pour s’adonner à la sculpture. Il lui conseilla de choisir le noble art de la peintureJacques l’orienta chez son ami Simon Vouet dont il devait épouser la nièce en 1631. 
Thomas a vécu dans leur entourage, entre 1625 et 1635/40 selon les historiens *. Pourtant, il me semble que l’apprentissage de Thomas n’a pu commencer qu’en 1627, l’année où Sarrazin et Vouet, de retour d’Italie, ont travaillé ensemble à Paris.

Simon Vouet se trouvait à Rome avec Jacques Sarrazin. Appelé à Paris par le roi depuis 1626, ce peintre jouissait d’une réputation grandissante. Les commandes affluaient, car son talent était apprécié des puissants de la cour de Louis XIII. Il importa en France le style baroque italien. Thomas Blanchet lui doit sa formation.
Il est probable que le père de Thomas ait rencontré souvent Simon Vouet dont voici un autoportrait au Musée des Beaux-Arts de Lyon.

Autoportrait de Simon Vouet,  MBA, Lyon 

Ce portrait de Simon Vouet date de 1626 environ, c’est l’époque où il épousa Virginie Di Vezzo Velletrano. « Elle estoit jeune et intelligente dans la Peinture, dont elle faisoit profession par les soins que Vouët en avoit pris. »[1]

Visitant la pinacothèque Milan récemment, j’ai découvert le portrait de cette femme et nous avons pensé que le père Blanchet était heureux de la rencontrer pour lui confier son fils ainsi qu’à Simon Vouet.


Ritratto di giovane donna, Simon Vouet_ Brera Pinacoteca


Ses maîtres Vouet et Sarazin ont su transmettre à Thomas ce qu’ils avaient appris des plus grands artistes de la Renaissance, ils l’ont initié au Baroque et ils lui ont conseillé le voyage en Italie pour se perfectionner. 
Il a ensuite été appelé à Lyon pour de grands travaux.

Quant à ses parents, ils restent méconnus. Je sais qu’il ne sera pas possible d’en savoir davantage. Ils ont probablement eu d’autres enfants avec une descendance. Je pensais intituler ce billet : « des ancêtres dont je ne sais rien », mais finalement, je peux imaginer sans être trop éloignée de la réalité que mon récit est plausible. 




... à suivre
Sources:

[1] André Félibien, Noms des peintres les plus célèbres et les plus connus, anciens et modernes, Paris, s.n., 1679 ; Site Dictionnaire des Femmes de l'ancienne France. http://siefar.org/dictionnaire/fr/Virginia_Vezzi/Andr%C3%A9_F%C3%A9libien

2019-01-19

Le canal de Suez


Nous nous réjouissions de visiter en famille cette superbe exposition, au musée d’histoire de Marseille : «Marseille et l’épopée du canal de Suez ».


Mes ancêtres marins et leurs descendants ont parcouru les mers du globe. La mer Méditerranée était leur espace familier depuis l’Antiquité. Ils ont souvent traversé l’Atlantique jusqu'en mer des Caraïbes, ils ont abordé l’océan Pacifique. Ils ont contourné l’Afrique et sont allés dans l’océan Indien, et jusqu'en mer de Chine. Nul doute qu’ils ont apprécié d’emprunter le canal de Suez qui rendait le voyage plus court en évitant les dangers du cap de Bonne Espérance.


Je montrais ces parcours sur les cartes ; on admirait le courage des matelots...
A ce moment là, un homme s’approcha de nous.
Voyez-vous son ombre sur cette photo ?


Je suis ravie de le présenter à ma famille :
« Voici Bruno Tropez, mon arrière-grand-père, le capitaine au long cours.»

« Cher Bruno, je ne suis guère étonnée de te rencontrer ici, car c’est à toi que je pensais en arrivant à Marseille. »
« Ah ! Mes enfants, cela vous intéresse cette exposition sur le canal de Suez ?  »

Ismaïlia, vue générale, le jour de l'inauguration du canal maritime de Suez, 1870
« Comme tu as dû te réjouir de la construction du canal de Suez ! » 
« Tous les marins en rêvaient de ce canal, là où se rencontrent les trois continents : l’Europe, l’Asie et l’Afrique. La route pour la Chine est devenue moins longue et moins difficile. »

« J’aimerais tant que tu me racontes tes voyages en mer de Chine. »
« Que savez-vous de moi ? demande-t-il.  Je n’ai guère eu le temps de confier cela à mes enfants. Je souhaite qu’ils aient suivi ma route et soient devenus de bons marins. J’avais beaucoup d’espoir pour Marius. »
« Oh ! Bruno, tu t'es montré bien sévère avec lui, lorsqu’il était mousse sur ton bateau. Il a navigué jusqu’à la fin de la guerre. Il a conservé le service en porcelaine que tu as rapporté de Chine et nous l’avons encore. » 
« Je regrette cette réputation d’homme sévère, mais lorsque l’on est le capitaine d’un navire, il faut imposer l’autorité pour que l’équipage vous respecte. »


Bruno, lisant la date de l’événement, se remémore :
« Le canal fut inauguré en 1869, c’était l’année de la naissance de Marie Émilie. Ma fille est née après la naissance des jumeaux qui n’ont pas vécu. »


Nous nous arrêtons longuement devant cet ex-voto, que sa famille pu voir dans la chapelle Sainte-Anne, chez eux à Saint-Tropez. Bruno est admiratif :
 « Le Tigre, un puissant vapeur assure la ligne Suez-Hong Kong jusqu’en 1870. Lorsque le canal fut ouvert, il fait la liaison Marseille et l’Extrême-Orient. »
J’ai parlé de nos marins tropéziens, au conservateur du musée d’histoire maritime de la citadelle et que j’ai ainsi pu connaître leur vie. Et j'en apprends encore grâce à notre rendez-vous ancestral aujourd'hui (#RDVAncestral). 

Je suis tellement heureuse de cette rencontre avec Bruno qui s’est montré beaucoup plus bavard que lors du rendez-vous en mer des Caraïbes.

Les articles qui racontent mes ancêtres marins se retrouvent avec le tag

Sources
Les photos sont celles de l’exposition :
L’épopée du canal de Suez, Collectif, dir. Gilles Gauthier, Ed. Gallimard, Institut du monde arabe /Musée d’Histoire de Marseille, 2018.

Le vapeur Le Tigre : http://www.messageries-maritimes.org/tigre.html
Musée de la Marine : 
http://mnm.webmuseo.com/ws/musee-national-marine/app/collection (mot clé : Suez)