2019-09-05

à Bargemon


A mi-pente, Bargemon s’accroche sur l’adret d’une colline varoise et regarde au loin vers la Méditerranée.

Là-haut, le plateau de Canjuers s’élève jusqu’à 1000 m, au col du Bel Homme. L'on imagine, par temps clair, voir la mer où iront naviguer les descendants de Nicolas et Jehannette. (sosas 558 et 559)

Nos aïeux ont construit des terrasses avec les pierres du terrain, pour retenir leurs vergers d’oliviers et d’amandiers.
Les sources jaillissent en résurgence des calcaires. Sept fontaines, appréciées pour l’exceptionnelle pureté de leur eau, désaltèrent le bourg.



Les maisons se serrent à l’abri des remparts. Adossée à l’extérieur des barris, l’église du XVe siècle accueille les cérémonies qui rythmèrent  la vie mes ancêtres.


En mars 1659, fut célébré le mariage de Nicolas Raynaud et Jehannette Giranne.
Trois ans plus tard, le clocher s’écroula pendant la messe, il a été reconstruit en 1652.

Attention aux transcriptions :
Les registres de l’état civil ne sont pas en ligne à cette date, on déplore des lacunes. Cependant les associations ont relevé des listes de patronymes. Une lecture attentive m’incite à rectifier le nom de la jeune fille que les répertoires nomment Giraud(e), mais qui s’avère être Giran(nne). Les noms portent la marque du féminin en Provence. Merci à l'association des Aïeux Varois de faire des relevés de qualité. Et de me donner les cotes du contrat de mariage que je suis allée photographier à Draguignan, aux AD 83. 



Mariage entre Nicollas Rainaud fils de Sperit et de Jehannette Bouyonne
&
Jehannette Giranne filhe de Jehan et de Marguerite Troine


Nicolas (dit Marin, pourquoi ce surnom ?) meurt à l’âge de 45 ans en 1663.
Jeannette meurt à 55 ans, treize jours après son père, et un mois après son fils en 1670. Ils pourraient bien être victimes d’une épidémie. 
Leur fille, mon aïeule porte sans surprise le prénom familial de Jeanne. Jeanne Rainaud(e), (sosa 279) s’est mariée en 1681 à Fréjus, avec Louys Daumas. (Elle est la grand mère d'Ursule Talon).

Le père de Nicolas s’appelle Spérit.  Esprit, ce joli prénom provençal apparaît quatre fois parmi mes ancêtres. 
Le père de Jeanne Giran(ne), Jehan Giran est bastier, il fabrique et vend des bats.

Lisez-vous comme moi, sur ce même contrat de mariage, le patronyme de la mère de Nicolas : Jehannette Bouyonne ? ou Baujouine (comme publié sur Généanet) ? 

Il apparaît plutôt sous la forme Boisson(ne), ou Bouisson(ne) chez les habitants de Bargemon.
Je vais noter les variantes et poursuivre mes recherches pour vérifier les noms exacts.


 Il me plait bien, cet homme, rencontré dans l'église de Bargemon !

2019-08-30

À Vergons

Pourquoi les filles de Vergons vont-elles s’établir sur la côte ?

C’est la question que j’ai posée à un Vergonais, celui-ci m’a raconté qu'en effet les filles du village préféraient, comme sa mère, se marier sur la côte d'Azur plutôt que d’épouser un compagnon de leurs jeux d’enfants. Il n’allait pas jusqu’à affirmer que cela répondait à l’histoire de mon ancêtre. Mais la coïncidence me plait !  


Vergons est un bourg dans les Alpes de Haute Provence, près du col de Toutes Aures; à l’altitude de 1000 m, les pâturages sont verts, fleuris et agréables aux abeilles et aux moutons.
A la fin du XVIIe siècle, dépendant de la viguerie de Castellane, le village comptait soixante feux.
Une branche de mes ancêtres vivait là à cette époque.
Marguerite Paule est la fille de Jacques Paul et de Jeanne Mouresse
Dans le sud, les patronymes s’écrivent au féminin. A Vergons, il y a encore des familles Paul et  Mourre…

La petite Marguerite est née le 12 février 1688.
J’ai trouvé, pour l’heure, quatre enfants dans les registres (AD 04).
Jean PAUL né le 19/12/1681 –
Catherine ou Catarine PAULE née le 12/12/1684 –
Honoré PAUL né le 9/09/1690.

Marguerite a six ans lorsque sa mère meurt le 4/12/1694. Je ne sais pas si l’on fêtait les anniversaire des aînés Jean (le 19) et Catherine (le 12), mais ce mois de décembre a dû être bien triste. Qui a élevé les jeunes enfants ?

En 1717, Marguerite s'installe à Saint-Tropez, le 1er février, elle épouse Jean Baptiste Marquet, il est veuf à 37 ans, avec un petit Joseph âgé de sept ans.
Marguerite, la nouvelle épousée a 28 ans, mais le curé écrit qu’elle en a 25. Ce qui va me donner l'occasion, pour vérifier cela, de tourner les pages des registres BMS de Vergons et ainsi d'étoffer les arbres.

Trois enfants vont naître dans le couple Marquet à Saint-Tropez (source AD83) :
  •  Jean Baptiste qui porte le nom de son père est un bébé chétif, ondoyé en urgence.
« l'an mil sept cent dix sept et le dix du mois de novembre à deux heures après-midi dans l'église paroissiale de Saint-Torpez a été suplée les cérémonies du baptême par moi prêtre soussigné à Jean Baptiste Marquet fils de Jean Baptiste travailleur et de Marguerite Paule du lieu de Vergons mariés né le neuvième du courant à deux heures du matin le parrain a été Jean Baptiste Rebufel de Séranon et la marraine Élisabeth Dalere qui n'ont scu signer v+  baptisé à la maison à cause qu'il s'est trouvé en danger de mort par Élisabeth sage-femme " 
 Ce premier-né meurt à l’âge de 8 semaines.
« l'an mil sept cent dix huit et le neuf du mois de janvier a été enterré dans le cimetière de cette paroisse Jean Baptiste Marquez fils de Jean Baptiste Marquez matelot et de Marguerite Paule baptisé dans cette église le dix du mois de novembre dernier le père et les parents ont assisté à l'enterrement avec les prêtres de la paroisse… »
  • Un an plus tard, arrive Marguerite Rose qui porte le prénom de sa mère, elle vivra 68 ans.
  • Mon aïeul, Jean Joseph naît en 1721, il meurt en 1795, à l'âge respectable de 74 ans. C'est un matelot , comme son père. 

Au bout de six années de vie commune, Marguerite PAULE décède à l’âge de 35 ans, elle est inhumée le 8 du mois de mai 1723, "décédée hier de maladie".

La clue de Vergon

Nous sommes allés découvrir Vergons.
Le village actuel est moins ancien que celui habité par mes ancêtres, j'aurais aimé voir les pierres de leurs maisons...

La chapelle romane Notre-Dame-de-Valvert,  entourée du cimetière, a été construite au  XIIe siècle. Nos ancêtres seraient-ils là ? 


Il sera intéressant de déchiffrer encore les pages des registres BMS de Vergons, (malgré les lacunes) pour comprendre la famille. Déjà, quelques indices sont à explorer du côté des parrains et marraines.


2019-08-24

Séranon et Valderoure

Séranon est le berceau de la famille Rebuffel.
C'est le patronyme le plus répandu entre Séranon, Caille et Vaderoure (06).

Mon sosa 142, "Jean" Baptiste Rebufel (Rebuffel) est né à Séranon, il s’est marié à Saint-Tropez le 5 octobre 1722.
Son contrat de mariage nous apprend qu’il est le fils de Philip Rebuffel et de feue Jeanne David. Le notaire et le curé ont inscrit Davite au féminin, le notaire écrivant qu’il est né à Séranon, le curé qu’il est originaire de la paroisse de La Val de Roure.
On ne peut consulter l’état civil de Séranon qu’à partir de 1692 et les homonymes ne me permettent pas d’établir leur arbre ascendant.
Voilà quelques imprécisions qui ne m’avaient pas embarrassée au début de mes recherches, trop heureuse d'avoir situé Séranon sur la route Napoléon, entre Grasse et Castellane, où j’étais passée peu de temps avant de découvrir ces ancêtres.  

En juillet 2015, j’ai voulu visiter Séranon, ce qui m'a apporte beaucoup d'éléments géographiques, de ressenti pour comprendre cette famille, mais aussi plusieurs questions sur leur lieu de vie.


Séranon est un village des Alpes-Maritimes à 1100 m d’altitude. Il se niche
aux confins du Var et des Alpes-de-Haute-Provence.

Dans ce toponyme : serre montagne en occitan. C'est un éperon rocheux calcaire, où s’accrochent le « vieux Séranon » et le château médiéval, mentionné en 1252.


Au Moyen-Age, la route entre Grasse et Castellane était un lieu de passage important, les voyageurs devaient s’arrêter à Séranon, pour acquitter un péage, lorsqu’ils se rendaient aux foires.

Il ne subsiste qu’une partie de la chapelle de Gratemoine (XIe siècle), possession de l’Abbaye de Lérins.



Grimpons ensemble sur le chemin qui menait au château. Il ne reste que des ruines. Le vieux village proche du château a été déserté par les habitants qui se sont installés dans les vallées, entre 1748 et 1774.

Le col de Séranon à 1300 m est le passage entre les deux vallées.
Valderoure : "la vallée des chênes", était à l’époque de mes ancêtres un hameau de Séranon ; c’est devenu une commune indépendante en 1790. 

En rédigeant cet article, je viens de trouver un frère de Jean, grâce à un arbre mis en ligne avec Geneanet. Pierre Rebuffel s’est marié, en 1708, à Valderoure où sont nés ses enfants. Sa descendance s’est établie à Saint-Tropez.
Quelle belle surprise de pouvoir correspondre avec les descendants de nos ancêtres, deux siècles plus tard ! Voilà comment partir en voyage ou écrire un blog contribuent à agrandir les expériences généalogiques.

En août 2019,

Nous avons eu envie de retourner à Séranon pour que mes enfants apprécient ce lieu superbe. 
Une crête rocheuse sépare les deux vallées qui ont abrité nos ancêtres jusqu’au début du XVIIIe siècle. La lumière est provençale, cependant la fraîcheur de l’air alpin est appréciable après la traversée du plateau de Canjuers. Lorsque nous arrivons à Séranon, le vent s’est levé, il amène d’inquiétants nuages gris acier, de plus en plus noirs, ils ont remonté au galop les gorges du Verdon et débouchent avec fracas sur le village.

L’aubergiste qui nous accueille avec le sourire, explique que tous les jours un orage éclate, un déluge lave le ciel et tout redevient calme. Un jeune homme, chasseur d’orages, confirme que Séranon est habitué à recevoir cette pluie qui verdit les prés. Caille qui est aussi un hameau de nos ancêtres a la particularité d’avoir des nuits très fraîches, il n’est pas rare de relever 6° au mois d’août.
Philip Rebufel (sosa 284) et Jeanne David (sosa 285) se sont mariés à Caille. Je ne pourrai en savoir davantage sur leur famille. Mais aujourd'hui, je connais un peu mieux leur  belle région. 

Leur fils, Jean Baptiste Rebufel, travaillait la terre dans la montagne. Le dépaysement a dû être important lorsqu’il est devenu laboureur, à Saint-Tropez, vers 1722. 

Bibliographie
R.J.Aubenas, Les vallées de Séranon et de Valderoure des origines à 1815, Ed. Mémoires et travaux de l’Association Méditerranéenne d’Histoire et d’Ethnologie, 1976

2019-08-15

Dix ans pour écrire 100 mots


Le billet précédent, si bref, a nécessité quelques heures d’écriture, mais il résume d’une dizaine d’années d'exploration. Chaque fait relaté n’a pu être découvert que lorsque j’étais capable de le lire.

J’ai longtemps bloqué avant de trouver la famille Simon installée à Saint-Tropez en 1733. Je ne savais où localiser ce patronyme, tellement banal qu’il se retrouve dans quatre branches de ma généalogie. Une variante orthographique inattendue ajouta une embûche supplémentaire : l’aïeul de François Simon est marqué Pierre Samoun, à Fréjus.

C’est en feuilletant attentivement toutes les pages de ces énormes registres de l’inscription maritime, conservés aux archives de la marine à Toulon, que j’ai compris la raison de ces difficultés. 


Au SHD de Toulon, le registre 4P 56 n’est pas consultable, car il est trop abîmé ; il m’aurait renseigné sur les voyages effectués entre 1748 et 1763.  Dommage !
Lorsque je commande la cote 4P 57, je ne sais pas exactement quels marins sont répertoriés, j’espère y trouver François Simon (et d’autres).


C’est avec tristesse, mais avec grand intérêt que je découvre que mon aïeul est décédé à Constantinople, en 1765. 
La plupart des actes concernant mes ancêtres indiquent qu’ils sont morts chez eux à Saint-Tropez. Voilà qui paraît étonnant et rassurant pour des marins. Jusque là, pas de noyade, pas de naufrage, pas de maladie en terre étrangère, malgré leurs périples en mer. Alors je ne m’attendais pas à cette surprise qui confirme leurs voyages lointains vers les échelles du Levant. 


La naissance de Bruno Simon, le fils de François

AD 83, Saint-Tropez, BMS, 1762

Après l'avoir longtemps cherchée, je l’ai enfin trouvée, il y a quelques jours en rédigeant le billet précédent. Avec l’âge approximatif donné par différentes sources, (27 ans en 1792 ; 70 ans en 1836 au recensement de 1836 ; 79 ans à son décès en 1840) comment ne pas se perdre dans les registres entre 1766 et 1761 !
De plus, l’acte apparaît presque illisible et s'est dérobé à mes premières lectures.

Par déduction, en retraçant la ligne de vie de ses parents, j’ai pu supposer qu’il était né en 1761/62, l’année suivant leur mariage. Dans notre arbre, les enfants naissent dans l’ordre préféré par la société d’alors, ils ne sont pas conçus hors mariage, ce qui jusqu’à présent facilite les recherches. 
Cependant, la naissance de sa sœur Marie Anne Ursule vient poser un problème inattendu que j’essaie d’éclaircir …

2019-08-08

Un marin, de Saint-Tropez à Constantinople


Raconter en 100 mots, la vie d’un ancêtre.

François Simon

La vie de mon aïeul fut si brève. Âgé de 34 ans, il mourut à Constantinople, le 14 novembre 1767. Il avait embarqué le 20 juillet 1765, pour sa deuxième Caravane au Levant.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b69495348/f1.

En six années de mariage, il n’a guère vécu près de sa femme, Ursule Talon.
Avant de partir, il a eu le temps de concevoir Marie, sa fille qu’il n’a jamais vue. Son petit Bruno (sosa 34) avait trois ans.

Registre 4P57
Son septième voyage en mer fut le dernier.
Un destin tragique comme celui de son père, de son frère : des marins décédés loin de chez eux. 

Marins en Méditerranée est le thème des 26 billets écrit pour un  ChallengeAZ. La famille de Bruno navigue là :

2019-08-01

Une vie exceptionnellement remplie


Thomas Blanchet en 100 mots et une timeline.


La vie de Thomas Blanchet (Paris 1614-Lyon 1689) dura 75 ans.


Apprenti chez Simon Vouet, il effectua le voyage des artistes jusqu’à Rome. Ses amis l’appelaient Tomaso lorsqu’il séjournait en Italie. 
Appelé pour décorer l’Hôtel de Ville de Lyon, il réalisa plusieurs chefs-d’œuvre. Quel fut son désespoir en constatant que l’incendie avait tout brûlé ! L’escalier des Dames de Saint-Pierre témoigne encore de l’originalité de ce maître du Baroque.

 à voir sur https://time.graphics/fr/line/247461










Artiste célèbre, érudit, peintre, décorateur, sculpteur, architecte, il fut bienveillant et apprécié de tous ceux dont il honorait les commandes.
L’oncle de Marie a veillé sur elle et sur sa famille.

2019-07-27

Marie auprès de son vieil oncle


Au mois de juin 1689, Marie Blanchet (sosa 913) s'inquiète pour son oncle Thomas Blanchet. Le vieil homme perd ses forces, elle le voit diminuer. À maintes reprises, il lui a confié qu’il sentait sa fin proche. Quittant la chambre du malade, elle rejoint dans leur appartement voisin Louise Balley, sa mère (sosa 1827).

Hôtel de Ville de Lyon

Celle-ci déclare qu’elle a vu passer dans la cour de l’Hôtel de Ville de Lyon, à deux reprises, le 15 et le 16 mai 1689, le notaire Perrichon qui entrait au domicile de son beau-frère. Elle pense qu’il a confié ses dernières volontés. Cet acte remplacerait son premier testament. Louise suppose que sa fille est l’héritière universelle de Thomas Blanchet.


En effet, le testateur « a fait, institué et nommé de sa bouche son heritiere universelle et de plain droit assavoir Marie Blanchet sa bien chere niece et fille de deffunct sieur Louis Blanchet son frere, à laquelle il remet tous ses biens et droits presents et advenir incontinans apres son decedz. »

Marie paraît trop jeune pour gérer cette énorme succession, même si son oncle a tout prévu. Dans le codicille ajouté le 16 mai, il a pensé à donner précisément à chacun les sommes désignées sans que l’on puisse réclamer davantage à sa nièce, sous peine de ne rien recevoir. Marie n’a que seize ans, le mari de sa mère assurera la tutelle. Paul Bertaud est voyer de la ville de Lyon. Il est proche de Thomas qui lui fait confiance, il saura assister Marie et remplacer Thomas qui était le tuteur de sa nièce.

porte de l'église Saint-Pierre, Lyon 1er
« Je vais chez l’apothicaire, j’aimerais rapporter quelques potions pour soulager le malade » annonce Marie.
En passant devant l’église Saint-Pierre, elle pousse la porte, elle entre, et remonte lentement l’abside, en admirant successivement les cinq tableaux imaginés par son oncle, ils représentent la vie de saint Pierre. Elle s’agenouille pour prier en face du maître-autel en marbres polychromes, éblouie par l’œuvre exceptionnelle que Thomas Blanchet réalisa en 1678 : le tabernacle en bronze doré cantonné de putti d’argent.
L’abbesse Antoinette d’Albert d’Ailly de Chaulnes s’approche de Marie, « Ma chère enfant, je me joins à vos prières. Comment va notre artiste ? »
Marie avoue son inquiétude.

Elles traversent ensemble l’escalier d’honneur, Antoinette se montre très satisfaite de cette réalisation de Thomas. Une porte donne sur le cloître du monastère où les Bénédictines déambulent en méditant.

Marie est touchée par la bienveillance de l’abbesse, chez qui elle découvre une véritable amitié pour Thomas. Elle lui confie :
« Étant le frère de mon père qui est mort lorsque j’étais dans ma troisième année, il s’est beaucoup occupé de ses neveux. Mon oncle m’a souvent raconté que leur famille vivait à Paris, au début du siècle. Il se souvient de leur apprentissage dans l’atelier de fameux artistes parisiens : Jacques Sarrazin, Simon Vouet. Louis, mon père a suivi la voie tracée par son aîné, comme lui, mais moins prestigieux, il devenu peintre officiel de la ville de Lyon.  Les deux frères ont travaillé ensemble sur de grands chantiers. Je suis fière de mon oncle qui est une personnalité honorée par les consuls et l'entourage du gouverneur de Lyon."
Antoinette ajoute que sa famille considère que les chefs-d'œuvre, conçus par l’artiste dans l’abbaye Saint-Pierre, augmentent leur prestige tout en célébrant la gloire de Dieu.
« Ce vieillard a atteint 75 ans et il a réalisé tant d’œuvres admirables. Ces dernières années encore, il a peint des décors et des plafonds sur des chantiers importants. Il y a trois ans, il a organisé les funérailles de Nicolas de Villeroy et dessiné son monument funéraire dans l’église des Carmélites. »

Tombeau de Nicolas de Villeroy
« Dire qu’on le jugeait trop faible de corps et de membres lorsqu’il était jeune apprenti ! Pourtant, quelle vitalité il a montrée au cours de sa longue vie » s’exclame Marie. « Il a voyagé depuis Paris jusqu'en Italie, il a fait des allées et venues entre Lyon et Paris. »

« Dieu fasse que sa santé se rétablisse et qu’il puisse rester parmi nous ! Je demanderai aux nonnes de prier pour lui. »
« Allez de ma part, ma chère enfant, rendre visite à la sœur apothicaire qui vous fournira des remèdes. »

...

Ce récit est totalement fictif. Je m’appuie sur le testament de Th. Blanchet pour imaginer l’attachement de Marie à son oncle, comme je l’avais fait dans cet épisode où elle apparaît, petite fille habitant dans l'Hôtel de Ville de Lyon.

Voici les billets qui mettent en scène Thomas Blanchet :

8- Des rendez-vous dans l'escalier des Dames de Saint-Pierre
puis Marie Blanchet, et ensuite sa fille :                                           
Carmélites

2019-07-06

Des rendez-vous dans l'escalier des Dames de Saint-Pierre

Thomas Blanchet presse le pas, son rendez-vous est tout près. Il n’a qu’à traverser la place des Terreaux pour entrer dans le palais Saint-Pierre. Il aime ces moments de travail avec Antoinette de Chaulnes.
La jeune abbesse succède à sa sœur, Anne d’Albert d’Ailly de Chaulnes, depuis 1672. C'est son aînée qui avait commandé la construction de l’abbaye des Dames de Saint-Pierre. Ce chantier a débuté le 18 mars 1659. 

L’Hôtel de Ville de Lyon et le Palais Saint-Pierre à droite

En attendant que la porte du cloître s’ouvre, Thomas lève les yeux pour admirer l’édifice, il « se promit d’ajouter encore à tout ce qu’avait fait d’excellent La Valfenière », de l’avis de tous, l’architecte a réussi un chef d’œuvre.
Thomas qui a réalisé les décors de l’Hôtel de Ville a acquis une bonne renommée. Peintre du roi et de messieurs les échevins et prévôts de la ville de Lyon, il reçoit de nombreuses commandes.
Nous avons rencontré Thomas Blanchet dans un autre escalier, celui de l’Hôtel de Ville, il était alors au bord des larmes, car son chef d’œuvre était détruit par l’incendie.
Depuis 1679, il supervise le chantier de l’abbaye royale des Bénédictines. Stimulé par ces nouveaux projets, il apparaît bien plus guilleret.

Antoinette l’a chargé de concevoir et de réaliser la décoration de l’aile sud : en maître d’œuvre, il dirige les travaux d’aménagement de l’église et du grand escalier monumental « ainsy que Madame le veut ». Il supervise les sculpteurs, les tailleurs de pierre, les peintres, les orfèvres, les menuisiers...

Souvenez-vous : dans sa jeunesse, apprenti chez Sarrazin, il aurait aimé être sculpteur. De plus, il a aussi montré des talents d’architecte. A présent, l’escalier monumental des Dames de Saint-Pierre est achevé. Il importe de se mettre d’accord sur le choix des figures, celles qui vont compléter la décoration qui est déjà du meilleur effet dans cet escalier d’apparat. Le peintre apporte des dessins préparatoires, il veut en discuter avec l’abbesse.

Voici Antoinette, « illustre et puissante dame ». C’est une noble religieuse, mais aussi une femme éprise de gloire, elle est âgée de quarante-neuf ans en 1682. Thomas a soixante-huit ans. Je suppose que le charme opère réciproquement.


Majestueuse, dans l’écrin de la cage d’escalier d'honneur, Antoinette descend les marches très longues et fortes douces, sa main glisse sur la rampe soutenue par les balustres en marbre noir. Elle est satisfaite, à juste titre, de ce qui passe déjà pour le plus bel escalier du royaume.


Dans chacun des quatre coins de la voûte, sur les pendentifs du plafond, les Renommées ailées soufflent dans leur trompette la gloire de l’abbesse.


Les huit Béatitudes, allongées sur les frontons, leur répondent en vantant les vertus de l’abbesse. La supérieure du monastère sourit à l’artiste, elle le félicite pour ce magnifique décor en stuc blanc.


Thomas est impatient de lui montrer les projets pour les Vestales, il explique qu’elles portent un flambeau pour éclairer l’escalier d’apparat. La religieuse demande si ce n’est pas une figure trop païennne. Thomas, féru de mythologie, depuis son séjour à Rome, explique que ces prêtresses vouées à la chasteté sont chargées d’entretenir le feu sacré. Ces symboles plaisent à Antoinette qui tient à sa réputation.

Il s’agite en ouvrant fébrilement un autre carton de dessin, serait-ce une surprise, ou une commande particulière ?  Il détaille ce projet qui surmontera de la porte de la chapelle : Au-dessus des deux putti qui jouent, nous pourrions placer une couronne de palmes.
Et au centre ?  demande Antoinette 
Ce sera votre portrait, très-haute et très-puissante dame. J’imagine un buste en marbre de Carrare.

Putti med oval ram,  Stockholm Nationalmuseum 

De nos jours, les visiteurs du musée des Beaux-Arts de Lyon peuvent admirer cet escalier monumental. La moitié des dix-sept sculptures, dessinées par Thomas Blanchet, ont disparu et certaines ouvertures ont été fermées.
La lumière a changé, mais on peut encore imaginer que Thomas et Antoinette montent les degrés en causant de cette magnifique réalisation, parmi les meilleures œuvres d’architecture de leur époque.
Certains dessins de Thomas Blanchet sont conservés à Stockholm au Nationalmuseum.

Bibliographie
Le Palais des arts. Ancienne abbaye royale des dames de Saint-Pierre. Sa construction, son histoire par Marcel Hervier, Impr. Audin, 1922 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65737725/f23.image
Charvet, Léon , Réunion des sociétés savantes, section des beaux-arts, 1893, page 100
Galactéros Lucie, Thomas Blanchet, Ed Arthena, 1991
Patrice Béghain, Dictionnaire historique de Lyon, Lyon, ed. Stéphane Bachès, 2009, page 1183


Voici les billets qui mettent en scène Thomas Blanchet :
7-  Épouser deux fois la même femme
8- Des rendez-vous dans l'escalier des Dames de Saint-Pierre
9- Marie auprès de son vieil oncle
Voir aussi l'article Wikipédia  que je viens de créer :
Escalier d'honneur des Dames de Saint-Pierre

2019-06-22

Épouser deux fois la même femme


- Ma très chère femme, dit Thomas à son épouse Anne, j’ai décidé de faire un testament en votre faveur.
Thomas Blanchet se rend chez son notaire où une surprise va lui causer du souci, puisque maître Jacques Romieu constate que l’acte de mariage n’est pas conforme.

- Chère Anne, nous devons nous marier une seconde fois, annonce Thomas. Nous irons dans notre paroisse Notre-Dame de la Platière.
On sait que « le sanctuaire a été embelli sur le dessein de Thomas Blanchet qui a peint cinq petits tableaux et deux dans le chœur représentant "La purification de la Sainte Vierge" et "La mort de la Sainte Vierge"


- Comment est-ce possible ? s’étonne Anne, inquiète. Cela fait cinq ans que nous vivons comme mari et femme. Tout le monde constate que nous assistons à la messe en bons chrétiens dans cette église. On ne va tout de même pas me reprocher d’avoir abandonné la religion protestante.
- Thomas rassure sa femme : Ce n’est pas cela le problème. Vous souvenez-vous, le 26 mars 1668, nous étions impatients de nous unir, nous avions demandé une dispense à Monseigneur l’abbé Antoine de Neuville. Nous l’avons remise au frère gardien du couvent de l’église des religieux de Saint-François de la Guillotière. Il a bien voulu célébrer nos noces. Mais voilà, cette dispense est perdue, aujourd’hui, « il ne s’en peut rien trouver dans les registres ».
-  Qu’allons-nous faire à présent qu’Antoine de Neuville est décédé ?
- Je vais m’adresser à monsieur le Révérend vicaire général, substitué de l’archevesché, pour qu’il nous accorde une dispense, afin que l’on puisse renouveler notre consentement, dit Thomas, sachant qu'il peut compter sur des relations influentes.


Ainsi fut fait, le mariage est célébré le 4 juillet 1672.

Le 6 juillet suivant, Thomas signe son testament, en désignant damoiselle Anne de la Couche « sa très chère femme » comme son héritière universelle, « à laquelle il veult entend tous ses biens délaisser et advenir ses debtes légats intérêts et œuvres pies premièrement payé et aquité. »


Regardez la signature d’Anne, au bas de l’acte de mariage. Elle rature la première syllabe de son nom. N’avait-elle pas suffisamment de place ?
Son patronyme est répertorié sous différentes formes :
Anne de la Cauche, La couche, de la Conche, delacouche, delacoche
J’adopte celle-ci, plus appliquée, qui ne laisse aucun doute.


Des mauvaises langues disent que cette femme avait un caractère exécrable.
Quant à Thomas, « son caractère aimable le faisait rechercher dans les sociétés où il allait se dédommager de tous les déplaisirs que lui causaient l’humeur bizarre de sa femme. »
« La vivacité de son esprit répendoit beaucoup d’agrément dans la conversation ».  
On peut l’imaginer dans les salons où il a dû rencontrer les plus belles femmes de Lyon » dont il peignit les portraits.
A-t-il été malheureux dans son mariage ? 

Thomas a survécu à son épouse, il semble qu’Anne est morte entre 1681 et 1685.

Sources:
Thomas Blanchet (1614-1689), Lucie Galactéros de Boissier, Paris, Arthena, 1991
Archives de Lyon, BMS
AD 69, 1er testament de Thomas Blanchet
Charvet Léon, Vie et œuvres de Thomas Blanchet in Réunion des sociétés savantes, section des beaux-arts, 1893
Lire sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206212r/f148.image

2019-06-09

Le May de Thomas pour Notre-Dame

Fort inquiet, Thomas Blanchet m’a contactée, car il a appris que le feu avait détruit Notre-Dame de Paris.
- Donnez-moi des nouvelles, j’ai eu vent de l’actualité de votre époque. Je suis mort depuis 330 ans, cependant, je jette un œil sur vous. J’ai senti l’odeur de l’incendie qui a brûlé la cathédrale Notre-Dame, le 15 avril 2019. Cette catastrophe a réveillé en moi d’horribles souvenirs.

- Cher Thomas, j'imagine le cauchemar que vous avez vécu lors de l’incendie de l’Hôtel de Ville de Lyon, en 1674. Je voudrais vous rassurer, nous allons reconstruire la cathédrale de Paris.

- Ah tant mieux ! Vous a-t-on dit que l’un de mes tableaux se trouvait là ?
- Le May  ? Ne craignez rien, il n’y est plus.
- Oh cela m’inquiète, où l’avez-vous mis ?
- On peut l'admirer au musée d’Arras, dans la salle des Mays, parmi les treize toiles provenant de Notre-Dame de Paris.
- A-t-il été abîmé ?
- Les spécialistes l'ont bien restauré, il en avait besoin, car le mauvais état ne permettait pas d’apprécier le coloris, la lumière, ni le modelé des figures[1]. D’après la conservatrice[2] : « L’œuvre a retrouvé son éclat, ses coloris clairs et précieux, sa luminosité rosée et légèrement voilée. »

- Je vois que l’Histoire n’a guère respecté nos œuvres.
- Je suis désolée de vous apprendre que les guerres et les révolutions ont causé des dégâts. Cependant, plusieurs tableaux ont été préservés. 

J.F. Depelchin. Vue intérieure de Notre-Dame en 1789. Paris, musée Carnavalet

- Soixante-seize Mays se trouvaient à Notre-Dame[3]. Le 15 décembre 1793, votre tableau est sorti, il a été confié au Louvre, puis envoyé à Arras en 1938.
- Qu’est-il advenu des autres Mays ?
- Une partie des tableaux a pu revenir à Notre-Dame. Avant l’incendie du 15 avril 2019, il restait treize Mays dans les chapelles de la nef.
- Et maintenant, sont-ils intacts, ou … (je n’ose l’imaginer) ... les Mays de mon ami Charles Le Brun ont-ils été brûlés ?
- Ils ont été sauvés. Je vais vous montrer le Tweet du Musée du Louvre.
Savez-vous que le palais du Louvre est devenu un musée prestigieux ? Deux tableaux et vingt-quatre de vos dessins sont conservés dans les collections.


-  Alors toutes mes œuvres ne sont pas perdues ?
- Les musées, les collectionneurs en possèdent, parfois il s’en vend sur les marchés de l’art.

Regardez, c’est votre projet du May,  mis au carreau à la sanguine.
Il figure dans la collection des maîtres anciens, parmi les incontournables du Kunstmuseum de Bâle[4].

Th. Blanchet, L'Enlèvement du Saint Philippe, Bâle, Kunstmuseum 
- Tiens, ils ont traduit le nom ! Mon May s'intitule « Le Ravissement de saint Philippe ».
J’ai dessiné à la plume et au pinceau, j’ai ajouté des lavis d'encre brune et d'encre grise et j’ai éclairé la scène avec des rehauts de blanc. 
Il existe d'autres répliques de ce tableau : croquis, gravure, dessin ... 
- Racontez-moi comment vous avez peint votre grand May.
- En 1663, la Confrérie des Orfèvres de Paris m’a commandé un tableau votif que je devais réaliser pour l’offrande du premier de May à la Sainte Vierge.
C’est une ancienne tradition qui date du moyen-âge. Jusqu’en 1630, on produisait de petits Mays, mais après ils voulaient de grands formats, mesurant 11 pieds de haut (soit environ 3,50 m) sur 8 pieds 6 pouces de large (soit environ 2,75 m).
Je me souviens : en 1632, j’avais dix-huit ans, je fréquentais encore l’atelier de Simon Vouet. Cette année-là, c’est Aubin Vouet, son jeune frère qui réalisa le May.
En 1663, je vivais à Lyon, ce fut pour moi un honneur d’être sélectionné parmi les meilleurs, cela m’a fait plaisir de revenir à Paris pour présenter cette œuvre.
- Qui a choisi le sujet précisément ?
Le thème du tableau devait être tiré des actes des apôtres de Saint Luc. Les Chanoines de la cathédrale se montraient exigeants. La fête de Saint Philippe était alors célébrée le 1er mai, illustrer l’histoire de ce saint pour cette date m’a paru une bonne idée.
- Avez-vous le temps de nous en dire un peu plus sur le sujet de cette scène ?
- Voilà le récit : Philippe marchait sur la route de Jérusalem à Gaza, lorsqu’il rencontra l’eunuque, trésorier de la Reine Candace d’Éthiopie. Invité à monter sur son char, il discuta un moment avec lui. A sa demande, il le baptisa, et «quand ils furent remontés de l’eau, l’Esprit du Seigneur enleva Philippe et l’eunuque ne le vit plus »[5].  
Avec l’envol de Philippe entraîné par l’ange, j’ai voulu que l’on voie un opéra baroque, dans le goût italien. Je me suis inspiré d’un tableau de Poussin et d’autres que j’ai rencontrés à Rome.
- On a dit que votre May était l’un des plus réussis de ceux de Notre-Dame.

Voici les billets qui mettent en scène Thomas Blanchet:



1 Thomas Blanchet 1614-1689, Lucie Galactéros, Ed Arthena, 1991, p.353
[2] Annick Notter, conservateur en chef du musée des Beaux-Arts d’Arras, in L’objet d’art n°334
[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_Mays_de_Notre-Dame
[4] https://kunstmuseumbasel.ch/fr/collection/incontournables#&gid=1&pid=12
[5] Acte des Apôtres VIII, versets 26-40